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Homélies
Homélie 4 D.B
Voilà un enseignement nouveau!
L’évangéliste Marc, ne nous donne pas le contenu de la prédication de Jésus à la synagogue de Capharnaüm, mais il nous donne deux indications comme signes de cette nouveauté « il parlait avec autorité, non pas comme les scribes» et plus loin «commande même aux esprits mauvais et ils lui obéissent.»
En Jésus, le messager et le message ne font qu’un. Jésus se confond avec sa Parole, et par rapport à ces religieux qui ne font que répéter une doctrine qu’ils connaissent de mémoire, comme les scribes que Marc met en scène, Il s’adresse au cœur des hommes qui l’écoutent. Comme le dit Jean Sulivan «à autorité sur moi, celui qui est capable de me faire exister plus.»
Cette autorité-là ne s’impose pas, elle ne s’adresse qu’à des homme libres.
Cette parole est efficace, et Jésus va en donner le signe en expulsant l’esprit mauvais qui s’était emparé de cet homme qui l’interpelle. Son action est le garant de la vérité de sa Parole. Il va libérer cet homme et lui rendre son autonomie. Notons que l’esprit mauvais reconnaît bien en Jésus, l’envoyé de Dieu. Jésus le fait taire, non pas parce qu’il dit le faux, mais parce que ce ne sont que des paroles creuses. Jésus n’attend pas une belle déclaration, car les mots eux-mêmes ne constituent pas une profession de foi. Nous voyons d’ailleurs souvent dans les évangiles que ce sont les démons qui font les plus belles déclarations. Jésus ne veut pas être reconnu avant d’avoir donné tout son message. C’est ce qu’on appelle le «secret messianique». Il ne faut pas que les gens croient trop vite en lui, sous peine de le prendre pour un magicien et se tromper sur sa véritable identité.
Nous savons que les apôtres, eux-mêmes, ont mis du temps à comprendre qui Il était et, pour cela, il a fallu qu’ils s’ouvrent à l’Eprit. Alors quel «enseignement nouveau» pouvons-nous donner aujourd’hui. On parle beaucoup de «Nouvelle Évangélisation» depuis cette formule employée par le pape Jean-Paul II, mais qu’est-ce que cela signifieEn dehors de la formule qui est un peu redondante puisque «évangélisation» veut déjà dire «Bonne Nouvelle», j’ai peur que les mots ne deviennent vite une tarte à la crème, tellement on commence à l’employer en toutes occasions.
Il faut tout d’abord bien se dire que la foi ne s’impose pas, nous n’avons pas à faire du prosélytisme. Les conversions foudroyantes sont rares et de toute façon, nous n’en sommes pas les auteurs. Il faut respecter les délais. Les catéchumènes le savent qui doivent attendre deux ou trois avant de recevoir le baptême, le temps qu’ils s’approprient cette parole de Dieu. Jésus n’attend sans doute pas, de nous, la «bonne réponse» apprise au catéchisme, mais une parole qui nous traverse le cœur et qui nous engage tout entier. La Parole et l’enseignement de l’Église et des chrétiens ne seront audibles que s’ils sont dit avec autorité, i.e. s’il contribue à rendre les gens plus libres et leur donne un «supplément d’âme».
Cet enseignement ne sera compris que si nous en donnons des signes par des actes et notre témoignage. Que nos actes suivent nos paroles, c’est cela qu’attendent de nous nos contemporains, c’est cela qui peut donner corps à cette notion de «évangélisation». Ce n’est pas facile, me direz-vous, nous avons tous nos pesanteurs, mos limites, «nous faisons le mal que nous n’aimons pas et non le bien que nous aimons». Il est essentiel alors que notre vie chrétienne soit soutenue par la prière. Sans cette relation privilégiée régulière avec Dieu, nous ne pouvons pas penser que notre enseignement pourra se renouveler.
Allons à la source pour être capable, comme pour le fleuve dont l’eau se renouvelle sans cesse, d’avoir une parole toujours nouvelle, toujours «Bonne Nouvelle» pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui.
