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- Dimanche 7 septembre 2008
« Suis-je le gardien de mon frère? »
entendions-nous dans les premières pages de la Bible. C’était alors Caïn qui
répondait à Dieu concernant le sort de son frère Abel…
Existe-t-il un « devoir d’assistance fraternelle »?
L’enseignement de Jésus dans cette page de l’Evangile que nous venons
d’entendre sur « l’avertissement fraternel » répond à Caïn, mais
aussi à nous-mêmes : d’une façon claire et insistante, Jésus nous confie
une responsabilité. Nous allons voir laquelle…
Au chapitre 18 de Matthieu, il n’est question que
d’une affaire : un frère a péché! C’est un scandale! Ailleurs, on n’irait
pas par quatre chemins : dénonciation, jugement, condamnation, exécution
(ou excommunication) ! Jésus nous emmène sur une autre voie : d’abord
reconnais que ton frère est en péril et que tu dois lui porter secours, sous
peine d’être poursuivi toi-même pour « non-assistance à personne en danger
spirituel » ; tu es responsable de ton frère, surtout dans sa
faiblesse, car ton indifférence peut le livrer aux pièges des
« prédateurs ». En d’autres termes, le Christ me
dit : « tu es responsable de son salut ».
Dans la 1° lecture, Dieu dit au prophète
Ezéchiel : « je fais de toi un GUETTEUR pour la maison
d’Israël ». Guetteur, voilà un mot beau et fort, à condition de l’entendre
correctement. Pas au sens de surveiller ou d’épier les faits et gestes – ce que
sous-entendait le mot de « gardien » dans la bouche de Caïn – mais
plutôt de se tenir aux aguets vers l’extérieur d’où vient le danger, comme la
sentinelle qui protège le camp de toute incursion ; ou comme dans la
protection des zones sensibles que sont par exemple nos régions menacées par
des feux de forêts. L’encyclique « Gaudium et spes » du concile
Vatican II reprend cette idée lorsqu’elle nous invite à comprendre les signes
des temps de façon positive.
Etre guetteur, c’est donc être un défenseur
courageux. Surtout dans notre guerre contre le péché. Qui n’est pas une guerre
contre le pécheur! C’est pourquoi la première attitude que Jésus nous demande
est celle de la rencontre ; Il veut éviter la vengeance et les rancunes
personnelles, Il ne veut pas de ces sentences qui ne sont que des partis pris
de la passion, Il n’admet l’exclusion comme sanction ultime que lorsque toutes
les tentatives dialogues auront été épuisées. Il refuse le réflexe de la peur
devant le risque de la contagion ou la sauvegarde à tout prix de la pureté de
la communauté. « Si ton frère a commis un péché, va lui parler… ».
Jésus, de plus, exige le respect et la discrétion. Il ne s’agit pas de
colporter les ragots ou de mettre ses soupçons sur la place publique :
« va parler à ton frère seul à seul…»
C’est alors toute la communauté qui se met en peine
pour « gagner le frère ». Le gagner, ce n’est pas l’avoir, le posséder,
le récupérer, l’humilier, le punir… le gagner, c’est le mériter. Il faut que la
communauté mérite son frère. C'est-à-dire qu’elle ne se replie pas sur sa bonne
conscience, qu’elle ne s’en lave pas les mains. Et s’il y a exclusion, celle-ci
ne doit pas être de son fait, mais l’acte libre d’un homme qui décide de sortir
de l’unité parce qu’il refuse de reconnaître son péché. Plus que d’une
exclusion, il s’agit là d’un échec de la communion. Il n’y a alors jamais de
vainqueur, il n’y a que des vaincus et la communauté l’est autant que le
pécheur qui la quitte.
Ainsi le frère n’est vraiment le frère que parce
qu’il accomplit la mission de la communauté qui est la réconciliation. Il n’y a
pas de frères de droit : il n’y a que des frères mérités.
Dans cette communauté de pécheurs que nous sommes,
ce qu’on appelle « la correction fraternelle » est un art difficile.
Il faut se méfier des contrefaçons : c'est-à-dire enlever la paille dans
l’œil du voisin sans voir la poutre qui est dans le nôtre! La démarche suppose
humilité et patience. Et si elle n’aboutit pas, Jésus
dit : « qu’il soit comme un publicain et un
pécheur ! » Non pas renié comme on a souvent tendance à le comprendre,
mais regardé avec encore plus d’attention, d’amour et
d’évangélisation au profit de celui qui en a encore plus besoin. Un jeune
disait : « j’ai découvert chez les chrétiens qu’on était aimé, qu’on
pouvait trahir et qu’on était aimé encore ».
Enfin, n’oublions pas que le plus puissant des
leviers pour « gagner son frère », pour garder la communion, reste la prière. Amen.
Philippe Régeard du Cormier
- Dimanche 14 septembre 2008
La
fête de la « Croix glorieuse », comme on l’appelle aujourd’hui, ou
l’exaltation de la Sainte Croix, dans un langage plus traditionnel, est très
ancienne. C’est l’empereur Constantin et Sainte Hélène qui firent construire la
Basilique de l’Anastasis (résurrection) où de grandes
fêtes furent données pour vénérer la Croix que Sainte
Hélène aurait retrouvée. Jusque là, en effet, les chrétiens n’affichaient pas
la Croix. Pour deux raisons : soit par peur d’être reconnu en la portant
et en période de persécution cela pouvait les conduire au supplice, soit par
peur que les païens ne la profanent.
A partir du moment où le Christianisme devient religion officielle, on
peut mettre à l’honneur le symbole chrétien par excellence, celui qui
représente le cœur même de la foi : la croix n’est plus un symbole de
mort, elle devient après la résurrection de Jésus le symbole de la Vie.
Le
passage d’évangile que je viens de lire fait suite à l’entretien avec Nicodème.
Ce pharisien qui vient interroger Jésus. A Nicodème qui sollicite des moyens de
progrès spirituels, Jésus fait comprendre qu’il n’y a pas tant lieu de faire
des progrès, mais qu’il faut repartir de zéro. Il faut naître de nouveau et
couper avec le passé. C’est ce qu’on appelle la conversion.
Et
le moyen de cette nouvelle naissance, de cette conversion c’est de regarder la
Croix. De même que les hébreux devaient regarder le serpent d’airain élevé par
Moïse pour ne pas être victime des morsures de serpent, de même il faut lever
les yeux sur la Croix du Christ pour avoir la vie.
Il
ne s’agit pas de quelque geste de magie. Ce n’est pas le serpent d’airain qui
écarte le mal, mais le Sauveur de tous. Comme le dit le livre de la Sagesse
« Quiconque se retournait (c’est-à-dire se convertissait) était sauvé, non
par l’objet regardé, mais par Toi, le Sauveur de tous » (Sg 16,7).
Jésus
nous dit qu’il va être « élevé », avec ce double sens, Il va être
élevé en étant pendu sur la Croix, mais Il sera élevé par Dieu en reprenant sa
place auprès de Lui après l’Ascension. Il faut lever les yeux vers le serpent
pour être délivré de ses morsures, de même il faut lever les yeux vers la mort
pour être délivré de la mort.
Ce
paradoxe ne peut être compris par personne si l’Esprit ne l’éclaire. Nous ne
pouvons pas nous-même nous hisser au niveau de Dieu, c’est son Esprit qui doit
intervenir et nous transformer en une nouvelle créature, comme le dit St Paul
aux Galates.
Nous
sommes nous-mêmes invités à lever les yeux vers la Croix du Christ. A chaque
eucharistie, nous sommes invités à lever les yeux sur le pain consacré, sur
l’hostie. Si le prêtre élève l’hostie, c’est pour nous rappeler cette
réalité : le sacrifice du Christ, mort sur la Croix par amour pour nous,
qui se donne jusqu’à la dernière goutte de sang pour nous donner la Vie.
Cette
dimension de la Croix qui donne la vie, nous la retrouvons partout. C’est le
signe de Croix du prêtre qui nous pardonne. Ce sont toutes les croix de nos
cimetières. C’est la Croix vers laquelle nous nous tournons pour reprendre
confiance. La Croix du Golgotha, c’est l’arbre de la Vie. En plantant cette
Croix, les hommes qui avaient cru donner la mort ont planté l’arbre du
renouveau, de la vie qui va renaître. Les croix, ce sont aussi celles que nous
portons, ce sont toutes les Croix que portent les malades qui se rendent à
Lourdes par milliers, et qui reviennent transfigurés par ce qu’on vu leurs yeux
du cœur.
Que
le Seigneur, par sa Croix, vers laquelle nous tournons notre regard, nous donne
à tous de partager sa Vie.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 21 septembre 2008
Pendant quatre
dimanche, St Mathieu nous propose quatre paraboles sur l'avènement du royaume.
Trois d'entre elles ont pour décor la vigne. On pourrait dire qu'elles sont
donc tout à fait en situation à cette époque de l'année, même si toutes les paraboles
s'adressent à tous les hommes quelle que soit leur situation et quelle que soit
la saison.
Rappelez-vous que
les paraboles sont de petites histoires destinées à faire réagir l'auditoire,
elles ne sont pas des codes de conduite, comme les fables de La Fontaine, qui
se terminent par une morale. Elles ont souvent un caractère polémique. Leur
rôle est d'amener l'auditeur à se remettre en question. Elles sont comme un
coin, enfoncé dans notre cœur, pour
l'ouvrir et nous rendre capables de recevoir le message de Jésus. Elles
illustrent la Parole de Dieu, qui est comparée à une épée dont la pointe nous
atteint au cœur pour nous faire réagir.
Cette parole de
Dieu qui, comme le dit l'épître aux Hébreux “ est vivante, énergique et plus
tranchante qu'aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme
et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les
pensées du cœur. Il n'est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est un à
ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c'est à elle que nous devons
rendre compte” (He
4, 12-13).
La parabole des
ouvriers de la onzième heure situe l'histoire dans une vigne. Nous savons que
la vigne est le symbole de l'alliance de Dieu avec Israël, c'est le prophète
Isaïe qui l'a magnifiquement illustré : “ Que je chante pour mon ami, le
chant du bien-aimé et de sa vigne : mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau
plantureux... il attendait de beaux raisins, il n'en eut que de mauvais ” (Is 5, 1-2).
L'histoire
commence bien, Jésus met en scène un Maître généreux, qui passe sa journée à
recruter des ouvriers pour sa vigne. Il embauche tous ceux qui veulent
travailler. Il convient avec eux d'un salaire “juste” et non d'un prix imposé.
Les choses se gâtent lorsqu'à la fin de la journée Il va remettre leur dû aux
ouvriers. Ceux-ci vont toucher le même salaire quel que soit le temps passé à
travailler. Évidemment, cela paraît une injustice flagrante et ils se mettent à
murmurer contre leur maître. Dans les mêmes conditions, nous-mêmes aurions
réagi de la même manière. Il est, en effet, scandaleux, aux yeux de la justice
humaine, que les efforts ne soient pas récompensés.
Cependant, le
Maître n'accepte pas les récriminations de ses ouvriers. “Ton œil est-il
mauvais parce que je suis bon?” Nous avons là la pointe de la parabole. A la
justice sociale revendiquée par les premiers ouvriers, sur fond de jalousie : ”
Ils n'ont fait qu'une heure et tu les traites comme nous! ”, se substitue une
autre justice, venue du cœur de Dieu pour manifester sa tendresse envers les
pécheurs. C'est cette justice-là que l'égalité de traitement pour tous met en
lumière. Cette parabole illustre ce qui se passe lorsque, grâce à Jésus-Christ,
les pécheurs, ces derniers des hommes, se trouvent être les bénéficiaires de la
bonté de Dieu.
Cette parabole
s'adresse aux pharisiens qui ne supportent pas que Jésus aille manger chez les
pécheurs. Saint Matthieu doit aussi penser aux juifs qui viennent de se convertir au
Christ et qui ne supportent pas que des païens puissent devenir chrétiens sans
passer par le Judaïsme.
Cette parabole
s'adresse aussi à nous qui avons aussi parfois « l'œil mauvais ».
Jésus nous rappelle inlassablement l'amour de son Père pour les hommes, pour
tous les hommes. Dieu nous appelle sans cesse, il n'est jamais trop tard pour
entrer dans son royaume. Jusque sur la Croix, où Jésus invitera le bon larron,
cette ouvrier de la dernière heure, à partager sa vie avec Dieu.
Laissons-nous
notre regard devenir envieux de ceux que Dieu a l'air de privilégier?
Savons-nous reconnaître son amour sans exclusive pour tous?
Nous savons que
Dieu nous donne sa grâce sans compter, que Dieu se donne lui-même sans rien
garder. Ne soyons pas des gagne-petit, laissons en nous un espace pour la
gratuité, laissons-nous gagner par cette folie d'amour, qu'aucune justice
humaine ne peut prendre en compte.
