PAROISSE SAINT LOUIS DES FRANCAIS MADRID


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Homélies du 5/7/09 a fin juillet 2010

Homélies

Homélie Saint Louis 2010

Nous allons mettre cette messe de despedida sous le patronage de Saint Louis.

Vous savez que nous pouvons difficilement célébrer notre patron le 25 août, jour officiel, alors que la communauté n'est pas encore rentrée des vacances d'été.

Lorsque nous célébrons la fête d'un saint, ce n'est pas une idole que nous adorons. Nous savons bien que le seul que nous pouvons prier c'est Dieu, comme Père, Fils et Esprit.

Par contre nous pouvons demander, en vertu de la communion des Saints, à ceux que l'Église a reconnu comme Saints de prier avec et pour nous. Nous pouvons les considérer comme nos grands frères dans la foi qui nous donnent l'exemple et nous conduire au Christ.

"Dans les anniversaires des Saints, nous dit le concile dans la Constitution sur la Liturgie, l'Église proclame la mystère pascal en ses saints qui ont souffert avec le Chris et sont glorifiés avec Lui, elle propose aux fidèles leurs exemples qui les attirent tous au Père par le Christ, et elle implore, par leurs mérites, les bienfaits de Dieu " (& 104) Ainsi de Saint Louis.

Huit siècles nous séparent de Lui et il est difficile de juger sa conduite avec les critères d'aujourd'hui. Malgré tout, nous pouvons reconnaître à travers le témoignage que nous avons de sa vie par les historiens, des valeurs évangéliques qui peuvent guider notre action. Nous pouvons reprendre à gros traits ce qui a marqué son règne.

Saint Louis a eu la préoccupation d´établir la paix entre les provinces du royaume, et si, paradoxalement, il dut mener plusieurs campagnes, ce ne fut pas par goût des conquêtes, mais pour assurer une bonne gouvernance.

Saint Louis a eu le souci de la justice. On le représente souvent rendant la justice sous son chêne. Il a voulu que tout citoyen puisse en appeler directement au roi. Il a voulu moraliser la vie publique en soumettant, par exemple, les sénéchaux à une enquête publique dans les cinquante jours qui suivaient la fin de leur mandat.

Il s'occupe personnellement des pauvres et des malades qu'il invite régulièrement à sa table.
En cette période qui va découvrir la vie privée et familiale, l'attitude de St Louis paraît emblématique avec son très grand respect pour sa mère, la fidélité à son épouse, l'attention à ses enfants.

Il a une vie spirituelle intense, récitant l'office, assistant quotidiennement à la messe et se confessant une fois par semaine.
Il participe aux croisades pour s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait à l'occasion d'une grave maladie. Mais là encore, s'il s'agit bien de délivrer le tombeau du Christ par les armes, il aura la volonté d'amener à la conversion les musulmans par le dialogue.
Il représente, à sa manière, ce retour à la lettre et à l'esprit évangéliques qui fut le propre de Sant François d'Assise.

Il est heureux que Saint Louis soit le patron de notre paroisse à double titre, comme patron de la France et comme fils de l'Espagne par sa mère Blanche de Castille.

Nous sommes appelés à continuer son œuvre, sans doute pas comme roi ou prince, mais comme chrétiens qui doivent mettre en pratique ces vertus évangéliques. La paix, la justice, la charité et la prière. Voilà un beau programme ! En d'autres termes, comme la devise de Saint Louis " Plaire à Dieu ". Plaire à Dieu, i.e. lui être agréable et surtout lui rendre grâce.

C'est ce que nous sommes invités à faire ce matin : offrir notre vie à la suite au Christ pour la présenter à Dieu en agréable offrande afin qu'il la transforme en sa propre vie et nous conduise peu à peu vers cette plénitude de vie qu'Il donne à ceux qui le suivent.




Homélie 1ère Communion

Les textes de la messe sont particulièrement bien adaptés à notre célébration de la1ère communion des enfants.

Nous connaissons tous ce récit de la multiplication des pains pour l'avoir entendu souvent. On a pu lui donner des interprétations diverses, il a pu donner lieu à des moqueries des anticléricaux : vous n'allez pas nous faire croire à ces balivernes, nourrir 5000 personnes avec 5 pains et 2 poissons !

Si nous en restons à la lettre du récit, on peut en effet contester le miracle de Jésus. Il est vraisemblable que les apôtres n'ont pas compté les gens qui sont venus écouter Jésus. Comme vous le savez les chiffres ont une valeur symbolique dans la Bible.