HOMÉLIE 2ème D. B
“Je n’ai d’autre pain que mes larmes, le jour, la nuit, moi qui chaque jour entends dire: «Où est-il ton Dieu?»
Ces paroles du psaume 42 me venaient en mémoire lorsque je regardais une émission de télévision sur l’extermination des Cambodgiens par les khmers rouges entre 1975 et 1979. C’était un documentaire consacré à Douche, l’un des responsables de cette tragédie. Ce dernier prétend s’être converti en prison et être chrétien.
Ce qui choque, c’est le décalage entre cette proclamation de foi et cette absence totale de repentir pour les crimes commis. «Où est-il ton Dieu?»
Nous pouvons nous poser la même question à propos de toutes les «affaires», pour parler pudiquement, qui ont secouées l’église catholique elle-même, tout au long de la l’année der'nière. Comment peut-on être fondateur d’un institut religieux, les Légionnaires du Christ et mener une vie dépravée «Où est-il ton Dieu?»
Comment des prêtres ou des religieux peuvent-ils continuer à exercer un ministère lorsqu’ils corrompent ceux qui sont les plus vulnérables et dont ils devraient faire l’éducation, i.e. les enfants «Où est-il ton Dieu?»
Comment les responsables d’un autre institut religieux, les Béatitudes, ont-ils pu fermer les yeux sur les dérives sexuelles d’un de leur confrère «Où est-il ton Dieu?»
La liste n’est malheureusement pas exhaustive de toutes ces affaires qui ont fait la une des journaux l’an dernier. C’est devenu un lieu commun de faire allusion à la pédophilie des prêtres. On ne peut plus écouter un seul humoriste qui n’exploite pas ce filon. La presse et la télévision se complaisent à exploiter toutes ces nouvelles et elles sont une caisse de résonnance qui amplifie comme un écho les mauvaises nouvelles à une époque où c’est l’émotion qui prend le pas sur la réflexion. Comment dans ces conditions peut-on croire encore que des prêtres, des religieux puissent vivre, grâce à Dieu, la fidélité au célibat promis?.
Comment peut-on croire encore aux valeurs que vivent, grâce à Dieu, les chrétiens d’aujourd’hui?
Nous sommes devant un défi formidable dont il faut prendre conscience. Non seulement la culture chrétienne disparaît, mais ce qui fait le plus de bruit, ce sont les témoignages galvaudés des responsables chrétiens eux-mêmes. Il semble que nous soyons revenus, comme au temps du prophète Samuel, dont nous venons d’entendre le récit de vocation, dans un temps où la Parole de Dieu se fait rare. (1Sam 3,1)
Si elle se fait rare, n’est-ce pas à cause des chrétiens eux-mêmes qui l’étouffent Devant les scandales relevés, nous n’avons sans doute pas à juger le cœur des hommes, la justice humaine doit se charger d’évaluer leur responsabilité, mais nous demander comment en sont-ils arrivés là et en tirer les conséquences pour notre propre vie. Nous ne pourrons surmonter cette grande crise qu’au prix d’un perpétuel approfondissement de notre foi.
Le Seigneur continue à appeler des femmes et des hommes à le suivre encore aujourd’hui, comme Samuel, comme les Apôtres. Le Seigneur nous parle encore aujourd’hui, mais trop de ceux qui se disent chrétiens ne prennent pas au sérieux leur engagement. Nous voyons cela souvent lors des demandes de sacrement de baptême ou de mariage. Comment peut-on garder cette relation avec Dieu si jamais on ne la cultive par la prière et la lecture de la parole. Nous n’avons pas à juger les autres, chacun a son propre chemin pour suivre le Christ, mais je crois qu’il faut rappeler que la foi chrétienne ce n’est pas seulement avoir la carte du parti, mais c’est une alliance d’amour avec le Seigneur qui doit transfigurer notre vie. C’est cette alliance que nous célébrons ensemble lors du partage du pain et de la parole. Puissions-nous répondre à l’appel du Seigneur et y rester fidèles.