Nous allons dans
quelques instants partager le pain eucharistique. Malgré les apparences et la
pauvreté de ce petit morceau de pain, c'est à un festin que nous sommes invités,
le signe est peut-être pauvre, mais la réalité qu'il signifie est à la mesure
de cet amour infini que Dieu nous porte. Vivons donc cette eucharistie comme
une anticipation de ce royaume auquel Dieu nous appelle.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 28 septembre 2008
Comme dimanche dernier, nous retrouvons Jésus, en pleine
controverse avec les chefs religieux. Cet épisode se situe après l'entrée de
Jésus à Jérusalem lors des rameaux et juste avant la Passion. Autant dire que
le climat se tend entre Lui et les responsables juifs qui veulent L'empêcher de
parler par tous les moyens, y compris, comme nous le savons, jusqu'à Le
condamner à mort. Il vient de chasser les marchands du temple et de mettre les
chefs religieux en difficulté avec ses petites histoires, apparemment anodines
que sont les paraboles, mais qui les accusent ou les couvrent de ridicule.
Une nouvelle histoire aujourd'hui : celle des deux fils.
Cette parabole commence comme celle du fils prodigue (ou du Père
miséricordieux), histoire banale qui se reproduit tous les jours dans toutes
les familles de la Terre. Le premier enfant répond « oui » à la
demande de son Père d'aller travailler à sa vigne, et finalement n'y va pas, et
le second qui, à la même demande, commence par répondre « non », se
décide à aller travailler.
La question de Jésus aux chefs religieux appelle une
réponse de bon sens. Mais en même temps que ceux-ci donnent raison au second
fils, ils se condamnent eux-mêmes. Car c'est à leur propre histoire que Jésus
fait allusion. En effet, les juifs ont bien répondu « oui » à l'appel
de Dieu, mais ils ont refusé de reconnaître ses envoyés, Jean Baptiste d'abord
et maintenant Jésus lui-même. Par contre, des publicains et des prostituées,
qui ne respectaient pas la loi, comme Zachée ou Marie-Madeleine, avaient
reconnu Jésus et s´étaient convertis. D'où cette parole stupéfiante de Jésus :
« Les publicains et les prostituées vous précèderont dans le
royaume ».
Nous sommes souvent tellement habitués aux paroles de
l'Evangile que nous n'en voyons plus toute la dureté. Imaginons-nous que cette
réponse nous soit donnée directement à nous : ou bien elle nous
scandaliserait profondément ou bien nous réagirions sans doute violemment, ou
alors dans le meilleur des cas nous ferions un sévère examen de conscience.
C'est ce à quoi Jésus veut amener ses interlocuteurs. Les
amener à la conversion. Car la foi en Dieu ne consiste pas d'abord à respecter
scrupuleusement une liste de commandements, mais à faire confiance à Dieu. La Foi
n'est pas une déclaration d'intention, mais un engagement à mettre sa vie en
conformité avec ses paroles.
Le fils qui dit « oui » est dans un monde
fallacieux. Une monde de paroles creuses et vaines, dans lequel ne peuvent pas
s'établir de relations vraies, à qui on ne peut pas accorder sa confiance. Le
fils qui dit « non » n'est pas parfait non plus, car sa parole n'est
pas juste. Mais sa vie et ses actes prennent le dessus sur ses paroles. S'il
n'y a pas eu cohérence entre la parole et les actes, son attitude rétablit la
confiance et une relation vraie peut alors s'instaurer.
Dans ce monde, nous sommes abreuvés de beaux discours, de
belles déclarations d'intention. Il suffit de connaître le fonctionnement des
médias pour faire passer ses idées, même si elles sont creuses. Peu importe si
sa vie n'est pas en conformité avec ses actes, l'essentiel est d'asséner des
vérités. On interroge en priorité, sur tous les sujets, ceux qui ont de la
notoriété. Pourvu que l'on soit un champion, une vedette de cinéma, un artiste
en vue, on peut parler sur tous les sujets. C'est la logorrhée ou le verbalisme
permanent.
La question de Jésus nous est posée à nous aussi ce
matin. Sommes-nous des pratiquants, non pas des pratiquants du dimanche, mais
« des pratiquants de l'évangile », comme le dit le Père Sonnet, en
écho à une belle formule du Père Quoist : « Il
ne s'agit pas de partager des idées sur l'évangile, il s'agit surtout de
partager sa vie transformée par l'évangile ».
Nous savons que, même si nous avons répondu
« oui » à Dieu, nous aurons à le reprendre souvent, car la conversion
doit être permanente. Il vaut mieux nous situer dans la catégorie des pécheurs,
non pas de façon morbide, mais en confiant en sa miséricorde. Nous redirons
ensemble dans un moment, « que ta volonté soit faîte », faîte et
non pas simplement énoncée. Que nous accomplissions, que nous fassions Sa
volonté, c'est Jésus qui nous le demande ce matin.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 5 octobre 2008
Nous
continuons la lecture de la série des paraboles du Royaume. Vous vous souvenez du cœur des paraboles des deux dimanches
précédents. Dans les ouvriers de la onzième heure, Jésus nous rappelle que nous
sommes tous appelés à travailler à sa vigne, i.e à
travailler à préparer la venue du Royaume qu’il est venu instaurer. Dans la
parabole des deux fils, Jésus nous rappelle qu’il ne suffit pas de répondre
affirmativement à son appel, mais qu’il faut mettre notre vie en conformité
avec notre parole.
Aujourd’hui,
nous restons dans un contexte de polémique avec les chefs religieux, et Jésus
va durcir encore son discours. Un maître d’un domaine vinicole part en voyage
et confie sa vigne à des métayers. Lorsque vient la saison des fruits, il envoie
ses serviteurs recueillir ces fruits et ceux-ci sont maltraités, voire
assassinés. Avec une patience hors du commun, il envoie d’autres serviteurs qui
sont victimes du même sort. Enfin, au lieu d’envoyer la police, il envoie son
propre fils avec l’espoir que les vignerons le respecteront. Et, finalement,
ceux-ci tuent également le fils.
A
travers cette seconde parabole de la vigne, c’est la propre histoire de Dieu
qu’il met en scène. Le Père Sonnet intitule très justement cette parabole : « Parabole de la
Patience de Dieu ». En effet, il est facile de voir à travers cette
histoire celle du peuple de Dieu. Dieu a fait alliance avec Israël.
Malheureusement celui-ci ne sera pas fidèle à cette alliance. C’est pour lui
rappeler ses engagement que Dieu va envoyer des prophètes tout au long de son
histoire, mais ils seront rarement écoutés et souvent maltraités. Sans se
lasser, avec une patience infinie, car Dieu ne désespère jamais des hommes, Il
va donc envoyer son propre Fils pour nous redire combien Il nous aime et compte
sur nous pour récolter les fruits de sa vigne, i.e. pour être les gérants de sa
Création, pour organiser le monde avec amour. Nous savons que les hommes ne
respecteront même pas le Fils et le mettront à mort. Il sera livré à la
violence des hommes. Mais ce Fils Jésus fera de cette mort une offrande à son
Père pour que tous soient sauvés. Dieu nous donne la plus grande preuve d’amour :
« Que pouvais-je faire pour ma vigne que je n’ai pas fait ? »
comme le dit le prophète Isaïe. Comme les chefs religieux, à qui s’adresse
cette parabole, vont refuser cette ultime preuve d’amour, Jésus annonce alors
une rupture dans l’histoire d’Israël : dorénavant, « le royaume de
Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son
fruit ».
C’est
l’annonce de la venue de l’Eglise. Cette annonce de Jésus va être considérée
comme un rejet par Dieu du peuple Juif et aura des conséquences désastreuses
pour lui. A partir d’une expression malheureuse attribuée à saint Justin,
qualifiant l’Eglise de « nouvel Israël », va se développer un
antisémitisme qui va culminer dans la solution finale des camps de
concentration pendant la guerre de 1939.
En
réalité, c’est aux chefs religieux que s’adresse Jésus et sa mort ne peut être
imputée aux Juifs jusqu’à la fin des temps. Cette parabole s’adresse aussi à
l’Eglise et à tous les chrétiens : « Ce que vous avez appris et reçu,
ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique » écrit Saint
Paul aux Philippiens.
C’est
nous qui sommes dépositaires de l’Evangile, dépositaires et non pas
propriétaires! Car c’est ce sentiment de propriété qui peut engendrer
l’intolérance, et ensuite la violence. Si nous nous croyons toujours supérieurs
aux autres, parce que nous pensons avoir raison, nous sommes dans la même
position que ces vignerons de l’Evangile. Mais si nous acceptons d’accueillir
Jésus, de Le reconnaître comme notre maître, de Le suivre jusqu’à la Croix,
alors nous travaillerons à préparer la venue de son Règne.
Nous
savons que le Règne de Dieu n’est pas encore complètement réalisé, mais la
résurrection de Jésus est le premier signe de sa réalisation, le premier fruit
de cette vigne du Seigneur. C’est ce signe que nous rappelons à cette
eucharistie.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 19 octobre 2008
La
controverse continue entre Jésus et les chefs religieux Juifs. Jésus a gagné la
première manche, en utilisant les paraboles, celles que nous avons entendu les
dimanches précédents. En racontant ces histoires, apparemment anodines, Jésus a
mis ses interlocuteurs en demeure de prendre position pour ou contre Lui. Ceux-ci
se sont trouvés dans l’embarras, ne sachant plus que répondre. Du coup, les
pharisiens vont se concerter pour
adopter une nouvelle stratégie. Ils ne se présentent plus directement devant
Jésus, mais ils envoient leurs disciples lui poser des questions. Curieusement,
ils s’associent avec leurs ennemis, les Hérodiens, plutôt favorables aux
Romains (on dirait de nos jours collaborateurs), eux qui ne voyaient pas d’un
bon œil la présence romaine, pour littéralement « prendre Jésus dans
leurs filets ».
La
mise en scène est bien étudiée, c’est le scénario classique, le juif fidèle ou
les enfants dans le repas pascal, posent cette question au maître :
« Est-il permis… ? » pour résoudre les multiples cas de
conscience que lui pose la vie quotidienne. Les envoyés des pharisiens
commencent leur discours en essayant de flatter Jésus : « Nous
savons que tu es toujours vrai et que tu enseignes la vrai chemin de
Dieu… » et posent leur
question : « Est-il permis de payer l’impôt à
César ? »
Pour
bien comprendre la réponse de Jésus, il faut se rappeler qu’on ne pouvait payer
l’impôt romain qu’avec une monnaie romaine, la pièce du « tribut ».
Jésus leur demande de montrer la monnaie et les prend à leur piège. Pourquoi
ont-ils dans leurs poches la monnaie de l’impôt sur laquelle est gravée l’image
de l’empereur, alors qu’ils connaissent parfaitement l’interdiction biblique
des représentations humaines ? La réponse de Jésus porte sur cette
question « d’image », l’effigie impériale représente le pouvoir
politique, qu’on lui rende ce qui lui revient. Mais l’homme est « image de
Dieu », comme nous le rappelle le début de la Bible, le Livre de la Genèse,
l’homme ne peut s’asservir à des politiciens, et surtout pas leur rendre
un culte, comme cela se passait pour
l’empereur romain. Il ne faut pas confondre les deux règnes : celui du
pouvoir politique et économique, et le règne de Dieu.
« Rendez
à Dieu, ce qui est à l’image de Dieu » : cette image, c’est d’abord
Jésus Lui-même, la plus parfaite image ou « icône » de Dieu. C’est à Lui
que nous devons rendre un culte, c’est Lui que nous pouvons reconnaître comme
notre « maître » et seigneur, c’est Lui qui peut nous libérer et non
pas les royaumes de ce monde, qui, le plus souvent, tentent de nous asservir.
Jésus
n’a jamais soutenu la révolte contre les romains, comme pouvait le faire le
mouvement résistant des zélotes (dont faisait partie entre parenthèse Barrabas,
cruel retournement des choses !). Il y a le contingent et l’absolu. Les
royaumes sont caducs, mais le règne de Dieu doit rester l’horizon absolu de
notre foi. Saint Paul a demandé la soumission aux autorités (Rm 13,1), mais en nuançant, pourvu qu’elles ne se prennent
pas pour Dieu (1Co 12, 3), car nous n’avons qu’un seul Seigneur. « Je suis
le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi il n’y a pas de
Dieu » (Is
1, 6).
C’est
en Jésus que nous pouvons échapper aux pièges que nous trouvons sur notre route
constamment, piège du pouvoir, que nous subissons ou que nous exerçons. Piège
de l’argent, soit que nous en possédions, soit que nous en manquions. Notre
attitude comme chrétien ne doit pas être partisane et doit éviter la complicité
avec ce qui passe. Nous sommes du monde, non pas pour le subir, mais pour le
transformer, pour rendre à l’homme sa véritable image, l’image de Dieu.
