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- HOMELIE
Les
trois dimanches qui viennent, nous allons lire l’Evangile
de Jean. (Formation des catéchumènes). Eau (Samaritaine), la lumière (Aveugle-né) et la vie
(résurrection de Lazare).
Les
récits de Jean sont de véritables petits scénarios. Le but de ses récits est
clair pour lui, ils sont autant de signes qui doivent conduire à la foi : « ceux-ci
ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. »
Ils
amènent tout au moins l’auditeur à s’engager pour ou contre Jésus. Qui est
Jésus ? Comment faut-il croire en Lui ?
Il
n’est pas difficile d’imaginer la scène de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Jésus quitte Jérusalem, car le temps se gâte, si je puis
dire. Les pharisiens commencent à s’énerver. Jésus va donc revenir dans son
pays, en Galilée, pour cela il doit traverser la Samarie, à moins de faire un grand détour en passant de
l’autre côté du Jourdain. Or, la Samarie est un pays ennemi. Depuis le retour d’exil, les
Samaritains ont leur propre culte et ne reconnaissent pas l’autorité de
Jérusalem.
Il
est midi, il fait chaud et Jésus s’arrête sur la margelle du puits. C’est alors
qu’arrive une femme qui vient puiser de l’eau pour les besoins de sa maison. Jésus
s’adresse à elle, et cette femme est surprise à double titre : elle est
samaritaine et elle est une femme. D’où la réponse un peu sarcastique qu’elle
fait à Jésus : « Comment, toi, un juif, tu me demandes à boire,
moi, une femme samaritaine ! »
Jésus
ne veut pas rentrer dans ce débat, on ne résout pas en quelques mots une
querelle qui date de plusieurs siècles. Par contre, il change de plan et
propose à la femme son « eau vive », l’eau qui donne la vie. La femme
ne comprend pas bien, elle a du mal à passer à un autre plan que la
satisfaction de ses besoins matériels, et elle continue à questionner Jésus de
manière ironique : « Serais-tu plus grand que notre Père
Jacob ! »
Encore
une fois Jésus continue à élever le débat en expliquant que l’eau qu’il lui
propose ne vient pas d’une source, mais de la vie de Dieu et que cette eau est
la seule capable d’étancher la véritable soif de l’homme. La samaritaine reste
toujours sur le même plan. « Quelle aubaine, donne-moi vite de ton eau,
que je n’ai plus à faire cette corvée ! »
Jésus
va alors porter l’estocade, il va obliger cette femme à se poser enfin une
question importante. « Appelle ton mari ». En voyant que Jésus
connaît sa situation, cette femme en est à son sixième mari, elle comprend que
Jésus n’est pas comme tout le monde, mais elle essaie encore de détourner la
conversation. Elle demande quel est le lieu privilégié pour prier, le mont
Garizim ou Jérusalem ?
Cette
fois, Jésus répond à la question en lui révélant la vraie nature de la prière.
Dieu n’a pas de frontière, il n’est l’otage de personne. Le Dieu que Jésus
vient nous révéler est un Dieu que l’on rencontre en esprit et en vérité, au
cœur de notre cœur.
C’est
là que se fait la vraie rencontre avec Dieu. Jean nous laisse deviner que la femme,
en amenant les autres à la foi, a elle-même trouvé la foi et bu l’eau vive.
Jésus
va révéler à la samaritaine la soif qu’elle ignorait. Elle promenait sa soif,
jour après jour sans jamais être désaltérée. Comme elle se promenait de mari en
mari, sans jamais non plus être satisfaite. Jusqu’à cette rencontre, elle
n’était qu’une jungle de désirs. Un être de désir et de frustration, qui
entretenait sa blessure en essayant de la panser. Tel est l’homme - tout homme,
chacun de nous – jusqu’au moment où il rencontre Jésus.
Car
tout désir de l’homme est orienté, inconsciemment, vers Dieu et doit un jour se
reposer en Lui, s’apaiser en Lui. « Mon cœur n’est en repos que lorsqu’il
se repose en Toi » (St Augustin).
Comme
pour la samaritaine, Dieu scrute nos désirs aveugles et vient les mettre à nu.
Il appuie là où çà fait mal, il nous révèle à nous-mêmes ce que nous voudrions
cacher. Vous avez remarqué que Jésus ne moralise pas, il ne porte pas de
jugement sur la vie de la samaritaine, il ne lui reproche pas sa conduite. Il
ne lui dit pas, « reviens vers moi quand tu auras changé ! » Il
lui propose son amour (l’eau vive) et c’est cette grâce qui pourra l’aider à
changer.