Homélie Épiphanie 2012
Dans l’évangile de Matthieu, la naissance de Jésus nous est rapportée en deux lignes, par contre il est le seul à nous faire le récit de la visite des mages.
Ce qui nous montre bien, une fois de plus que les évangiles ne sont pas des biographies exhaustives de Jésus, mais des constructions en vue d’illustrer le message que chaque évangéliste veut transmettre au groupe de chrétiens auquel il s’adresse.
Ce récit des mages vient illustrer la message de Matthieu pour bien nous dire que Jésus est venu pour tous les hommes, que le salut s’adresse à l’humanité toute entière et déborde donc les frontières d’Israël. Les mages refont le trajet d’Abraham. Ils représentent l’humanité en marche vers Dieu.
Nous voyons d’emblée que la venue de Jésus a au moins une double signification. Elle a une portée politique, en quelque sorte, et la présence d’Hérode n’est pas là pour rien. Portée politique non pas parce que Jésus a l’intention de prendre le pouvoir comme le craint Hérode, mais dans le sens où la venue de Jésus va marquer profondément la vie des hommes, et lorsque son message sera reçu, va faire évoluer les mentalités et les structures mêmes des pays.
Sans faire de chauvinisme, nous savons, combien le message évangélique a marqué profondément la culture des pays dans lesquels il a été reçu. Les chrétiens n’ont pas toujours été exemplaires, mais lorsqu’ils ont pris au sérieux la Parole de Dieu ils ont pu faire que le salut apporté par Jésus soit manifesté concrètement aux hommes de leur temps. Pensons au développement des œuvres de charité pour les malades, les pauvres. Pensons à l’éducation donnée aux enfants. Pensons au développement de l’agriculture apporté par les moines en Europe. Il y aurait beaucoup d’autres réalisations dont nous pourrions parler et dont les organisations laïques ou d’état on prit le relais.
L’autre signification, qui rejoint la première, c’est que le salut annoncé par les prophètes et réalisé en Jésus, ne peux pas s’adresser seulement au peuple d’Israël. Si Dieu s’est choisi un peuple pour se faire connaître, il n’a pas voulu que celui-ci garde jalousement son message. Aucun peuple, aucune institution, aucune église ne peut enfermer le message de Jésus et son Esprit souffle où il veut.
Enfin Matthieu nous dit que les mages s’en retournèrent par un autre chemin. Après avoir rencontré Jésus, leur chemin ne peut plus être le même.
Ce récit qui s’adressait aux premiers chrétiens garde toute sa pertinence pour nous. Nous aussi il nous faut refaire le chemin d’Abraham, quitter notre pays. Certes nous qui sommes ici, nous avons bien pour la plupart quitté notre pays, mais avons-nous vraiment quitté les attaches qui nous empêchent de suivre Jésus, ou qui nous sont u obstacle à notre vie chrétienne Acceptons de suivre l’étoile, i.e. de nous laisser guider par l’Esprit. Celui-ci nous mènera à Jésus. Qu’aurons-nous à lui offrir Pourrons-nous lui offrir l’or de notre confiance, la myrrhe de notre fidélité et l’encens de notre prière
Après avoir reconnu Jésus, reprenons-nous le même chemin, avec les mêmes ornières ou bien, comme les mages, repartons-nous par un autre chemin, autrement dit sommes-nous prêts à nous convertir
Retenons donc ce message de l’Épiphanie, i.e la Révélation de Dieu en Jésus. L’Epiphanie n’est pas derrière nous, dans le passé, mais devant nous dans l’Espérance du Règne de Dieu qui vient. Nous en avons les prémisses dans l’eucharistie que nous célébrons ensemble ce matin.
Que cette nouvelle année soit, pour nous tous, l’occasion de découvrir toujours un peu plus ce visage de Dieu et de comprendre un peu plus son message.