C’est
par notre participation aux sacrements, signes du Christ Jésus, que nous
pouvons, j’allais dire nous « imaginer », nous identifier toujours
davantage à l’image de celui dont nous tenons tout, « la vie, le mouvement
et l’être » comme le disait St
Paul aux Athéniens (Ac 17,28). Vivons cette eucharistie dans cet esprit, dans
son Esprit.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 26 octobre 2008
Nous
lisons aujourd’hui la dernière entre Jésus et les responsables religieux juifs
avant ses derniers discours, qui seront d’une extrême dureté et qui le
conduiront finalement à la Croix.
Dans
l’épisode précédent, qui n’a pas été retenu comme lecture liturgique, Jésus
répondait aux Sadducéens qui ne croyaient pas à la résurrection. Les
Pharisiens, après ce répit et forts de ce que Jésus ait « fermé la
bouche » aux Sadducéens, leurs ennemis, reviennent à la charge pour Le
mettre à l’épreuve. « Quel est le plus grand commandement ? »
Pour
eux, dans la pratique, il est important de ne pas transgresser même le plus
petit commandement. Or, lorsqu’on connaît la complexité de la loi qui contient
613 commandements, 315 interdictions et 248 autres prescriptions, on comprend
qu’il soit difficile de faire la part des choses. C’était déjà la question du
« Jeune homme », « Que puis-je faire pour obtenir le vie
éternelle ? » (Mt 19, 16-25), mais cette fois, la question est posée
pour « le mettre à l’épreuve ».
La
réponse de Jésus va se faire en trois temps :
-
tout d’abord, rappel
du 1er commandement de la loi : « Tu aimeras le
seigneur ton Dieu… » Il s’agit bien pour les juifs du 1er
commandement. Il n’y a qu’un grand commandement que tout bon juif récite
plusieurs fois pas jour dans sa prière, le « Shema
Israël » (Dt 6, 4).
-
ensuite, rappel d’un
autre commandement qui n’est pas nouveau, qui se trouve déjà dans la
Loi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lv 19, 18).
-
enfin, Jésus relie
entre eux ces deux commandements et en fait le résumé de la Loi et des
Prophètes.
La
nouveauté ne vient donc pas des commandements eux-mêmes, mais de leur
conjonction et de leur similitude. Jésus radicalise la Loi en excluant toute
obéissance légale qui ne serait pas soumission totale à Dieu et au service du
prochain. La simplification et l’union des deux amours pour Dieu et pour le prochain ne constitue
pas une nouvelle réglementation, mais le rappel que toute la conduite morale prend
sa source et son sens dans la volonté souveraine de Dieu. Il n’y a qu’un seul
amour, un amour total, sans exclusive. L’amour de Dieu se mesure à celui que
j’ai pour le prochain et l’amour du prochain le reflet de l’amour de soi. Il
s’agit bien du même amour pour Dieu, les autres et soi-même.
Dire
qu’aimer le prochain est équivalent à aimer Dieu, n’est-ce pas rabaisser Dieu
au rang de l’homme, l’homme prendrait-il la place de Dieu ? Non, ce n’est
pas l’homme qui prend la place de Dieu mais, en Jésus, Dieu qui se fait homme,
pour que l’homme retrouve sa vraie place. « Dieu s’est fait homme, pour
que l’homme devienne Dieu » (St Irénée). En Jésus, fils de Dieu, vraiment
Dieu et vraiment Homme, Dieu et l’homme coïncident en une seule personne.
Désormais, celui qui aime Dieu, doit passer par l’humanité, par un visage
d’homme, celui de son fils bien-aimé : Jésus-Christ. Tout être humain nous
donne à voir quelque chose de Dieu, il en est l’image même si celle-ci est un
peu ou beaucoup déformée. Celui qui aime Dieu, à travers Jésus, aime tous ses
frères et celui qui aime vraiment l’homme, à travers Jésus, aime la face cachée
de Dieu.
Mais
il semble curieux de faire de l’amour, un commandement, comme si on pouvait
commander d’aimer ! Nous, Français, nous sommes pris au piège de notre
langue, car nous n’avons qu’un seul mot pour traduire des réalités si
différentes que d’aimer son épouse ou d’aimer le chocolat. Les Espagnols
peuvent mettre plus de nuances. Aimer, en effet, n’est pas seulement une
affaire de sentiment ou de sensation, mais aussi de cœur et de volonté. Faire
la volonté de Dieu, c’est aimer comme Lui. C’est en Jésus que ce commandement
est traduit parfaitement.
Nous
en avons le signe dans cette eucharistie. Le corps du Christ, donné par amour,
doit nous donner la force de réaliser le Corps du Christ qui est l’Eglise et
dont nous sommes les membres.
Père Jean-Jacques Veychard
- Samedi 1er novembre 2008
A
l’origine de la fête de Toussaint, il y a la volonté de célébrer les martyrs,
i.e. ceux qui ont suivi le Christ jusque dans le sacrifice de leur vie. Dès le IVème siècle, en Orient, on fait mémoire de ces martyrs. A
Rome, c’est au VIIème siècle qu’est instituée cette
fête, à l’occasion de la consécration du Panthéon, qui devient Sainte-Marie des
martyrs. Le Panthéon, l’un des plus beaux monuments de Rome, était, comme son
nom l’indique, un temple dédié à tous les dieux. Il devient alors une Eglise
dédiée à tous les martyrs, autrement dit à tous les saints, puisque ceux-ci
constituaient l’essentiel des chrétiens portés sur les autels. Le Panthéon,
réputé pour son plafond ouvert sur le ciel, devenait ainsi une Eglise qui
habituait les chrétiens « à concevoir leur vie ouverte vers le
haut », comme le dit un auteur contemporain. C’est en effet un très beau
symbole. Les églises sont construites pour nous que nous regardions vers le
haut, que nous ne restions pas au ras de notre existence terrestre, mais que
nous pensions à nous mettre en présence de ce Dieu très haut, de ce Dieu qui
nous attire vers Lui. C’est en quelque sorte un appel à la sainteté.
Mais
si le Panthéon était le temple de tous les dieux, l’Eglise est aussi le
rassemblement de tous les saints. Il est bien que cette fête existe, car elle
nous permet de réunir tous les élus, les nombreux élus, 144 000 comme nous dit
l’Apocalypse, i.e. une foule immense qui représente, espérons-le, l’essentiel
de l’humanité. Il y a les saints « couronnés » et ceux, plus nombreux
sans doute, les saints « ordinaires », ceux qui ne sont pas dans le
calendrier, mais qui se trouvent en compagnie du Seigneur.
Si
nous célébrons les saints, ce n’est pas pour en faire des
« petits dieux ». Les saints ne sont pas des idoles. Si nous
pouvons leur rendre un culte, ils ne remplacent pas Dieu. A proprement parler,
nous ne prions pas les saints. C’est Dieu seul que nous pouvons prier. Par
contre, nous pouvons demander aux saints de prier pour nous, de prier avec nous.
C’est la beauté de ce que appelons la « communion des saints ». Cette
grande famille dont nous sommes partie intégrante.
Ils
nous rappellent que le Christianisme n’est pas une « religion du
livre », comme on a pu le dire. Sans doute, nous nous retrouvons autour de
la Bible, mais la Bible n’est pas d’abord un livre, elle est relation de
l’histoire de Dieu avec les hommes. Elle est surtout « Parole de
Dieu », parole vivante - « Au commencement était la
Parole », comme nous le rappelle Saint Jean - et c’est cette Parole
qui est à l’origine de tout ce qui existe.
Un
saint, c’est une femme ou un homme, qui a entendu cette parole, qui y a cru, et
qui l’a mise au cœur de sa vie. Un saint, c’est celui qui actualise cette
Parole de Dieu. Zundel dit joliment que les
« Saints achèvent l’incarnation de Dieu ». Ils rendent un peu plus
présents Dieu parmi nous. Ils se trouvent sur notre route, nous les retrouvons
chaque jour sur le calendrier. Ils sont là, non pas pour nous dispenser de
faire des efforts et pour nous permettre de vivre « par
procuration », mais pour nous indiquer le chemin, nous donner un sens.
Chacun d’eux a pu mettre l’accent sur un aspect particulier de la vie
chrétienne, a pu vivre plus à fond telle ou telle béatitude, mais ensemble ils
forment une grande communion.
Si
nous voulons savoir ce que signifie vraiment la sainteté, il n’y a qu’un seul
chemin, c’est nous efforcer de devenir nous aussi des saints. C’est à cette
vocation que nous sommes appelés.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 2 novembre 2008
Cette
année, en ce début du mois de novembre, nous célébrons trois fêtes, dont deux
passent souvent inaperçues puisqu’elles tombent régulièrement pendant la
semaine. Trois fêtes : la Toussaint, célébrée hier, la commémoration des
défunts que nous célébrons aujourd’hui et, dimanche prochain, la dédicace de la
basilique St Jean de Latran, la cathédrale de l’église de Rome. Ces trois fêtes
sont en cohérence étroite. La Toussaint nous rappelle cette communion à
laquelle participent déjà les « élus », la prière pour les défunts
nous invite à prier pour que tous participent à cette communion, et la dédicace
de la cathédrale de Rome est le signe de cette communion de toute l’Eglise.
La
fête d’aujourd’hui est un peu plus récente que la Toussaint. Après le culte des
martyrs qui s’était très vite développé, la piété populaire a éprouvé le besoin
de faire mémoire de ceux qui n’étaient pas morts martyrs, mais qui restaient
bien présents dans le cœur et la pensée. C’est l’origine de cette
commémoration. Certes, le culte des morts est une très ancienne coutume, il
fait partie de toutes les cultures. C’est même l’indice de la naissance d’une
véritable culture ou civilisation. Mais dans le christianisme, l’idée est
profondément enracinée qu’on ne peut faire le déni de la mort.
On
peut se poser la question : convient-il de prier pour les défunts ?
Si
leur sort est déjà fixé pour l’éternité, à quoi sert de prier pour eux ?
Les églises issues de la Réforme ont longtemps considéré comme un abus de prier
pour les morts, car ils sont entre les mains de Dieu. Dans l’Eglise catholique,
il est traditionnel de prier pour les morts. Nous intercédons pour les défunts,
non pas pour rappeler à Dieu qu’il doit se souvenir d’eux. En effet, même si on
ne prie pas, Dieu se souvient ; ce n’est pas notre prière qui déclenche
l’amour de Dieu. Notre intercession a pour but de nous rappeler qu’ils sont
destinés à participer à la vie du Christ. C’est le sens de notre prière à
chaque eucharistie : « Souviens-toi de nos frères qui se sont
endormis dans l’espérance de la résurrection… ». Cette mémoire des défunts
est inscrite dans ce qu’on appelle « la communion des saints ». Nous
savons que tout ce que nous faisons a une répercussion sur l’ensemble de
l’humanité. Nous sommes solidaires dans le bien et dans le mal. Même si cela
reste mystérieux, nous affirmons que nous pouvons, par notre prière, aider à
une union avec Dieu. Nous pourrions nous demander pourquoi nous pouvons prier
même pour des défunts décédés depuis longtemps. Je crois que nous ne pouvons
pas juger selon nos catégories temporelles et que l’éternité nous fait entrer
dans un monde où le temps n’existe plus. Nous savons que la vie est un
cheminement, que nous n’arrêtons pas de nous transformer. Que reste-t-il du
nouveau-né, dans une personne âgée ? Il nous est difficile de nous
représenter le statut de ressuscité, mais notre foi au Christ ressuscité nous
fait étendre cette même foi à la résurrection de nos frères et sœurs et, plus
existentiellement, cette foi « en la communion de vie qui existe avec nos
frères déjà en possession de la gloire céleste, ou en voie de purification
après la mort », comme le dit le concile Vatican II (Lumen gentium).
Personne
ne saurait prétendre être déjà sauvé, mais tous peuvent répondre à l’appel de
Dieu à vivre cette solidarité de la Foi. C’est ce que nous dit St Paul dans sa
1ère lettre aux Corinthiens : « la mort est vaincue
et la victoire nous vient du Christ notre Seigneur, lui qui est le lien entre
nos frères morts et nous-mêmes ».
C’est
dans cet esprit, l’Esprit du Christ ressuscité, que nous pouvons maintenant
confier au Seigneur tous les êtres qui nous sont chers.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 23 novembre 2008
Dans l'évangile de Matthieu, après les controverses avec
les responsables religieux, Jésus annonce la destruction du temple de Jérusalem
et la fin des temps. En l'entendant, les disciples qui posent souvent les
mauvaises questions lui demandent « Quand cela arrivera-t-il? »
Jésus n'a pas de réponse. Il dira dans l'évangile de
dimanche prochain que personne ne peut répondre, pas même lui. Par contre, s'il
ne répond pas à la question du « quand », il oriente les disciples
vers le « comment » ils peuvent se préparer au jugement final.
C´était l'objet de la parabole des talents que nous avons entendu dimanche
dernier où Jésus nous invitait à la vigilance et à la fidélité. Ce discours sur
la fin des temps achève la mission publique de Jésus avant la passion.
Nous pouvons dire que Jésus n'a plus rien à dire, la
Parole a été proclamée. Il ne lui reste plus qu'à vivre la logique de cette
Parole, ce qui va le conduire inexorablement à la Croix.