Cependant il s'agit bien d'une foule à nourrir et de toute façon les 5 pains et les 2 poissons que les apôtres on apportés pour leur dîner sont tout à fait insuffisants pour que chacun mange à sa faim.

Le récit que nous fait St Luc nous renvoie à la célébration de l'eucharistie. Comme à la messe que nous célébrons les gens s'étaient rassemblés pour écouter la parole du Seigneur. Jésus leur délivre son message, il leur parle du règne de Dieu. Non seulement il en parle, mais il en donne des signes concrets. Ces signes ce sont les guérisons qu'il opère envers ceux qui en ont besoin. Le règne de Dieu, c'est le " règne du bien. "Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour que le sauver." (Jn 12,47).

Les apôtres ont le souci de cette foule et suggèrent de les envoyer dans les villages alentour pour que chacun aille chercher de la nourriture, mais Jésus ne veut pas que les gens se dispersent, comme ils ont communié à sa parole, il veut qu'ils communient à son pain.

Jésus prend alors les pains, lève les yeux au ciel, car c'est Dieu, son Père, qui va accomplir le miracle.
Jésus n'est pas un magicien, il se met en prière. Il peut alors contempler le règne de Dieu déjà accompli pour en faire descendre les bienfaits sur terre. Jamais Jésus n'agit pour son propre compte, mais toujours en plein accord avec son Père. Ensuite il bénit les pains, comme tout geste de bénédiction, ce n'est pas non plus un rite magique, mais la reconnaissance de ce pain comme don de Dieu pour le bien des hommes. Enfin il rompt le pain pour le distribuer. Tous mangent à leur faim et il reste encore douze paniers.

Ce miracle de la multiplication des pains se reproduit, d'une certaine manière, chaque fois que nous célébrons l'eucharistie. Dieu continue à se donner à nous sans compter. Allons-nous, comme le demandaient les apôtres, allez chercher ailleurs une hypothétique nourriture?

Jésus nous demande de ne pas nous disperser. De rester auprès de lui et de partager ce qu'il nous donne. C'est ce que je vous invite à faire, vous les enfants qui allez communier aujourd'hui pour la première fois. Que ce geste que vous allez faire ne soit pas la dernière communion. C'est ce que je vous invite à faire vous, les parents et adultes, qui les accompagnez. Si vous avez rencontré le Christ en vérité, ne laissez pas se déliter cette relation, c'est la seule relation qui puisse vous combler.

Jésus nous invite autour de l'autel pour écouter et partager sa parole, pour manger et partager son corps. La messe, ou l'eucharistie, c'est le signe de reconnaissance des chrétiens, le signe de reconnaissance entre les chrétiens, le signe de reconnaissance que nous adressons à Dieu. La messe est l'acte central de la vie chrétienne, ce n'est pas une obligation morale, c'est une nécessité vitale. Il s'agit de nous retrouver ensemble pour rendre grâce, remercier le Seigneur pour les dons qu'il nous fait, reconnaître que ce petit morceau de pain et ces gouttes de vin représentent tout l'univers, le travail de toute l'humanité pour les transformer en son corps et en faire notre nourriture.

Alors ouvrons tous notre cœur, enfants et adultes à ce don de Dieu, de ce Dieu qui n'est qu'Amour et qui n'a qu'un seul désir celui de partager cet amour avec nous pour qu'a notre tour nous puissions le partager.





Homélie TRINITÉ C (Fiancés)


" J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. "

Cette parole de Jésus est adressée aux apôtres, juste avant de mourir, pour les aider à supporter l'épreuve à laquelle ils vont être soumis.

Jésus, en qui ils avaient mis tous leurs espoirs va être mis à mort comme le dernier des scélérats. C'est une chose incompréhensible pour eux. Celui qui se prétend le Fils de Dieu ne peut pas mourir, et surtout ne peut pas mourir de cette manière. Il faudra la résurrection pour que les apôtres commencent à comprendre le sens du message et de la vie de Jésus. Et ce sera la venue de l'Esprit promis qui va leur ouvrir les yeux et le cœur. Jésus a pu être un obstacle à la compréhension du mystère de Dieu tant qu'il était physiquement présent.