Homélie Sainte Marie, Mère de Dieu. 1er janvier 2012
Nous pourrions ne retenir qu’une phrase de ce récit évangélique qui fait suite à celui de la naissance de Jésus. «Marie méditait tous ces évènements dans son cœur.» Lorsque la bible parle du «cœur», il s’agit de toute la vie intérieure de l’hommepensée, mémoire, sentiments, siège des décisions etc… Tout ce qui nous anime et constitue notre personne. On pourrait dire que Marie ne reste pas à la surface des choses, mais que tout prend sens pour elle et va conditionner sa vie après le choix qu’elle a fait en répondant à la vocation reçue du Seigneur.
Marie «méditait» nous dit St Luc. Une autre traduction, celle de la TOB, nous dit «retenait tous ces évènements en en cherchant le sens.» Cette traduction précise bien, que ce n’est pas seulement sa mémoire qui fonctionne, que ce que vit Marie, elle ne le garde pas comme un souvenir, mais comme une recherche permanente de sens.
La Parole de Dieu doit être conservée, non pas comme lettre morte, mais elle est appelée à grandir et à s’accomplir. Le sens de ce que vit Marie ne sera pleinement dévoilé qu’à partir de l’évènement total, la résurrection et la venue de l’Esprit, qui lui fera découvrir la plénitude du mystère.
Le pape Paul VI, lors d’une visite à Nazareth, nous exhortait à nous mettre à son école «Comme nous voudrions près de Marie, recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines.»
Il faut nous demander ce que nous faisons des évènements que nous vivons chaque jour, comment nous les gardons dans notre cœur. Ces évènements sont de nature différente. Ce peut être par exemple, une situation d’injustice. Qu’en faisons-nousLa laissons-nous se transformer en rancunes qui vont empoisonner notre cœur
Ce peut être une faute. Nous laissons-nous alors gagner par un sentiment morbide de culpabilité qui va nous paralyser
Cela peut être un évènement heureux. Pensons-nous en rendre grâce
Marie nous invite à ne pas rester à la surface des choses, à méditer, à en chercher le sens.
Pour cela, nous sommes invités tout d’abord à faire silence. Il n’y a plus beaucoup de place au silence dans la vie actuelle. On ne le supporte plus. Les magasins nous saturent de musique, les portables envahissent l’espace public sans complexes. Ne parlons pas de la circulation automobileTout cela fait que nous n’avons plus beaucoup de moment de silence. Pourtant nous ne pourrons pas écouter la Parole de Dieu dans le brouhaha. Deux raisons font que nous avons du mal à prier, me semble-t-ille manque de silence extérieur et notre propre bavardage intérieur. Comme il est difficile de rester sans rien direPourtant si nous ne nous taisons pas pour écouter nous n’entendrons jamais le murmure de Dieu. Rappelez-vous l’anecdote souvent répétée de ce paroissien d’Ars qui surprenait Jean Marie Vianney car il restait des heures immobiles devant le tabernacle.
A la question de son curé qui lui demandait ce qu’il faisait il répondit «Je l’avise et il m’avise.» Il faut accepter de nous tenir devant le Seigneur pour l’écouter. C’est Lui qui nous permettra de relier entre eux les évènements de notre vie et de leur donner sens. C’est Lui qui nous fera comprendre peu à peu le sens de sa Parole.
Nous fêtons aujourd’hui Sainte Marie, Mère de Dieu. Si nous lisons les évangiles nous sommes frappés par son silence. Il suffirait d’un page pour mettre toutes ses paroles. Ce silence de Marie est pour nous un modèle. Elle se met toute entière au service de la Parole, et pour cela elle s’efface complètement. Marie n’est pas à elle-même son propre but, son propre dessein. Elle est au service du dessein de Dieu, de son projet de salut pour nous. Son but est de nous mener à celui qu’elle a mis au monde, son Fils Jésus. Cherchons avec elle, les pas de Dieu dans nos vies, comme nous le chanterons à la fin de cette eucharistie.