Cette fresque du Jugement dernier que nous connaissons
bien, qui a été mise en scène par les sculpteurs de nos cathédrales, vient nous
rappeler ce qu'est l'essentiel de la vie en Christ.
Pour illustrer la figure du juge suprême, Jésus reprend
la comparaison du berger, du bon pasteur. Nous retrouvons ici la référence au
texte d'Ezéchiel que nous avons entendu dans la première lecture. Ce n'est pas
vraiment la figure d'un juge impitoyable, celui qui soigne avec tant de
tendresse la brebis blessée.
La deuxième comparaison est celle du Roi. Celui-ci fait
le tri entre les « bénis de mon Père » et les « maudits ».
Dans deux dialogues parallèles, le Roi
va « révéler » (comme on révélait autrefois une photo à partir d'une
pellicule) ce que chacun a réellement vécu : soit en faisant le bien, soit en
ayant passé à côté de ce qui était vraiment important. Les actes énumérés
faisaient partie des « œuvres juives de miséricorde », sauf la visite
aux prisonniers qui a dû être ajoutée à l'époque où
l'évangile a été écrit, car il y eut alors de nombreux emprisonnement de chrétiens.
Ce qui est intéressant à noter, c'est la surprise des uns
et des autres. La surprise des élus et des réprouvés, au dernier jour, sera à
la mesure de leur méprise au sujet de ce qu'ils ont vécu ici-bas. « Quand
t'avons-nous vu...? » Ils ne savaient pas que, dans le pauvre, le malade,
le prisonnier, c'était en fait le Christ lui-même qu'ils rencontraient. Ils se
positionnaient sans doute plus par rapport à la Loi. « Est-ce que j'ai
bien accompli mon devoir? » devait être la question qu'ils se posaient.
Les bénis et les maudits ignoraient avoir accompli vraiment la loi, en faisant
ou en omettant de servir les autres. Jésus nous rappelle que le Jugement ne
portera pas en premier lieu sur la rectitude de nos actions, mais sur le
rapport que celles-ci manifestent entre le croyant et son Seigneur. Il faut
revenir sans cesse à ce bel hymne à l'Amour que nous trouvons dans l'épître aux
Corinthiens : « Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand
je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, je n'y gagne
rien » (1Co 13). Nous serons jugés sur l'Amour, sur la Charité.
Ce Roi est donc présent parmi nous dès maintenant et nous
risquons de ne pas le reconnaître, tellement sa royauté est différente de ce
que nous imaginons. « Ils voulaient le faire Roi », comme nous dit St
Jean après avoir vu Jésus faire des miracles. Ils prenaient les signes pour la
réalité. La seule fois où Jésus va parler de sa royauté, c'est devant Pilate,
au moment où il est le plus vulnérable, où il se trouve dans la plus grande
faiblesse et le plus grand dénuement. La faiblesse est le chemin de sa
puissance.
L'évangile de ce jour clôt l'année liturgique et veut
nous aider à mettre en perspective notre vie avec celle de Jésus. Pour cela, il
nous faut revenir sans cesse à l'évangile du lavement des pieds. Le grand
commandement que Jésus nous laisse avant sa passion : « aimez-vous les uns
les autres, comme je vous ai aimés. » Ce dimanche nous rappelle que la
Royauté du Christ est une royauté de Service. Royauté qui s'exerce sur des
sujets qui sont eux-mêmes appelés à servir et dont le seul accomplissement
authentique sera le service désintéressé du prochain. N'oublions pas que le
lavement des pieds prend la place en St Jean du récit de l'Institution de
l'Eucharistie. Le signe de la royauté du Christ sur le monde, c'est cet humble
petit morceau de pain que nous allons, grâce à l'Esprit, consacrer pour qu'il
devienne le Corps du Christ.
« Dieu a donné son propre Fils », nous dit St
Jean Chrysostome, « et toi tu ne donnerais pas même un morceau de pain à
celui qui a été livré pour toi? »
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 21 décembre 2008
L'évangile de Luc commence par deux récits d'annonciation
: l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste à Élisabeth et Zacharie, et celle
de Jésus à Marie.
Il est intéressant de comparer les deux récits pour faire
ressortir le message de notre texte d'aujourd'hui. D'un côté, la scène se passe
dans la capitale Jérusalem, dans l'autre, dans une bourgade de Galilée dont il
n'a jamais été question dans l'Ecriture. L'enfant qui va naître sera de la lignée sacerdotale dans le cas de
Jean-Baptiste, ce qui convenait bien à des figures de l'Ancien Testament comme
Zacharie et Élisabeth. L'enfant annoncé par l'ange Gabriel sera de la lignée du
roi David, selon ce qui avait été annoncé par les prophètes. Jean-Baptiste sera
l'enfant désiré depuis longtemps par des parents âgés. La naissance annoncée à
Marie est une pure initiative de Dieu sans l'intervention d'un homme.
Contrairement à la coutume, ce sera Marie, i.e la Mère, qui va donner le nom à son enfant, alors que
c'est à Zacharie que l'on demande le nom de l'enfant. Zacharie doute de la
parole de l'ange et demande un signe. Il va perdre la parole jusqu'à la
naissance de Jean-Baptiste, ce sera le signe qui lui sera donné. Marie croit et
demande simplement comment cela va arriver. Enfin c'est l'Esprit Saint qui sera
à l'origine de cette naissance. Nous retrouvons là une référence au récit de la
création où l'Esprit de Dieu planait sur les eaux et c'est cet Esprit qui va
donner la Vie à toute la création.
Nous pouvons voir, à la lumière de ces deux récits,
combien la naissance de Jésus est tout à fait extraordinaire. Comme toujours,
l'événement est hors norme et échappe au sens commun. La solennité de la scène,
dans sa simplicité, nous remet au cœur du dessein de Dieu. Tout au long de
l'histoire d'Israël, Dieu intervient, nous prenant toujours à contre-pieds.
Là où on attendait un Roi, c'est un enfant qui naît sur
la paille, non pas à la capitale, mais dans une bourgade inconnue, non pas d'un
couple bien constitué, mais d'une jeune vierge.
Saint Luc a écrit son Évangile pour que le lecteur soit
confirmé dans sa foi. Il s'agit bien ici de foi. Tout cet épisode nous rappelle
la foi de toute la longue lignée de ceux qui ont mis leur confiance dans ce
Dieu qui leur proposait son alliance. Après le signe donné, i.e
la grossesse d'Élisabeth, la réponse sans ambiguïté de Marie est une référence
pour tout acte de Foi. « Rien n'est impossible à Dieu », c'est ce qui
fonde la foi d'Abraham, mise en œuvre en particulier, lorsqu'on lui annonce la
naissance d'Isaac.
L'acte de foi, c'est aussi reconnaître l'authenticité des
messages et savoir interpréter les signes. « Qu'il me soit fait selon
ta parole ». L'acte de Foi, c'est prendre sa place dans cette alliance que
Dieu nous propose et se mettre au service de son projet.
Le message central, ce n'est pas tant l'annonce à Marie
que la conception de Jésus comme Messie, Fils de Dieu. C'est de cette Bonne
Nouvelle dont il est question et la première à l'entendre, c'est Marie. Elle
l'entend et la proclame à son tour. Marie est donc le premier disciple et même
le modèle du disciple. C'est Paul VI qui a très bien résumé son rôle : «
la Vierge Marie a toujours été proposée par l'Eglise à l'imitation des fidèles,
non point précisément pour le genre de vie qu'elle a expérimenté, d'autant
moins que le milieu socio-culturel dans lequel sa vie
s'est déroulée est aujourd'hui presque partout dépassé, mais parce que, dans
les conditions concrètes de sa vie, elle a adhéré totalement à la volonté de
Dieu, elle a accueilli la parole et l'a mise en pratique, elle a été inspirée
dans son action par la charité et l'esprit de service. En résumé, elle fut la première et la plus parfaite disciple du Christ. »
Pour être disciple, il ne suffit pas de dire
« oui », il faut aussi « écouter la parole et la mettre en
pratique ». Nous, les chrétiens, nous devons bien savoir ce que nous
croyons de ce Jésus qui va renaître à Noël. Jésus n'est pas seulement Prince de
la Paix, ce que la plupart des hommes sont prêts à reconnaître. Il est le
Messie, celui qui récapitule toute l'histoire humaine qui court à travers tout
l'Ancien (ou le premier) testament. Et, par-delà, il est le Fils unique de
Dieu, la présence même de Dieu parmi nous.
Il faut bien tenir les deux éléments pour être, nous
aussi, des disciples : accepter cette double identité de jésus, ce qui suppose
que nous soyons prêts à écouter ce que dit Jésus de la volonté de Dieu et à le
mettre en pratique.
Le signe que Dieu nous donne ce matin dans son
Eucharistie ne doit pas nous rendre muets, comme Zacharie, mais nous amener,
comme Marie, à proclamer nous aussi la Bonne Nouvelle.
Père Jean-Jacques Veychard
- Mercredi 24 décembre 2008 : Nativité du Seigneur Jésus-Christ (messe de la nuit)
En réécoutant ce
texte de Saint Luc, nous risquons toujours d'en rester au récit d'une belle
histoire. Il est vrai que ce temps de Noël est emprunt d'une atmosphère
particulière qui nous ramène à l'enfance si nous avons eu la chance d'avoir pu vivre
ce temps dans une ambiance familiale sereine et pleine de tendresse. C'est une
histoire, c'est même pour nous Chrétiens la grande Histoire, mais n'oublions
pas que pour Luc, l'important c'est de susciter ou de conforter la foi des
auditeurs, et nous ne sommes plus dans le merveilleux.
Il s'agit avant tout de replacer tous les évènements de
la vie de Jésus Christ dans la lumière de la Résurrection. Comme pour le récit
de l'annonce à Marie dans l'Evangile de dimanche dernier, Luc nous présente
Jésus dans ses deux dimensions inséparables, Jésus vrai homme, d'où
l'importance de bien inscrire sa venue dans l'histoire humaine : cela se
passait sous l'empereur Auguste, Quirinius était
gouverneur de Syrie... et dans le même temps de mettre en scène l'événement
dans un cadre extraordinaire : un ange du Seigneur s'approcha des bergers et la
gloire du Seigneur les enveloppa de sa
lumière, une troupe céleste chantait « gloire à Dieu au plus haut
des cieux! »
Avec Jésus, tout va prendre un sens nouveau. Il vient
pour nous donner sa Paix, son Amour et sa Présence. C'est le contenu d'un hymne
de Noël (de Claude Rozier) que l'on trouve dans la
liturgie des heures (bréviaire).
La Paix de Dieu n'est pas un cri.
L'Amour de Dieu n'est pas un mot.
Le jour de Dieu n'est pas un jour.
La Paix de Dieu n'est pas un cri. La Paix que nous
apporte le Christ n'est pas un compromis, n'est pas l'absence de guerre. Même
si la venue de Jésus arrive en un temps privilégié. En effet, l'empereur
Auguste vient de mettre un terme à une guerre civile qui ravageait l'empire
romain. C'est le temps de la Pax Romana. En
reconnaissance à Auguste, on fit construire le grand autel l'Ara Pacis, ce monument que nous pouvons admirer encore
aujourd'hui à Rome. Les cités grecques adoptèrent le jour de la naissance
d'Auguste comme premier jour de l'année, et on pouvait lire à Priène, en Asie
mineure, l'inscription : « le
jour de la naissance du dieu a marqué le début de la bonne nouvelle pour le
monde. » Luc va se servir de l'édit d'Auguste pour donner un cadre à la
naissance de Jésus. Des hommes ont construit un autel dédié à la paix
d'Auguste, mais cette paix est une pseudo-paix
établie au prix de nombreuses oppressions. Dans l'Évangile de Luc, c'est un chœur céleste qui va proclamer la Paix
véritable qui vient de Dieu : la Paix du Christ : « Paix sur la terre
aux hommes qu'Il aime. » Le début des temps nouveaux n'a pas lieu à Rome,
mais dans la petite bourgade de Bethléem. L'annonce des anges réduit à néant toutes
les inscriptions humaines.
L'Amour de Dieu n'est pas un mot. L'Amour du Christ n'est
pas simplement un sentiment ou une déclaration, c'est un engagement de tout
Lui-même. C'est le don total qui se manifeste déjà dans cette naissance toute
d'humilité. Lui qui était de condition divine n'a pas hésité à se manifester à
nous dans la plus complète nudité. C'est déjà, d'une certaine manière, la Passion
qui est incluse dans ce berceau de nouveau-né. Jésus se livre entre nos mains
et toute sa vie ne sera que le prolongement de ce don jusqu'à la mort sur la
Croix.
Le jour de Dieu n'est pas un jour. La présence de Jésus
n'est pas un événement du passé, elle n'est pas une présence fugace. Jésus est
avec nous depuis les origines et jusqu'à la fin de l'Histoire. Il est présent
aujourd'hui à toutes les douleurs, à toutes les souffrances, à toutes les
solitudes, à toutes les misères, et Dieu sait si notre époque récente engendre
des injustices et des pauvretés! Il est heureusement présent à toutes les
enfances, à toutes les joies, à toutes les tendresses, à toutes les espérances.