On entend quelquefois des gens qui disent " Si j'avais connu Jésus, cela aurait été plus facile de croire. " En réalité ce fut le contraire, car personne ne pouvait imaginer une telle métamorphose de Dieu. Le développement du christianisme ne s'est pas réalisé du temps de Jésus, mais après sa résurrection. Pendant sa vie terrestre, seul un petit noyau va le suivre jusqu'au bout et les apôtres ne seront pas présents au pied de la croix. Saint Paul lui-même n'a pas connu Jésus, et il est pourtant devenu le grand apôtre qui va implanter la foi chrétienne dans tout le bassin méditerranéen.

Jésus nous envoie son Esprit qui nous guidera, ou plutôt qui nous fera " cheminer " vers la vérité.
L'Esprit sera le porte-parole de Jésus comme lui-même fut le porte-parole du Père. Nous entrons ainsi dans le mystère de la Trinité, (que nous célébrons aujourd'hui) c'est le cœur de la foi chrétienne. Chaque fois que nous prions, chaque fois que nous célébrons nous le faisons au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Comme les apôtres nous avons souvent du mal à comprendre le message de Jésus. Mais nous avons reçu son Esprit au baptême, et cet Esprit est bien présent au cœur de notre vie. Si nous savons l'accueillir et l'écouter il nous fera cheminer vers la vérité, cette vérité que nous ne possédons pas, mais qui nous possède et vers laquelle nous tendons.
La révélation de Jésus c'est que Dieu est amour, c'est sa constitution. Les juifs et les musulmans nous reprochent d'être polythéiste, d'avoir trois dieux. Il ne s'agit pas pour nous d'une addition mais d'une communion. Vous les fiancés et vous tous les couples vous pouvez approcher ce mystère à partir de votre propre histoire.

En effet vous êtes deux, mais vous formez une unité. Vous gardez votre propre personnalité et cependant vous formez une unité nouvelle. C'est le mystère de l'amour. Tout projet d'amour est de rechercher l'unité entre les personnes différentes. C'est une représentation du modèle divin. Comme je vous le disais l'autre jour, l'amour entre une femme et un homme nous est donné dans la Bible comme le meilleur signe de l'amour de Dieu pour l'humanité. C'est à la fois un grand bonheur et une lourde responsabilité. En vivant cet amour dans la vérité, vous nous aidez à comprendre le mystère de Dieu. Cette promesse que vous vous faites l'un à l'autre en vous engageant dans le mariage, ou cette promesse que vous réalisez après de plus ou moins nombreuses années de vie ensemble, rejoint cette promesse que Dieu nous fait en s'engageant par une alliance sans cesse renouvelée et définitivement signée par la mort et la résurrection de Jésus avec comme gage l'envoi de son Esprit.
Soyez ou continuez d'être accueillants à cet Esprit.

À la fin de la messe je vous donnerai la bénédiction de la part du Seigneur. Cette bénédiction confirme le don que Dieu vous a fait de cet amour. Elle vous invite à le vivre selon son cœur, i.e. comme un don réciproque et au service de l'autre et des autres.

C'est ce que nous pouvons demander ensemble ce matin dans notre prière.


Homélie ASCENSION C

Nous venons d'entendre deux récits de l'ascension, le premier tiré du livre des Actes des apôtres et le second de l'Évangile de Luc.

Ils sont sensiblement différents alors qu'ils on été écrits tous les deux par le même auteur. Cela nous montre que les écrits de la Bible n'ont ni le même statut, ni la même fonction.

L'Évangile est écrit pour nous faire découvrir la personne de Jésus et son message et le livre des Actes pour nous présenter la naissance des premières communautés chrétiennes.
Ce qui me paraît essentiel dans ces deux textes et qui leur est commun en dehors de la présentation, de la mise en scène différente de l'Ascension, ce sont deux expressions qui reviennent :
" Je vais vous envoyer ce que mon Père a promis " ou dit d'une autre façon: " Vous allez recevoir une force celle du Saint-Esprit. "
Et " C'est vous qui en êtes les témoins " ou " Vous serez mes témoins. "

Jésus s'en va, il quitte notre monde terrestre, il ne s'évade pas mais il s'élève. Il prend de la distance pour nous permettre d'exister par nous-mêmes. Son existence physique a été importante pour que les apôtres fassent l'expérience inouïe de la présence d'un Dieu tout proche, mais elle a pu être également un obstacle à une véritable connaissance de ce même Dieu. En effet, ils n'ont compris véritablement Jésus et son message qu'après sa résurrection et son départ de ce monde. Jésus parti, il nous envoie son Esprit. Jésus parti de ce petit bout de terre de Palestine, est maintenant présent partout et en tous par son Esprit qui n'a plus les limitations de son corps physique.