Homélie 28 D. A
Les paraboles des trois derniers dimanches reprennent le même thème du refus de l’alliance que Dieu propose, en affinant un peu chaque fois la réflexion. D’abord l’ambigüité des réponses dans la parabole des deux fils, ensuite le mauvais gérant de la vigne et enfin aujourd’hui deux paraboles sur les invités au festin préparé par le Roi.
Deux paraboles, aujourd’hui, autour du repas de noce. Nous savons que le thème des noces symbolise l’alliance de Dieu avec les hommes. C’est le mariage qui est la meilleure image de cette alliance. Dans la première parabole le Roi invite ses amis, ceux avec qui il est en relation. C’est le mariage de son fils, mais l’accent ici n’est pas mis sur le fils, mais sur le refus des invités à participer au repas.
Devant ce refus, le roi va inviter tous ceux qui se trouvent sur son chemin, les bons et les mauvais, sans distinction. Tous sont invités et se rassemblent. Il est intéressant de noter que ce mot qui caractérise ce rassemblement a donné le mot «». Les nouveaux invités forment la vraie «de Dieu».
Dans la deuxième parabole, nous voyons le roi rejeter celui qui n’a pas revêtu la robe nuptiale. L’absence de robe nuptiale ne signifie pas qu’il n’est pas moralement digne de participer au repas, en effet nous avons vu que le roi avait invité même les mauvais. Il ne peut donc pas s’étonner que parmi les invités, il y en ait qui ne soit pas irréprochables.
Ce n’est donc pas un jugement moral que le roi porte sur cet homme, mais il constate qu’il n’est pas dans les bonnes dispositions pour participer aux noces. Il n’est pas dit dans la parabole que cet homme faisait partie des «mauvais». Simplement, il n’a pas revêtu la robe nuptiale, le vêtement que l’on portait à cette occasion pour faire honneur aux mariés. Des robes étaient d’ailleurs mises à la disposition de ceux qui n’en avaient pas. Il n’a donc pas d’excuse, il n’accepte pas finalement d’entrer dans ce cercle amical où il a été convié.
Ces paraboles nous invitent à nous interroger nous-mêmes sur la réponse que nous donnons à l’invitation que le Seigneur nous fait sans cesse. Nous sommes tous invités au repas du Seigneur, quel que soit notre état de vie, nos aptitudes, nos caractères. «Bons et mauvais», tous sont invités, peut-être même les mauvais sont-ils invités en priorité car ce sont ceux qui ont le plus besoin de la grâce de Dieu. Pour honorer celui qui nous invite, nous devons, nous aussi, revêtir la robe nuptiale. Quand on est invité chez quelqu’un, on se change, autrement dit, symboliquement, on «change de vie», en langage chrétien, on se convertit. Cette robe, c’est celle que nous avons revêtu le jour de notre baptême, c’est le Christ que nous avons revêtu. Cette robe est «une robe tissée d’une foi sans faille, d’une espérance infinie et d’un amour sans limite», comme l’a défini l’auteur du commentaire de cet évangile dans la Croix.
Nous devons donc participer au repas, non pas en nous croyant les meilleurs des hommes, ou en pensant que nous avons été invités sur nos mérites. C’est gratuitement que le Seigneur nous invite. La seule chose qu’il nous demande, c’est de «nous changer», de nous convertir. Le Seigneur ne nous demande pas d’avoir les mains propres, mais les mains vides. C’est-à-dire, en attente de cet amour que le Seigneur veut nous donner. Dans cet esprit de pauvreté qui rejoint les béatitudes énoncées par Jésus au début de son ministère en Saint Matthieu.
C’est dans cet esprit et dans son Esprit, que nous allons continuer ce repas eucharistique ce matin. Que notre participation soit dans la logique de notre baptême où nous avons pris la décision, peut-être après, puisque nous avons été baptisés petits pour la majorité d’entre nous, de suivre le Christ. Rappelons-nous que la robe nuptiale est un tablier de service.