Jésus-Christ n'est pas dans le passé, Il est aujourd'hui
au-dedans de nous, au cœur de notre cœur. C'est par Lui que nous pouvons
apporter au monde la Paix, l'Amour et manifester sa Présence. Comme le dit la
chanson, « C'est Noël tous les jours, car Noël, c'est l'Amour. »
Bethléem signifie « Maison du Pain ». C'est
encore une manière de signifier cette présence de Jésus. C'est dans l'humilité
de ce petit morceau de pain que Jésus se rend présent à chaque Eucharistie.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 28 décembre 2008 : Fête de la Sainte Famille
Nous continuons en ce dimanche la lecture du début de
l'Evangile de Luc.
Comme vous le savez, seuls Matthieu et Luc nous donnent
un récit de l'enfance de Jésus. Mais il ne s'agit pas pour eux de nous raconter
exactement les débuts de la vie de Jésus, ils ont la volonté d'écrire pour
faire comprendre à leurs auditeurs ou à leurs lecteurs que Jésus est vraiment
le Messie annoncé, qu'Il est vraiment le Fils de Dieu.
Les récits sont donc très avares de détails et
d'informations sur la vie de cette famille. Ces détails foisonnent, par contre,
dans ce qu'on appelle les évangiles apocryphes, ceux qui n'ont pas été retenus
par l'Eglise comme faisant partie de la Bible chrétienne. L'essentiel n'est
donc pas de savoir exactement comment s'est passé la naissance de Jésus, mais
ce à quoi nous appelle et nous engage un tel
événement.
Dans les évangiles, c'est toujours de la Foi dont il est
question. C'est la foi qui domine toute la liturgie de cette fête.
C'est Abraham, à qui Dieu a donné un fils, alors qu'il
n'y avait plus d'espoir humain que Sara enfante à son âge. Abraham qui, en
interprétant mal une parole de Dieu, n'hésite pas à sacrifier son fils Isaac.
Il comprendra heureusement son erreur avant le coup fatal.
C'est Marie et Joseph, qui, fidèles à la loi juive,
viennent présenter l'enfant Jésus et le consacrer à Dieu. Jésus ne sera pas
sacrifié comme a failli l'être Isaac, mais la Passion et le sacrifice sont déjà
présents dans ce récit. Jésus est annoncé comme celui qui sera un signe de
contradiction et un glaive transpercera l'âme de Marie. Luc, qui écrit après la
résurrection de Jésus, sait que la Bonne Nouvelle sera acceptée ou refusée.
Nous n'avons pas le temps de trop nous attendrir sur ces scènes de nativité,
que déjà nous sommes mis en présence de la Passion. C'est le sens de
l'intervention des deux vieillards Syméon et Anne.
Tous deux, mus par l'Esprit, reconnaissent dans cet enfant l'irruption du salut
de Dieu. Lumière pour éclairer les nations et gloire d'Israël, Jésus va être
également un signe de division. Ces deux vieillards symbolisent la fin du
premier testament. Désormais, le salut est ouvert à tous les hommes et les
femmes de toutes les nations. C'est ce qui sera explicité encore avec la visite
des mages chez Matthieu. La mission, qui était celle du peuple d'Israël, est
confiée à un petit enfant.
Si nous savons peu de choses sur la naissance de Jésus,
nous en savons encore moins sur la vie de sa famille. Quelques lignes
seulement, qui nous font passer directement de l'enfance à la vie publique de
Jésus, mis à part l'épisode au temple de Jérusalem, lorsqu'à douze ans Il
discute avec les docteurs de la loi.
Pourquoi donc cette famille tout à fait hors normes aux
yeux des hommes : une Fille-mère, un Père putatif et
un seul enfant, nous est donnée en exemple? Il me semble qu'il faut chercher la
raison dans la foi qui l'anime. Nous pouvons supposer, même si rien n'est dit
dans ce sens, que cette famille est réunie par un amour extraordinaire. Comment
pourrait-il en être autrement puisque Jésus est l'Amour incarné? Cependant, les
Évangiles ne nous parlent que de la foi. C'est Marie qui accueille dans la foi
l'annonce de l'ange. C'est Joseph qui croit à la Parole de l'ange et qui garde
toute sa confiance en Marie. C'est cette famille qui va accepter de faire naître
et grandir la Parole de Dieu, faite chair en Jésus. L'Evangile ne nous présente
pas la sainte famille comme une idylle à
Nazareth : « elle a sa place entre le sacrifice du Mont Moria
(où Abraham fit monter Isaac) et le sacrifice du Golgotha », comme le dit
le théologien Von Balthasar.
Autrement dit, ce qui unit cette famille, c'est la foi et
le don total de chacun à la volonté de Dieu en vue du salut des hommes. C'est
ce que nous pouvons retenir de cette famille : c'est la foi qui est à la base
de la famille de Jésus. Cette foi qui est ouverture au don de Dieu, pour le
recevoir et le faire partager. C'est ce que devrait être tout famille
Chrétienne. Il est important de faire de grandes déclarations pour rappeler
constamment les valeurs chrétiennes, mais il me semble que le plus important
c'est le témoignage vécu par les familles : témoignage de foi et de don. Le
sacrement de mariage n'est pas un contrat entre deux personnes, mais un
engagement du couple avec Dieu. C'est cette foi qui peut permettre aux couples
de traverser les épreuves d'une longue vie ensemble.
La famille, ainsi vécue, peut être une petite église, la
matrice de la grande assemblée : l'Église, dont la table familiale restera
celle du pain et du vin partagés, comme la table eucharistique qui nous réunit
aujourd'hui et chaque fois que nous nous retrouvons au nom du Seigneur.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 4 janvier 2009 : Fête de l'Epiphanie
Avec ce récit de la visite des mages, en Saint Matthieu,
se termine la partie des évangiles de l'enfance. Comme pour les précédents
récits, il ne s'agit pas avant tout de merveilleux, même s'il a pu faire
fonctionner notre imagination d'enfant. Et c'est très bien ainsi, puissions-nous garder longtemps notre esprit
d'enfance.
Mais, comme tout l'Evangile, c'est la proclamation de la
Bonne Nouvelle qui est en cause. La Bonne Nouvelle, c'est la résurrection du
Christ, c'est le fait que Jésus, prenant notre nature humaine, a passé la mort
et entraîne à sa suite toutes les femmes et tous les hommes qui le
reconnaissent.
C'est cette résurrection, comme nous l'avons déjà vu dans
les récits précédents, qui va donner sens à tout ce que Jésus a vécu depuis
cette naissance à Bethléem.
Les mages dont il est question ici sont des païens. Mais
St Matthieu est suffisamment Juif pour garder la tradition qui veut que ceux
qui ont eu une révélation du Dieu de Jésus, ce sont
les croyants du peuple d'Israël. Les païens n'ont jamais eu une révélation
aussi explicite. Cependant, comme dit St Paul, c'est à travers la nature que
Dieu se révèle à ceux à qui la Bonne Nouvelle n'a jamais été annoncée. C'est
bien ce qui se passe pour les mages qui sont férus d'astrologie et qui
reçoivent la Bonne Nouvelle du salut à travers l'étoile qui les guide. Cela me
rappelle un très beau poème de Péguy, que certains d'entre vous doivent
connaître : « La Foi, dit Dieu,
ça ne m'étonne pas. J'éclate tellement dans ma création. Dans le soleil et dans
la lune et dans les étoiles. Dans toutes mes créatures... Dans l'homme et dans
la femme sa compagne. Et surtout dans les enfants, mes créatures... Et dans le
cœur de l'homme, qui est ce qu'il y a de plus profond dans le monde créé... »
Nous pourrions aussi reprendre la cantique des créatures de St François
d'Assise.
Le paradoxe, c'est que ceux qui ont les écritures vont
rejeter Jésus, du moins dans une grande majorité, en particulier les
responsables religieux et que les païens se servent des écritures pour trouver
Jésus et venir l'adorer.
Le récit de l'enfance de Jésus que nous fait St Matthieu,
c'est vraiment l'histoire essentielle de l'Evangile. A travers cette histoire
qui est sans doute l'un des passages les plus populaires de ce qui nous est
rapporté sur la vie de Jésus, nous reconnaissons cette Bonne Nouvelle, d'un
Dieu qui s'est rendu présent à nous : l'Emmanuel, Dieu avec nous. Celui qui a
pris notre condition humaine, qui a marché sur nos chemins, qui a éprouvé nos
joies et nos peines. Cela a quelque chose de choquant pour ceux qui attendaient
un Roi triomphant. Les mages savent lire les signes. Ils reconnaissent en cet
enfant le Roi, à qui ils offrent l'or, ils reconnaissent un Dieu, à qui ils
offrent l'encens, et ils offrent également la myrrhe annonçant ainsi sa mise au
tombeau.
Ce récit qui s'adressait aux Juifs est une puissante
réflexion sur Jésus, Lumière pour toutes les nations et sur les Écritures qui
doivent guider notre route si nous savons voir et interpréter les signes.
Ce récit s'adresse à nous ce matin. Il nous faut, nous
aussi, interpréter les signes du Seigneur dans notre vie. Il nous faut nous
aussi aller à sa rencontre pour l'adorer. Nous ne lui porterons pas de l'or,
mais c'est nous-mêmes que nous devons offrir. Il y a, par bonheur, un renouveau
de l'adoration dans nos communautés chrétiennes. Mais attention, nous ne sommes
pas le centre, autrement dit, ce que nous devons chercher dans l'adoration,
c'est ce Dieu qui nous décentre, qui nous dérange, qui nous envoie sur des
chemins où nous ne voulons pas aller. L'adoration, la lectio
divina, l'oraison, autant de méthodes différentes qui
ont un même but : laisser Dieu prendre toute la place dans notre cœur et
cultiver en nous cette intériorité sans laquelle nous ne sommes plus humains.
Il ne faut pas nous servir de la Parole de Dieu, il faut nous laisser provoquer
par cette Parole, afin qu'elle soit pour nous aussi lumière sur notre route.
Prenons le temps de relire chez nous ces Évangiles, pour
aller nous aussi à la rencontre de Jésus, pour le découvrir, pour nous donner à
Lui et enfin aller l'annoncer. Ce début de Matthieu nous renvoie aux dernières
paroles de son Évangile : « Allez donc, de toutes les nations, faites des
disciples... et Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des
temps. »
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 1er février 2009
Lorsque j'ai proposé la date du premier février pour une
messe à l'intention des nouveaux mariés, je n'avais pas lu toutes les lectures
et en particulier celle de St Paul, qui fait, dans le texte lu aujourd'hui,
l'éloge du célibat! Il convient donc de mettre en perspective ce texte,
apparemment paradoxal en ce jour de célébration du mariage et de le remettre
dans son contexte.
Les lettres de St Paul ne sont pas des traités de
théologie abstraits, même s'il fait de la théologie. Il écrit pour donner des
solutions ou des éclaircissements sur les problèmes très concrets que se posent
les nouvelles communautés chrétiennes qu'il a fondées et qui en appellent à son
arbitrage.
Le texte que nous venons de lire fait partie de la 1ère
lettre aux habitants de la ville de Corinthe. Ce sont des nouveaux chrétiens,
qui habitent une très grande ville, un port très actif, une cité cosmopolite,
un centre culturel et un lieu où prolifèrent de nombreuses religions païennes.
Les chrétiens doivent donc adapter leur conduite à leur foi nouvelle au milieu
de comportements très différents. Par ailleurs, les chrétiens croient à la
venue imminente du Seigneur pour établir le royaume annoncé.
Cette situation les conduit à tomber dans deux excès contraires. D'une
part, sous prétexte que Jésus nous a libérés d'un légalisme, on peut faire ce
que l'on veut et par conséquent se livrer à la débauche. Au contraire, d'autres
méprisent la sexualité et se prennent pour des « parfaits », prêchant
la continence et prônant la supériorité du célibat. D'autre part, deux autres
courants s'opposent ; dans la mentalité juive la célibat n'est pas bien vu :
l'état normal de la femme et de l'homme est le mariage, c'est d'ailleurs les
premières paroles de la bible dans la Genèse au moment de la création (« Il
n'est pas bon pour l'homme d'être seul »). Mais il y a aussi tout un
courant philosophique grec à cette époque qui fait de l'abstention du mariage
un idéal absolu.
Au milieu des toutes ces oppositions plus ou moins
radicales, St Paul invite les Corinthiens à trouver la juste voie. Il condamne
sans appel toutes les formes de désordre sexuel, c'est le texte que nous avons
lu dimanche dernier. Il rappelle l'importance du mariage, « ce mystère est
grand » dira-t-il aux Ephésiens, et fait aussi l'éloge de la virginité.