Dans l'évangile les disciples ne sont pas tristes après le départ de Jésus, ils sont " remplis de joie ", car ils ont compris enfin le sens des paroles et des gestes de Jésus. Ils peuvent maintenant rendre grâce de tout ce qu'ils ont pu vivre avec Lui.

Mais maintenant c'est à eux de prendre le relais, d'être les témoins de ce qu'ils " ont vu et entendu du Verbe de vie ", comme dit St Jean. Témoins, ils vont l'être et vont lancer la formidable aventure du Christianisme dont nous sommes les héritiers.
C'est à nous, à notre tour de faire fructifier cet héritage, d'être à notre tour des témoins pour le monde d'aujourd'hui. C'est notre baptême qui nous engage, comme les apôtres à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus. Le baptême nous fait membre de ce peuple sacerdotal qui continue l'œuvre du Christ. Vous avez fait baptiser vos enfants en pensant que vous leur donniez ce qu'il y a de meilleur, et vous avez raison. Vous leur avez donné la vie physique et vous avez voulu qu'il reçoive la vie divine par le baptême. Ce sera à eux, un jour de prendre, en toute liberté et conscience l'engagement de suivre le Christ. Pour qu'ils puissent le faire, vous devez les éduquer, les " élever ", j'aime bien ce mot, car il veut bien dire que la vie ne doit pas être vécue " à ras de terre ", mais tout en gardant les pieds sur terre il faut " avoir le souci des réalités d'en haut " comme dit St Paul. Pour cela il me semble qu'il faut parler de Dieu à vos enfants et leur faire découvrir sa parole (Bible). Il faut également leur apprendre le don gratuit, donner et servir c'est la marque chrétienne. Enfin leur apprendre à prier. Ce n'est pas facile, nous savons que la prière est un apprentissage de toute la vie. Leur apprendre à prier et surtout prier avec eux.
C'est ce que nous faisons ce matin pour eux et avec eux.
L'Ascension c'est la fête de la promesse.

Accueillons l'Esprit que le Christ nous a promis et qu'il nous envoie pour nous donner la force d'être ses témoins.



Homélie 5ème DIM. DE PÂQUES C

" Voici, je fais toutes choses nouvelles. "
C'est ce que Jean proclame de la part du Seigneur dans le livre de l'Apocalypse.

En effet c'est la victoire de Jésus sur la mort qui ouvre une ère nouvelle et à partir de celle-ci l'humanité va s'orienter vers le but final : la glorification dans le Christ.
Mais avant d'écrire ces paroles Jean a du passer par l'épreuve de la passion et de la mort de son Seigneur. Et ce sont ces moments qu'il nous fait revivre dans l'évangile de ce jour.

Celui-ci fait partie de ce qu'on appelle le discours d'adieu. Jésus a réuni ses disciples avant la passion pour leur laisser son testament. Il vient en préambule de leur laver les pieds pour bien leur montrer le sens de ce qu'il va vivre. Il va ensuite donner une bouchée de nourriture à Judas et celui-ci va sortir. Jésus ne l'a pas expulsé, il lui a lavé les pieds comme aux autres en lui montrant qu'il l'aimait comme les autres.

Judas parti, le sort de Jésus est décidé. Il déclare alors que l'heure de sa glorification est arrivée. La gloire de Jésus c'est la révélation totale de l'amour du Père pour nous. Paradoxalement la glorification, la victoire de Jésus commence par la trahison de Judas. Jésus se rend compte alors qu'il devra aller jusqu'au bout de l'amour qu'il nous porte.
Il s'adresse alors aux onze avec des paroles pleines de tendresse. Nous sommes dans un entretien cœur à cœur entre Jésus et ses " petits enfants ", comme il dit. Le temps presse, " je suis avec vous pour peu de temps " et dans ces conditions il faut aller à l'essentiel. " Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. " Qu'y a-t-il de nouveau dans ce commandement ? Depuis le début de l'alliance ce commandement est inscrit dans la loi : " Tu aimeras ton prochain comme toi-même " (Lv 19,18) et Jésus nous a déjà dit qu'il fallait aimer même nos ennemis. Ce qui est nouveau c'est la manière dont nous devons aimer. Ce qui est nouveau c'est qu'il faut aimer COMME Jésus. Ce qui est nouveau c'est la référence à l'amour de Jésus pour les siens. Jésus nous indique le chemin à suivre et le moyen d'y parvenir. Jésus est l'exemple et la source de cet amour, le fondement et la norme. Il fait de son amour pour nous le reflet et la conséquence de l'amour que son Père lui porte. Il rend témoignage de cet amour du Père qu'il est venu nous révéler.