Homélie 27ème D.A 2 octobre 2011
Voilà un texte d'évangile qui a donné lieu à des interprétations très injustes et détestables au cours des siècles chrétiens.
En effet cette parabole s'adresse directement au peuple d'Israël. La parole terrible qui clôt la parabole " Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit " a été interprétée comme une condamnation en bloc du peuple juif avec toutes les conséquences que cela a eu au cours de l'histoire.
On a pu parler à son propos de " peuple déicide ". Dans les prières du vendredi-saint, jusqu'au concile Vatican II, il était question des " juifs perfides " (même si la traduction française avait adouci le terme latin) juifs, dont on demandait la conversion.
Nous retrouvons des traces de cela dans la doctrine de l'action française qui a empoisonné le climat religieux du début du 20ème siècle et enfin la justification de l'idéologie nazie qui voulait éradiquer les juifs.
Depuis le Concile Vatican II la position de l'Église a heureusement évoluée. On a supprimé le terme de " Nouvel Israël ", que l'Église employait pour se définir depuis St Justin au 2ème siècle, car il était trop ambigu par rapport au peuple juif. Des nombreuses rencontres ont eu lieu entre les responsables de l'Église et du Judaïsme, rappelons-nous les visites successives de Jean-Paul II et de Benoît XVI à la synagogue de Rome.
De nombreuses rencontres interreligieuses se déroulent régulièrement entre chrétiens et juifs pour un dialogue constructif.
Nous savons que Dieu avait confié son message et avait fait alliance avec le peuple d'Israël. Le dessein de Dieu passe mystérieusement par l'élection d'un peuple particulier, comme si pour arriver à l'universel, il fallait d'abord faire étape par le particulier. C'est le sens de cette mise en fermage de cette vigne. Dieu envoie les prophètes qui se font massacrés les uns après les autres. Il finit par envoyer son Fils et celui-ci va subir le même sort. Il s'agit bien de Jésus, qui va se faire pendre à la Croix. Mais la culpabilité ne revient pas seulement à ceux qui l'ont condamné, et surtout pas à l'ensemble d'un peuple.
Qui peut dire qu'il est tout à fait étranger à la mort de Jésus ? Est-ce que nous n'avons pas, d'une certaine manière notre part de responsabilité ? Bien sur, nous n'étions pas à Jérusalem pour crier avec la foule : " A mort ", mais ne sommes-nous pas un peu solidaires de cette foule par nos peurs, nos lâchetés, nos fautes ? Sans nous culpabiliser de façon morbide, nous savons bien que c'est tout cela qui peut conduire à la mise à l'écart des autres de façon plus ou moins grave. La responsabilité de la mort de Jésus, c'est la faute des hommes et des femmes comme nous, que nous n'avons pas à juger puisque Jésus leur a donné son pardon.
" Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. "
Comme le dit Marie-Noëlle Thabut, dans son commentaire dont je me suis inspiré. " Une parabole n'est jamais un verdict mais un appel à la conversion. "
Cette parabole s'adresse donc, à chacun d'entre nous. Bien avant sa mort sur la Croix, Jésus avait ouvert la voie pour que son message dépasse les frontières d'Israël. Il a envoyé ses disciples en terre païenne. La logique du dessein d'amour de Dieu pour l'humanité voulait, en effet, que son alliance soit proposée à tous les hommes. C'est ce qu'il a fait. Et le Judaïsme reste pour nous l'arbre sur lequel nous avons été greffés. Il est donc important de bien nous ouvrir aux richesses de son patrimoine et de ses traditions. Mais en fin de compte ce qui nous est demandé à chacun d'entre nous, c'est d'être ceux qui feront produire du fruit au message de Jésus. Nous sommes appelés à la conversion, par la Parole de Jésus. Demandons -lui, ensemble ce matin, la grâce de cette conversion, jamais totalement acquise, mais puissions-nous nous remettre sans cesse en chemin.
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