St Paul ne fait pas de théorie, ce n'est pas une
présentation théorique du mariage ou du célibat. Il ne veut pas « nous
prendre au piège, mais nous proposer ce qui est bien pour nous ». Il
constate que des célibataires savent user de leur liberté pour se consacrer à
Dieu et aux autres, et qu'il arrive également que la vie de couple occupe tout
l'espace et qu'il n'y a plus de place pour Dieu. Mais à l'inverse, le célibat
peut-être un refuge pour une vie égoïste et tranquille, alors que le mariage
peut être un chemin pour progresser dans l'amour de Dieu. Il ne s'agit donc pas
d'opposer deux états de vie, mais de rappeler que le plus important c'est que
« vous soyez attachés au Seigneur par un amour sans partage. »
Voilà ce qui compte pour les Corinthiens, voilà ce qui
compte aussi pour nous aujourd'hui. Chacun a sa propre vocation, mais tous sont
appelés à mettre Dieu au cœur de leur vie.
La vie de couple pose de nombreux problèmes relationnels,
matériels, mais la recherche quotidienne des solutions adaptées peut vous
rapprocher de Dieu. L'effort de chaque jour pour un amour plus vrai libère des
égoïsmes. Chacun dans le couple peut aider l'autre à vivre une foi plus
authentique. Je suis témoin de cette volonté de nombreux couples de faire
grandir ensemble l'amour qui les unit. Les Equipes Notre Dame, par exemple, et
d'autres mouvements sont un lieu où se
vérifie cette volonté de mettre le Seigneur au cœur de la vie du couple. Vécu
ainsi, le mariage n'est plus alors un obstacle à la vie spirituelle et à
l'union avec Dieu, il devient un tremplin pour que chacun des époux et le
couple deviennent véritablement cette petite église, cette première cellule
d'église où le Seigneur est loué et peut
témoigner de sa foi. La condition est de ne jamais perdre de vue que le mariage
chrétien n'implique pas seulement deux personnes, mais une troisième, Dieu, qui
s'engage avec vous pour la réussite de votre union. L'union des époux qui, dans
la Bible, symbolise le mieux l'Alliance d'Amour que Dieu veut établir avec les
hommes.
Vous découvrirez avec une joie émerveillée qu'en vivant
votre mariage c'est au mystère pascal de mort et de résurrection du Christ que
vous participez.
C'est ce même mystère que nous allons célébrer ce matin à
votre intention.
Père Jean-Jacques Veychard
- Mercredi des Cendres (25 février 2009)
Si vous avez eu la curiosité de lire l'évangile de ce
jour en St Matthieu, vous aurez pu vous rendre compte que c'est dans le cadre
de ce sermon que Jésus enseigne la prière du Notre Père à ses disciples. Cela
colore singulièrement les conseils que Jésus nous donne pour bien vivre selon
l'Évangile.
L'important dans tout ce que nous faisons, c'est de faire
coïncider notre intention avec notre action. Jésus oppose les
« hypocrites », ceux qui agissent pour se faire bien voir, aux justes
qui agissent avec droiture et selon la volonté de celui que nous pouvons
appeler « Père » ou plutôt « Papa ».
Nous pouvons reprendre les trois conseils de Jésus mais
dans un ordre différent : jeûner, faire l'aumône et prier.
Jeûner. C'est-à-dire nous désencombrer de tout de qui nous
alourdit. Malheureusement, dans ce temps que nous vivons, beaucoup devront
faire un jeûne involontaire et ce serait déjà un geste de solidarité que de
nous abstenir pendant ce carême de nourriture trop abondante ou trop riche. Il
ne s'agit pas de faire une cure d'amaigrissement, mais de créer les conditions
pour recevoir la Parole de Dieu dans un esprit et un cœur plus libres. Jeûner,
ce n'est pas se préparer à rencontrer Dieu dans le sens d'une purification
élevant l'homme par ses propres forces jusqu'à la divinité, mais dans le sens
d'une attente dépouillée de la Parole. Jeûner, c'est aussi la possibilité de
partager avec les autres par l'aumône.
Faire l'aumône. C'est le deuxième conseil de Jésus. L'aumône n'est pas
quelque chose de facultatif, c'est un devoir sacré. Nous sommes invités à
partager, chacun à la mesure de nos moyens. Jésus nous invite à l'humilité dans
le don. L'aumône est faite pour le pauvre, et non pour faire voir notre
générosité ni même pour notre satisfaction intérieure.
Mais pour bien vivre ces conseils, il me semble que nous
devons les vivre dans la prière.
Prier. C'est le troisième conseil de Jésus, mais il est la
condition pour bien vivre les deux autres. La prière est essentielle à la vie
chrétienne. Elle doit être l'horizon du chrétien, elle doit être notre
respiration. Chez les juifs, toute la journée était rythmée par la prière et le
philosophe Philon appelait le peuple juif « La race de la prière ».
Comme ce serait un beau témoignage qu'on donne le même qualificatif au peuple
chrétien. Il ne s'agit pas, bien entendu, de n'importe quelle prière, elle doit
être une relation personnelle avec le Dieu de Jésus, non pas une récitation de
formules mais un exercice de liberté intérieure. Et lorsque nous ne trouvons
plus les mots, revenons au Notre Père que Jésus nous a laissé.
Nous allons maintenant recevoir les cendres sur notre
front. C'est le signe que nous voulons vivre ce carême avec la volonté de nous
convertir. C'est ce que dit le prêtre en imposant les cendres
: « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile. »
Souhaitons que ces cendres deviennent des braises, si
elles sont ravivées au souffle de l'Esprit afin que nous profitions de ce temps
de grâce qui nous conduira à la Joie de Pâques.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 1er mars 2009
Jésus vient d'être baptisé par Jean-Baptiste et à peine
a-t-il eu le temps de goûter à la présence aimante de l'Esprit qui le confirme
dans sa mission que celui-ci le pousse au désert. Pas le temps donc de profiter
de ce moment d'échange, de ce moment privilégié où Il est reconnu comme le
« Fils bien-aimé ». Il y a urgence, le temps presse, il faut aller à
la rencontre des hommes pour leur annoncer la Bonne Nouvelle : Dieu n'est pas
Celui qu'ils s'imaginent.
Jésus va montrer par son message et par sa vie qu'ils se
trompent sur Dieu, qu'Il n'est pas à l'image des hommes, mais que ce sont les
hommes qui portent son empreinte et que c'est celle-ci que Jésus est venu
dégager de tout ce qui la rend illisible.
Jésus est donc poussé au désert pour y être tenté par
Satan. Satan va essayer de réitérer son exploit avec Adam. Il a fait chuter
l'humanité, il va essayer de faire échouer le plan de salut destiné à remettre
les hommes debout. Mais le texte de Saint Marc nous montre que Jésus va sortir vainqueur
de ce combat. Marc ne nous détaille pas les tentations que Jésus a eu à
affronter, mais en deux mots, il nous montre que déjà Satan est vaincu. Jésus
peut côtoyer sans risque les bêtes sauvages, et nous sommes ainsi ramenés à
l'origine, à ce que la Bible décrit comme le paradis où hommes et animaux
pouvaient vivre en bonne intelligence. C'est le signe que Satan a perdu la
partie. Jésus peut maintenant accomplir sa mission et les anges peuvent le
servir, i.e reconnaître qu'Il est vraiment le Maître
de la création. Nous savons que, pour Lui, ce n'est que le début de sa mission
et qu'Il va devoir affronter la cruauté des hommes jusqu'à subir le supplice de
la Croix, mais nous savons aussi que plus rien ne pourra arrêter le cours de
l'histoire qui est en route vers le royaume. « Le règne de Dieu s'est
approché! »
Et Jésus va proclamer en Galilée cette Bonne Nouvelle,
Bonne Nouvelle qu'Il nous adresse encore et toujours aujourd'hui.
« Convertissez-vous et croyez à l'Évangile. » C'est l'invitation qui
nous a été faite en recevant l'imposition des cendres mercredi dernier. Nous
sommes invités à parcourir le même chemin.
Nous avons été baptisés, reconnus par l'Esprit comme des
filles et des fils bien-aimés de Dieu. Nous n'avons pas le temps de profiter de
cette intimité avec le Seigneur. Nous sommes également poussés par le même
Esprit au désert.
Le désert, c'est le lieu de la tentation. On pourrait
croire, au contraire, que c'est un lieu où rien ne peut nous distraire et nous
détourner de notre attachement au Seigneur. C'est, je pense, le lieu où nous
nous trouvons face à nous-mêmes et où nous sommes amenés à faire des choix qui
nous engagent. Je n'ai pas personnellement fait l'expérience du désert
physique, mais j'ai fait l'expérience de la solitude et je crois qu'il doit y
avoir une grande similitude entre les deux.
Le désert signifie aussi sécheresse spirituelle, c'est
aussi une épreuve que nous pouvons traverser. Il y a des moments où nous avons
l'impression de perdre pied, de voir s'effondrer ce qui nous avait fait vivre
jusque là. Le désert, c'est aussi le lieu de la purification. Il nous invite à
aller à l'essentiel. Rien de superflu, le minimum pour vivre, mais aussi le
plus grand attachement au Seigneur qui nous invite à le suivre.
Quel sera notre désert cette année? Comment allons-nous
vivre ce carême et nous préparer à la rencontre du Christ Pascal? Chacun de
nous peut répondre au fond de son cœur, nous pouvons aussi nous aider
mutuellement à le vivre.
Nous devrons, nous aussi, affronter les tentations. Elles
sont multiples dans le désert de nos villes. Mais « Dieu est fidèle »,
comme le rappelle St Paul aux Corinthiens, « et ne permettra pas que vous
soyez tentés au-delà de vos forces. » (1Co 10,13)
Nous allons, après la prière eucharistique réciter
ensemble le Notre Père.
Pensons bien à demander au Seigneur, qu'Il soit à nos
côtés pour sortir vainqueur des tentations, afin que, nous aussi, nous
puissions proclamer la Bonne Nouvelle à ceux que nous rencontrons.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 15 mars 2009
Les jeunes de 5ème se sont préparés à cette Célébration
de la Foi à partir de la vie de Saint Pierre. Saint Pierre est un personnage
très humain, il est proche de nous, nous pouvons facilement nous reconnaître en
lui. Dans ses faiblesses et sa générosité, il nous invite à suivre Jésus, comme
lui-même l'a suivi au péril de sa vie.
Le récit que nous venons d'entendre se situe après la Résurrection.
Jésus apparaît aux disciples, sans préciser exactement lesquels. Il ne s'agit
pas des douze apôtres, St Jean ne cite
que trois noms : Simon-Pierre, Thomas et Nathanaël, qui n'est pas un
apôtre, ainsi que les fils de Zébédée et deux autres disciples. En tout sept
disciples, autrement dit, tous ceux qui veulent suivre Jésus. Ce n'est donc pas
seulement aux apôtres patentés que Jésus s'adresse mais bien à tous et donc
particulièrement à nous ce matin, nous qui sommes rassemblés en son nom.
C'est la première fois que Pierre se retrouve face à face avec Jésus depuis son reniement lors de
la Passion. Les trois questions de Jésus répondent aux trois reniements de
Pierre. Jésus s'adresse à Pierre avec ce regard à la fois pénétrant et
affectueux qui perce la conscience et révèle l'homme à lui-même. Ce même regard
que Pierre avait croisé juste après son reniement et qui lui avait fait
comprendre la réalité de sa faute. Jésus ne condamne pas Pierre. Il lui a déjà
pardonné. Mais dans ce jeu de questions-réponses, Jésus veut sans doute amener
Pierre à s'engager vraiment.
Deux verbes sont utilisés pour signifier
« aimer ». Le premier est le verbe «agapaô », qui
signifie, amour-don de soi, amour-charité et le second, « philéô »
qui signifie avoir de l'affection. Les deux premières fois, Jésus emploie le
verbe agapaô et Pierre répond toujours
par philéô. Pierre, qui vient de faire l'expérience de sa
faiblesse, ne veut sans doute pas s'avancer davantage. Il sait qu'il a de
l'affection pour Jésus, mais il connaît un peu mieux ses limites et ne veut pas
présumer de sa fidélité totale. Du coup, Jésus pour la troisième fois va
employer le verbe philéô, montrant ainsi à Pierre qu'il reconnaît son
affection et qu'il la partage, mais il va pousser Pierre à aller plus loin et à
le suivre jusqu'où il voudrait éviter d'aller, i.e. jusqu'à donner lui aussi sa
vie. A chaque question, Jésus confirme Pierre dans sa mission de « paître
ses brebis », i.e. d'être le pasteur de son peuple, d'être à la tête de
ses disciples. L'insistance de Jésus à demander à Pierre s'il l'aime et s'il
l'aime plus que les autres ne concerne pas tant le passé, car Pierre a fait la
preuve que son amitié était fragile, mais l'avenir, car son élection va le
conduire à aimer davantage. L'amour qui lui est demandé doit être à la mesure
de la responsabilité que Jésus lui confie.