Ce commandement s'adresse aux disciples, mais évidemment à tout chrétien, à nous ici ce matin.
C'est un appel à aimer sans limite, c'est le " Commandement de l'impossible ", comme l'a dit quelqu'un. Nous préférerions sans doute avoir des commandements plus précis qui nous diraient exactement ce qu'il faut faire et ne pas faire dans telle et telle circonstance. Ce serait plus confortable. D'autant que, si nous transgressons ces commandements, il y a toujours le sacrement de pénitence pour nous remettre sur la bonne route. C'est sans doute ainsi que nous pouvons raisonner parfois. C'est l'exemple du jeune homme riche de l'évangile, qui vient demander à Jésus ce qu'il doit faire et, devant sa réponse qu'il juge excessive, il s'en va. Ce que Jésus nous redit, c'est que si nous voulons le suivre, il nous faut aller avec lui sans mettre de limite. Cela paraît impossible, sauf si nous croyons que l'Esprit est en nous pour nous donner la force d'aimer comme Lui.

Le don de l'amour du Christ passe par les disciples, passe par nous. C'est à nous de ren
dre présent cet amour de Dieu au monde. Notre signe d'identification c'est l'amour mutuel : " Ce qui montrera à tous que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. "

C'est ce qu'on vécut les premiers chrétiens, comme nous le relate le livre des actes des apôtres. Ne pensons pas que tout ait été merveilleux, ils ont du aussi avoir leurs faiblesses, mais c'est dans la foi en l'Esprit de Jésus qu'ils avaient reçue qu'ils puisaient cette force qui leur a permis de fonder l'Église. C'est encore vrai pour de nombreux témoins aujourd'hui.
Laissons-nous transformer peu à peu par cet Esprit qui peut nous donner à nous aussi cette force si nous savons l'accueillir.

C'est cet Esprit qui vient transformer ce pain et ce vin que nous allons présenter à l'autel.

Demandons-lui qu'Il nous transforme, nous aussi, pour que nous soyons capables de témoigner de son amour, demandons-lui qu'Il transforme son Église, qui traverse actuellement des moments difficiles, afin qu'elle sorte plus forte de ces épreuves et que les hommes croient en la Bonne Nouvelle qu'elle est chargée d'annoncer..



Homélie CÉLÉBRATION DE LA FOI 2010


Les Jeunes de 5ème se sont préparés à cette Célébration de la Foi à partir de la vie de St Pierre. (C'est pour cela que nous avons gardé cette lecture d'évangile sur laquelle ils ont réfléchi) Saint Pierre est, en effet, un personnage très humain, il est proche de nous, nous pouvons facilement nous reconnaitre en lui. Dans ses faiblesses et sa générosité, il nous invite à suivre Jésus, comme lui-même l'a suivi au péril de sa vie.
Le récit que nous venons d'entendre, nous rapporte l'appel des premiers apôtres dans l'évangile de Luc. Une des caractéristiques de l'évangile de Luc est de nous montrer l'autorité de la Parole de Jésus.
Alors que Simon (Pierre) a pêché toute la nuit sans rien prendre, il obéit à la Parole de Jésus qui l'invite à recommencer la pêche " sur ta Parole, je vais jeter les filets. "

Un peu plus tard, alors qu'il revient avec une pêche extraordinaire, Pierre tombe au pied de Jésus et accepte la mission qui lui est confiée : " Désormais, ce sont des hommes que tu auras à capturer. "
Et, nous dit l'évangile : " laissant tout ils le suivirent. "

Ce dimanche est consacré à prier pour les Vocations. Nous avons dans ce raccourci un exemple de réponse à un appel. Jésus a choisi la barque de Pierre pour parler aux juifs qui sont venus nombreux pour l'écouter. C'est une image de l'Église, un peu comme le premier acte qui va sceller le destin de ces apôtres qui vont continuer à annoncer l'Amour de Dieu pour les hommes après la résurrection de Jésus.