Dieu
accueille nos désirs dispersés, les prend en compte et les transforme, les
réoriente et nous révèle notre désir profond. Il nous révèle l’immensité de
notre soif. Si nous acceptons qu’Il
vienne en nous-même pour nous transformer, il ne nous donne pas seulement
l’eau, mais la source elle-même.
Alors,
sur notre route de carême, n’essayons pas de détourner la parole de Dieu, ne
tournons pas autour du puits. Ouvrons tout grand notre cœur pour accueillir son
amour. Et si sa Parole nous dérange parce qu’elle touche en nous un point
sensible, c’est qu’elle aura atteint son but. Demandons lui qu’il vienne
débroussailler la jungle de nos désirs, de les laisser venir en surface, non
pas pour nous épouvanter, mais pour les lui remettre.
Comme
l’eau vive apaise notre soif, que sa Parole et son Pain apaisent notre faim. En
reconnaissant sa présence, redisons notre foi en celui qui est le Sauveur du
monde.
Je
laisse le soin de conclure à Jean de la Croix, c’est bien le moins que l’on puisse faire dans
cette maison. Il concentre en une seule phrase, comme savent le faire les
poètes, qui plus est mystiques, notre réflexion sur l’eucharistie et l’évangile
de ce jour : « A questa viva fuente que deseo en este pan de vida yo la veo...”
(Cette vive source que je désire, en ce
pain de vie je la vois...).

- Aunque es de noche
Cantar de la alma que se huelga de
conoscer a Dios por la fe
Que bien sé yo la fonte que
mana y corre,
aunque es de noche.
Aquella eterna fonte està
escondida, que bien sé yo do tiene su manida,
aunque es de noche.
Su origen no lo sé, pues no le
tiene, mas sé que todo origen della viene,
aunque es de noche.
Sé que no puede ser cosa tan
bella, y que cielos y tierra beben de ella,
aunque es de noche.
Bien sé que suelo en ella no se
halla, y que ninguno puede vadealla,
aunque es de noche.
Su claridad nunca es
escurecida, y sé que toda luz de ella es venida,
aunque es de noche.
Sé ser tan caudalosos sus
corrientes, que infiernos, cielos riegan, y las gentes,
aunque es de noche.
El corriente que nace de esta
fuente bien sé que es tan capaz y omnipotente,
aunque es de noche.
El corriente que de estas dos
procede sé que ninguna de ellas le precede,
aunque es de noche.
Aquesta eterna fonte està
escondida en este vivo pan por darnos vida,
aunque es de noche.
Aqui se està llamando a las
criaturas, y de esta agua se hartan, aunque a escuras
porque es de noche.
Aquesta
viva fuente, que deseo en este pan de vida yo lo veo,
aunque es
de noche.
Chant
de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi
Je sais la source qui
jaillit et fuit
malgré la nuit.
Cette source éternelle est
cachée, mais moi je sais où elle a sa demeure,
malgré la nuit.
Ne sais son origine, car
n’en a point, mais je sais que d’elle toute origine vient,
malgré la nuit.
Je sais que ne peut être chose
si belle, et que cieux et terre boivent en elle,
malgré la nuit.
Je sais qu’on ne peut en
trouver le fond, et que nul ne peut la passer à gué,
malgré la nuit.
Sa clarté jamais n’est
obscurcie, et je sais que d’elle toute lumière vient,
malgré la nuit.
Je sais que ses cours sont
si abondants qu’ils irriguent l’enfer, les cieux et les nations, malgré la
nuit.
Le cours qui naît de cette
source, je sais qu’il est aussi vaste et tout-puissant,
malgré la nuit.
Le cours qui de ces deux
procède, je sais qu’aucun d’eux ne le précède,
malgré la nuit.
Cette source éternelle est
cachée, en ce pain vivant pour nous donner vie,
malgré la nuit.
Elle appelle là toutes les
créatures, et de cette eau s’abreuvent, quoique dans l’obscur, car c’est la
nuit.
Cette vive source que je désire, en ce pain de vie
je la vois,
malgré la nuit.
Traduction Bernard Sesé (Jean de la Croix, Poésies complètes, Ed. Obsidiane)
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