Je disais, au début, que ce récit s'adressait à tous les
disciples de Jésus et donc à nous-mêmes. En effet, Jésus nous adresse aussi la
même question : « M'aimes-tu? » C'est à chacun de nous de Lui
répondre personnellement.
Vous, les jeunes de 5ème, vous allez exprimer dans un
moment votre Foi. Vous allez exprimer votre réponse à Jésus, avec vos mots.
Comme Pierre, vous savez que votre foi est fragile, que vous n'êtes pas à
l'abri des reniements, que vous avez encore beaucoup de chemin à faire pour le
découvrir et apprendre à l'aimer d'affection et d'amour-don-de-soi. Mais
j'espère que vous croyez vraiment que Dieu, ce Père aimant que Jésus est venu
nous révéler, est toujours avec vous, qu'Il est toujours là pour vous soutenir,
pour vous rappeler qu'Il vous aime et qu'Il est toujours prêt à vous pardonner.
Vous n'êtes pas seuls, d'autres plus grands que vous vont
exprimer également avec leurs mots leur attachement, leur foi et leur confiance
à Dieu, en répondant eux aussi à la question de Jésus.
Vous tous qui êtes ici ce matin, vous êtes invités à
répondre à la question de Jésus, c'est la même que celle adressée à Pierre,
c'est la même pour tous : « M'aimes-tu? » Nous ne sommes pas
tous appelés à être les responsables de l'église, mais nous sommes tous appelés
à suivre Jésus, sur le chemin qui nous conduit à son Père. « Dans l'histoire d'amour que la Bible nous
raconte, Dieu vient à notre rencontre, Il cherche à nous conquérir jusqu'au
cœur transpercé sur la croix » nous dit Benoit XVI dans son encyclique
« Dieu est amour », et il poursuit « Il a guidé le chemin de l'Église naissante, et par la suite dans
l'histoire, Il n'a jamais été absent : Il vient à notre rencontre par des
hommes à travers lesquels Il transparaît, ainsi que par sa Parole et dans les
sacrements, spécialement dans l'Eucharistie. »
C'est à cette rencontre, à travers le pain que nous
allons consacrer et qu'il nous demande de partager en mémoire de Lui, que je
vous invite maintenant.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche de Pâques (12 avril 2009)
Les apparitions de Jésus après la résurrection sont très
confidentielles. Nous pourrions penser qu'Il aurait pu donner plus de publicité
à celles-ci. Qu'il aurait pu se présenter à ses juges et à ses bourreaux pour
leur montrer qu'ils s'étaient complètement trompés sur sa véritable
identité. Qu'ils n'avaient pas eu le
dernier mot. Ce n'est pas la façon qu'a Dieu de se manifester. Il va apparaître
à quelques uns de ces amis, à Marie-Madeleine, à ses apôtres, aux deux
disciples d'Emmaüs. Il est peut-être apparu
à Marie, sa Mère, mais l'Evangile n'en dit rien. Elle n'avait sans doute
pas besoin de cela pour avoir compris que son fils Jésus était ressuscité.
Jésus se montre à quelques uns de ses amis. Mais ils ne le reconnaissent pas.
Chacun avait gardé de lui une image, et dans la figure du ressuscité ne le
reconnaît pas. Dieu nous surprend toujours, quand nous croyons pouvoir le
retenir, Il nous pousse à aller plus loin pour le trouver. Il faut que Jésus,
encore un fois, comme toujours dans l'Évangile, nous
pousse à aller au-delà des apparences pour voir l'essentiel.
Pour Marie-Madeleine, Il va lui parler pour être reconnu,
pour Thomas, Il va devoir montrer ses plaies, pour les disciples d'Emmaüs,
refaire les gestes de la fraction du pain. Nous avons toujours besoin de
signes.
Depuis 2000 ans il en est ainsi. La Bonne nouvelle se
propage, mais nous avons toujours des difficultés à croire. Un sondage récent
montre que beaucoup de chrétiens ont du mal à croire à la résurrection. Ce
n'est qu'un sondage, mais il reflète tout de même une réalité, même si le
problème est sans doute plus complexe.
Nous pensons souvent que les disciples de Jésus avaient
plus de chance que nous pour reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu et qu'il
leur était plus facile de croire en la Résurrection. Pourtant nous avons un
avantage sur eux. Nous savons, lorsque nous célébrons le vendredi saint et la
mort de Jésus sur la croix, que ce n'est pas le point final, nous le savons
depuis toujours. Nous savons que Jésus est ressuscité, nous le proclamons
chaque dimanche de l'année et chaque fois que nous célébrons l'eucharistie. Ce
n'était pas le cas pour les disciples, et je pense qu'ils ont dû vivre la mort
de Jésus comme un échec total et comme un point final. Il a fallu la Résurrection
pour qu'ils comprennent enfin qui était réellement celui qu'ils côtoyaient tous
les jours. Leur étonnement fut d'autant plus grand qu'ils ne s'attendaient pas
à un tel rebondissement.
Au matin de Pâques, ils constatent que Jésus n'est plus
dans le tombeau. Ce constat va amener chacun à faire un acte de foi, face à cet
événement inédit.
Christ est ressuscité! c'est la
Bonne Nouvelle qu'ils vont nous transmettre, non seulement avec des mots mais à
travers toute leur vie. En imitant leur maître et en donnant eux-mêmes leur vie
jusqu'au martyr.
C'est une formidable espérance qu'ils ont ainsi vécue et
transmise. Espérance que la mort n'a pas le dernier mot, qu'il y a toujours une
issue à toutes les situations humaines, même celles qui semblent les plus
difficiles.
Cependant, s'il est facile de chanter
« alléluia » dans une belle église, nous savons bien que demeure dans
le monde la souffrance et que la Résurrection de Jésus, si elle nous donne
l'espérance, n'efface pas la douleur du monde. Il nous faut annoncer cette
bonne nouvelle dans les salles d'urgence des hôpitaux, à des malades
incurables, à ces victimes innocentes des catastrophes naturelles, comme celle
qui vient de secouer une région d'Italie.
Nous savons que nous ne pouvons pas faire de miracles.
Nous ne pouvons pas convaincre les autres avec des arguments rationnels,
fussent-ils les plus logiques. Nous avons seulement notre force intérieure,
notre engagement pour le Royaume, notre confiance en ce Père de Jésus qui est
aussi notre Père. C'est Lui qui doit animer nos actions pour que nous luttions
pour que le monde devienne meilleur et plus humain.
Si nous laissons le Christ vivre en nous, nous pourrons
rayonner de cette espérance. Nous sommes les croyants qui portons
Jésus ressuscité dans notre cœur. Nous sommes ses bras, ses pieds, sa voix et
ses mains. Pour montrer sa tendresse, pour aimer, pour réconcilier, pour guérir
et enfin pour ouvrir toujours les chemins de l'espérance en la vie.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 10 mai 2009. Confirmations.
« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le
vigneron ». C'est la septième et dernière proclamation de Jésus avec la
formule : « Moi, je suis» suivie
d'un symbole. Je suis le pain, la lumière, le chemin, la porte, le bon berger,
l'agneau.
Dans ce passage d'Évangile, Jésus utilise le symbole de
la vigne. La vigne est un symbole très connu dans la bible. Il désignait le
peuple d'Israël, le peuple que Dieu avait choisi pour se révéler pour faire alliance avec Lui. Cette vigne, i.e ce peuple, a été le fruit de toutes les attentions du
Seigneur, et malheureusement il n'a pas été fidèle à cette alliance qu'il avait
conclu avec Moïse. C'est le prophète Isaïe qui
illustre bien cette infidélité du peuple élu : « La vigne du seigneur,
c'est la maison d'Israël et les gens de Juda sont le plant qu'il chérissait. Il
en attendait le droit, et c'est l'injustice. Il en attendait la justice, et il
ne trouve que les cris des malheureux ». Jésus vient donc prendre la place
de ce peuple, il prend notre humanité pour renouer cette alliance avec Dieu.
C'est par Lui que Dieu va se révéler vraiment. Tous les peuples se sont faits
ou se font une image de Dieu. La plupart du temps ils
l'imaginent à leur propre image. Ils projettent leurs désirs et leurs attentes
sur un Dieu qui leur ressemble. C'est le contraire qui se passe avec Jésus.
Jésus vient nous annoncer la « bonne nouvelle », c'est nous qui avons
été crées à l'image de Dieu, c'est Dieu qui, par son Esprit, va transformer nos
désirs pour les purifier, pour nous faire ressembler toujours davantage à Lui.
Jésus se présente sous la symbole de la « vraie
vigne », de la vigne véritable. Ce qui est véritable, c'est ce qui est
solide, ce qui ne trompe pas. Jésus prétend être la vigne qui ne décevra pas la
vigneron, i.e. son Père. Je ne m'étendrai pas sur l'image de la vigne, qui
n'est pas comme le blé un fruit indispensable à la vie de l'homme, mais qui est
le signe de la joie, de l'amitié et de la fête. C'est une plante qui demande
beaucoup de soins et qu'il faut tailler avec art. Ce que Jésus nous rappelle à
travers ce symbole, c'est que les sarments doivent être attachés au cep pour
porter du fruit. Les sarments improductifs sont retranchés et les sarments
productifs doivent être taillés pour porter plus de fruits.
Que peut bien signifier pour nous ce matin et
particulièrement pour vous les jeunes qui allez être confirmés cette parabole?
C'est vous-mêmes qui avez répondu dans les lettres que
vous avez rédigées à l'intention du Célébrant. « C'est une étape décisive »,
« Le jour de ma confirmation, c'est moi qui vais m'engager
personnellement, à la différence du
baptême où ce sont mes parents
qui s'étaient engagés ». « Réaffirmer mon appartenance à
l'Église. » « Donner un sens à ma vie ». Toutes ces réflexions
sont un langage d'alliance, vous répondez ainsi à l'appel du Seigneur qui vous
propose son amour. « Je veux me sentir plus près du Seigneur »,
« Être plus près de Dieu ».
C'est ce que Jésus vous demande : « restez
attachés à Moi », comme les sarments sont attachés au cep de vigne et vous
porterez du fruit, vous pourrez vraiment réussir votre vie.
« Jésus nous donne son Esprit pour mieux vivre
l'Évangile », « La confirmation va nous donner des forces ». En
effet, si vous ouvrez votre cœur pour accueillir ces dons de l'Esprit, vous
serez plus forts, vous pourrez traverser les épreuves de la vie, vous ne serez
jamais seuls.
« Je veux continuer à cheminer vers Dieu et
Jésus », « Je veux devenir adulte dans la foi », « Je
pourrai être un témoin, je serai plus fort et plus généreux ». Comme pour
les apôtres, le jour de Pentecôte, vous devrez être des témoins, des chrétiens
qui n'auront pas peur de dire leur foi dans un monde qui s'intéresse surtout
aux biens matériels, de dire que Jésus
vous donne la clé du vrai bonheur.
Vous vous engagez ce matin
devant Dieu à le suivre, mais n'oubliez pas que c'est d'abord Lui qui s'engage
avec vous. Il vous promet que, si vous restez attachés à Lui, vous trouverez la
vraie joie.
Vous, les jeunes, accueillez l'Esprit que vous allez
recevoir en ouvrant tout grand votre cœur et votre propre esprit, et nous tous,
unissons-nous à ces jeunes pour nous rendre aussi disponibles à cet Esprit que
nous avons reçu.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 31 mai 2009. Pentecôte.
« J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra,
lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. »
C'est ainsi que Jésus s'adresse à ses disciples juste
avant de donner sa vie en mourant sur la Croix.
Vous les enfants qui allez faire votre 1ère communion
aujourd'hui, vous êtes dans la même situation que les disciples, (nous aussi
sans doute les adultes qui vous accompagnons). Dans la même situation parce que
vous avez encore beaucoup à comprendre au sujet de Dieu. Même si vous avez déjà
reçu l'Esprit le jour de votre baptême, vous n'avez pas fini de chercher cette
vérité dont Jésus nous parle. Depuis quelques années, vous avez entendu parler
de Jésus, de son Père qu'il est venu nous faire connaître. Vos parents et vos
catéchistes vous ont donné des informations sur les bases de la religion
chrétienne, ont témoigné que le message de Jésus, cette Bonne Nouvelle était
très importante pour eux et pouvait être leur raison de vivre. Vous les avez
écoutés, vous avez été touché par cette Bonne Nouvelle, vous avez compris
qu'elle était aussi très importante pour vous et vous avez décidé de vous
approcher du Seigneur en venant communier.
Vous savez qu'aujourd'hui nous célébrons la fête de la
Pentecôte, cette fête qui vient cinquante jours après Pâques, comme son
aboutissement.
Les apôtres ont reçu ce jour-là, l'Esprit Saint que Jésus
leur avait promis.
A ce moment là, ils ont
compris ce que Jésus attendait d'eux. Ils se mettent à annoncer à leur
tour la Bonne Nouvelle: Dieu vous aime.
L'Esprit de Dieu s'adresse à tous les hommes, même si
ceux-ci ne le reconnaissent pas. Vous-mêmes, vous l'avez reçu le jour de votre
baptême.
Depuis ce jour, l'Esprit est présent en chacun de vous.
Il n'est pas très facile de bien comprendre le rôle de l'esprit. Une Père de
l'Église, Saint Cyrille de Jérusalem a pris une comparaison qui peut nous aider
à comprendre. L'eau est à la base de tout, elle produit la vie. Elle tombe du
ciel sous forme de pluie et en tombant sous une seule forme, c'est toujours la
même eau, mais elle a cependant des effets différents suivant le lieu où elle
tombe. Là elle fait pousser de l'herbe, là c'est un arbre qu'elle va faire
grandir, à un autre endroit elle va faire pousser une fleur, ailleurs elle va
permettre aux fruits de se développer. Cette comparaison nous permet de
comprendre un peu mieux le rôle de l'esprit. L'Esprit Saint va agir en chacun
de nous selon nos besoins.
C'est Saint Paul qui nous a dit dans la 2ème lecture ce
que produit l'Esprit: amour, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et
maîtrise de soi. Chacun reçoit ce dont il a besoin pour grandir. Nous sommes
tous différents et portant nous recevons le même Esprit. Nous recevons l'Amour
de Dieu. Mais pour cela, il faut que nous sachions accueillir cet Esprit, cet
Amour. Plus vous ouvrirez votre cœur et plus l'Esprit, ou l'amour de Dieu
pourra le remplir et plus vous pourrez communiquer autour de vous cet amour. En
effet vous ne pouvez pas le garder pour vous.
L'amour de Dieu ne se réduit pas lorsqu'on le donne, mais il se
multiplie. C'est comme les rayons du soleil, nous avons l'impression qu'il
brille
seulement pour nous, alors que ces
rayons sont présents sur toute la terre.
Vous vous demandez comment vous allez communiquer cet
Esprit d'amour aux autres ?
Vous avez entendu la 1ère lecture ? Elle nous raconte
comment les apôtres ont reçu cet Esprit et comment ils ont été capables après
d'aller parler aux hommes de toutes les nations. « Tous les entendaient
dans leur propre langue. » Il y a beaucoup de langues de par le monde,
vous-mêmes vous en apprenez quelques unes, mais il y a une seule langue
vraiment universelle, que tout le monde peut comprendre, c'est la « langue
du cœur ». Laissez toujours parler votre cœur, c'est comme cela que vous
pourrez communiquer l'Esprit d'amour autour de vous.
Nous avons chanté au début de la messe « choisis la
vie, ouvre ton cœur au don de Dieu ». Voilà ce que vous pouvez redire et
refaire chaque jour, choisir d'ouvrir votre cœur à cette vie que Dieu vous
donne. Dieu va se donner à vous aujourd'hui de manière encore plus intime, plus
proche. Dans ce pain consacré vous allez recevoir la vie de Jésus. C'est lui
seul qui peut vous donner la vraie joie
et vous guider sur le chemin de votre vie. Avec Lui vous ne serez jamais seuls,
vous n'aurez plus peur car il vous donne la force de son amour.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 28 juin 2009.
Comme nous pouvons
comprendre ce personnage de Jaïre dont l'évangéliste
Marc nous parle ce matin. Ce Jaïre, qui est un homme
important, n'hésite pas à se mettre à genoux aux pieds de Jésus pour le
supplier de venir guérir sa fille qui est gravement malade. Il est prêt à tout,
il n'a plus de respect humain. Malgré son rang dans la communauté
religieuse, il met de côté ses
préventions contre Jésus, alors que Celui-ci est considéré par les autorités
religieuses comme un homme dangereux et que les pharisiens se demandent comment
ils vont pouvoir se débarrasser de Lui. Qu'importe, ce qui compte pour lui à ce
moment c'est la vie de sa fille. Que ne ferions-nous pas, nous-mêmes, en
pareille circonstance? Que n'avez-vous pas fait déjà, peut-être, pour un enfant
qui était en grand danger? Vous savez bien que tout ce qui peut contribuer à la
bonne santé de vos enfants est une priorité absolue et que vous êtes capables
de surmonter tous les obstacles pour qu'ils vivent et qu'ils s'épanouissent.
Vous nous en donnez l'exemple souvent.
En nous rapportant
cet épisode, que veut nous faire comprendre Saint Marc? Nous rappeler ce que je
viens de dire, i.e. le souci des parents pour leurs enfants? Ce n'est
évidemment pas son propos.
Les évangiles sont
écrits pour nous amener à la foi, pas n'importe quelle foi, mais la foi au Dieu
révélé par Jésus. Le Dieu de Jésus, celui qu'Il nomme son Père, ne veut ni la
mort, ni la souffrance des hommes. C'est ce que nous rappelle le livre de la Sagesse,
dont nous avons lu un extrait dans la 1ère lecture. « La mort
est entrée dans le monde par la jalousie du démon. » Il est étrange qu'on
ait pendant longtemps présenté Dieu comme responsable de la mort et de la
souffrance. Nous en avons encore des traces dans des expressions que nous
employons parfois comme, « c'est Dieu qui l'a voulu »,
« qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu ? » Toute la vie de Jésus vient
démentir cette caricature de Dieu.
Dieu n'a pas créé
le mal. Le mal est entré dans le monde à la suite du péché. Dieu permet le mal
car il veut des êtres libres, des hommes et des femmes qui peuvent prendre en
main leur vie et non pas des automates.
Jésus vient donc
nous apprendre à vivre. Il nous donne des signes de la bonté, de l'amour de
Dieu pour nous : ce sont les miracles et particulièrement celui relaté dans
l'évangile d'aujourd'hui. Il ne peut pas rester insensible à l'appel désespéré
de cet homme qui s'adresse à Lui, comme dernier recours. Sans doute a-t-il déjà
vu tous les médecins, sans résultat et il vient trouver Jésus, car il a appris
qu'il avait un don de guérison. Jésus répond à sa demande et se met en route
vers sa maison. C'est alors qu'on annonce à Jaïre la
mort de sa fille et l'inutilité de sa visite. En effet, les gens considéraient
que Jésus avait des dons de guérison, mais jamais ils n'auraient pensé qu'il
puisse aller au-delà et rendre la vie à un mort. Pourtant Jésus continue son
chemin, mais auparavant Il demande à Jaïre
« d'avoir foi en Lui »: « Sois sans crainte, crois
seulement. »
Autrement dit, ce
miracle que Jésus va opérer est lié à la foi. Il est un signe que Jésus veut
donner pour nous faire découvrir le visage de Dieu, son Père. Jésus n'est pas
un guérisseur, comme il en existe beaucoup. A travers la guérison, c'est le
salut qu'il nous donne. Il ne veut pas
faire de la publicité et Il ne prend avec lui que trois apôtres, Pierre,
Jacques et Jean, ceux-là mêmes qui seront présents à la transfiguration et
seront témoins de son agonie. Il leur recommande le silence, pour ne pas
brouiller son message.
Malgré tout, les
gens s'interrogent : « Qui donc est-Il? », « Tous étaient
dans l'étonnement. » « Ils furent tout bouleversés. » Cette
question revient sans cesse dans l'évangile de Marc. C'est un exégète qui nous
dit qu'il n'y a pas de réponse à la question : « Qui donc est ce
personnage extraordinaire que nous appelons le Christ? » Il n'y a pas de
réponse en effet, si nous attendons une définition du personnage et un portrait
exhaustif. Nous n'aurons jamais fini de connaître Jésus. La seule réponse est
une réponse de foi. Je crois en celui qui me fait vivre, en celui qui me
réveille toujours de tout ce qui m'endort, qui me relève toujours de mes
infidélités et qui me fera vivre définitivement avec Lui au jour de ma mort terrestre.
Le signe le plus
fort que Jésus nous donne de cette volonté de nous faire vivre, c'est son corps
qu'Il nous livre pour le partager et le manger au cours de cette eucharistie.
Que ce soit pour nous l'occasion de redire notre confiance en Celui qui est
notre vie.
Père Jean-Jacques Veychard
- Dimanche 5 juillet 2009.
Jésus, selon la coutume juive, assiste à la liturgie de
la synagogue le samedi, avec ses disciples. Après les lectures bibliques, Jésus
debout, sans doute, comme habituellement dans ces assemblées, commente les
textes qui viennent d'être lus. Ses commentaires sont d'une telle sagesse,
d'une telle profondeur, d'une telle nouveauté, par rapport aux explications qui
peut-être étaient souvent moins spirituelles, qu'ils suscitent l'admiration
chez les fidèles de la synagogue. « D'où cela lui vient-il? Quelle est cette sagesse qui lui a été donné, et ces grands
miracles qui se réalisent par ses mains? » Cette première réaction
d'étonnement est un réflexe qui sonne juste : l'enseignement de Jésus devait
trancher sur celui que les fidèles recevaient habituellement. Cela se vérifie à
longueur de récits évangéliques. Ce n'est pas la première fois que Jésus fait
l'admiration des fidèles dans les synagogues.
Mais cette première réaction est vite suivie d'une
interrogation malveillante. « N'est-il pas le fils du charpentier, le
fils de Marie? » Très vite ils cherchent à Le discréditer. Ils se
demandent alors en quoi Jésus est différent des autres, de quel droit Il parle
avec autorité, ce qui peut justifier cet enseignement nouveau, de la part de Celui
qui n'est pas un maître reconnu, qui n'est qu'un simple citoyen comme les
autres, fils de charpentier, fils d'une femme ordinaire. La prétention de Jésus
produit le scandale. Les auditeurs refoulent l'appel à reconnaître en Lui, un
autre que l'image qu'ils en ont. Jésus s'étonne de l'incrédulité et de
l'absence de foi de ses compatriotes. Ceux qui auraient du être les appuis
naturels de Jésus, deviennent au contraire des obstacles sur sa route. Il Lui
est alors impossible de manifester l'action de Dieu : « Il ne pouvait
accomplir aucun miracle. » En effet, hors d'un contexte de foi, un miracle
serait privé de toute signification. A partir de ce jour, Jésus ne prêchera
plus dans les synagogues. Une fois de plus, les juifs ne comprennent pas que
Dieu se découvre dans la simplicité, dans l'humilité, dans la faiblesse.
C'est ce que toute la Bible ne cesse de nous dire. Les
hommes sont toujours tentés par le triomphalisme, il faut que tout brille. Et
pourtant Dieu ne cesse de contrecarrer leurs projets. C'est David, le plus
petit de ses frères, qui est choisi pour être le roi. C'est Marie, une jeune fille simple, qui est choisie
pour être la mère de Jésus. C'est St Pierre, un humble pécheur de Galilée, qui
est choisi pour être à la tête de l'Église ; c'est St Paul, ce persécuteur
des chrétiens, qui va être choisi pour porter au monde la Bonne Nouvelle. C'est
celui-ci qui reconnaît qu'il doit tout au Seigneur. Et à la prière qu'il fait
pour que le Seigneur écarte de lui les faiblesses dont il souffre, Jésus répond
: « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans ta
faiblesse. »
C'est le paradoxe de l'Évangile. Est fort celui qui met
toute sa foi, sa confiance dans le Seigneur. Celui qui est suffisant ne laisse
plus de place à la grâce de Dieu.
Un des amis de Jean XXIII reçut de lui cette confidence
au sujet du Concile. « Tu sais, lui dit-il, ce n'est pas si vrai que ça,
que l'Esprit Saint assiste le pape. » « Comment dites-vous, Saint
Père », s'est étonné cet ami. « Ce n'est pas l'esprit Saint qui assiste
le pape, répondit le pape. C'est moi qui suis simplement son assistant. Parce
que c'est Lui qui fait tout. Le Concile est une de ses idées. »
Cette anecdote rend bien compte de la simplicité de Jean
XXIII. Il faudrait relire ce livre du Père Varillon
qui s'appelle « L'humilité de Dieu.», c'est une très belle méditation sur
le Dieu des chrétiens. Dieu accepte l'échec, parce qu'Il veut s'adresser à des
hommes libres. Il ne veut pas nous contraindre, Il invite et, comme un pauvre,
Il attend une réponse. Dieu, aujourd'hui comme hier, fait le choix de ceux qui
Lui ressemblent, les humbles et les faibles.
Ne rêvons pas du retour d'une Église triomphaliste! Il
n'y a rien de plus pauvre, de plus humble que ce petit morceau de pain que nous
allons partage. C'est pourtant le signe que Jésus a choisi pour se manifester
jusqu'à son retour. C'est dans ce petit
morceau de pain que le Seigneur nous donne
sa force, c'est ainsi qu'Il nous donne à partager son Amour.
Ensemble, demandons au Seigneur qu'Il purifie notre
regard, pour que nous sachions Le reconnaître, au delà des apparences, dans ce
pain que nous allons recevoir, mais aussi dans les hommes et les femmes que
nous côtoyons.
Père Jean-Jacques Veychard
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