C'est cette même Église dont nous faisons partie, cette Église qui est ballotée depuis 2000 ans par tellement de tempêtes. Cette Église qui doit affronter les assauts extérieurs, mais aussi malheureusement les déchirements à l'intérieur d'elle-même soit par les divisions qui ont jalonnées son histoire, soit ces temps-ci par les égarements de ceux-là même qui sont chargés de la diriger.

Cette Église est pourtant bien " Notre Église ", et
il faut tout faire pour que malgré ces tempêtes, elle puisse continuer à annoncer le message de Jésus, à témoigner et a célébrer l'œuvre de Dieu dans le cœur des hommes. " On ne réforme l'Église qu'en souffrant pour elle. " Comme le dit Bernanos.

C'est à nous tous que Jésus s'adresse pour nous appeler à le suivre. C'est à chacun de nous de Lui répondre personnellement.
Vous les Jeunes de 5ème, vous allez, dans un instant, exprimer votre foi. Vous allez exprimer votre réponse à Jésus avec vos mots.

Comme Pierre, vous savez que votre foi est fragile, que vous n'êtes pas à l'abri des reniements, que vous avez encore beaucoup de chemin à faire pour le découvrir et apprendre à aimer d'amour-don-de-soi. Mais j'espère que vous croyez vraiment que Dieu, ce Père aimant que Jésus est venu nous révéler est toujours avec vous, qu'il est toujours là pour vous soutenir, pour vous pardonner et vous redire sans cesse qu'il vous aime.

Ce matin également Claudia, Clémence et Monica, vont recevoir le baptême. Elles répondent, elles aussi à cet appel de Jésus et ont décidé de le suivre.
C'est ainsi qu'ensemble, comme communauté de St Louis, petite partie de cette Église nous allons redire avec ces Jeunes notre engagement à suivre Jésus.
Nous devons tous prendre notre part dans la vie de l'Église, en répondant chacun à notre vocation propre. Nous savons que le Seigneur sera toujours à nos côtés. " Dans l'histoire d'amour que la Bible nous raconte, Dieu vient à notre rencontre, il cherche à nous conquérir jusqu'au cœur transpercé sur la Croix " nous dit Benoît XVI dans son encyclique " Dieu est amour " et il poursuit " Il a guidé le chemin de l'Église naissante, et par le suite dans l'histoire, Il n'a jamais été absent : Il vient à notre rencontre par des hommes à travers lesquels Il transparaît, ainsi que par sa Parole et ses sacrements, spécialement l'Eucharistie. " C'est à cette rencontre, à travers sa parole et son pain partagés en mémoire de Lui que je vous invite maintenant.



Homélie Pâques 2010

Les trois lectures du dimanche de Pâques nous font découvrir trois aspects de cette fête.

L'Évangile de jean nous rapporte le récit de la résurrection ou comment Marie-Madeleine, Pierre et l'autre disciple découvrent le vide du tombeau. Partis pour se recueillir auprès du corps de Jésus, ils ne le trouvent pas et celui que Jean nomme " l'autre disciple " comprend alors le sens de ce qu'il a vécu avec lui, " il vit et il crut ".

Quelques temps après, Pierre, ayant reçu l'Esprit-Saint, rendra témoignage de ce qu'il a vu. Il retracera à grands traits la vie de Jésus : " Dieu l'a consacré par l'Esprit, là où il passait, il faisait le bien car Dieu était avec Lui. " C'est maintenant aux disciples d'annoncer et de témoigner que celui qui a été mis à mort, Dieu l'a ressuscité. Dorénavant celui qui croit en Lui est sauvé. Et c'est St Paul qui reprend en écho :
" Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ ! Recherchez donc les réalités d'en haut. "

Célébrer la Pâque, c'est collaborer aux résurrections aujourd'hui et demain. Nous espérons participer à la résurrection par delà notre mort, et c'est bien le cœur de notre foi. Cependant St Paul nous dit clairement que cette résurrection est déjà commencée. Comme une graine qui va germer produit du fruit au terme d'une longue transformation, qui commence par une apparente destruction. Nous aurions de mal à imaginer qu'une petite graine puisse donner de si belles fleurs ou de grands arbres. Si nous n'en avions pas l'expérience, nous perdrions tout espoir de voir une récolte.

Ainsi de la vie des hommes, de notre vie. Alors que tout semble parfois perdu, la vie renaît.

Nous avons souvent fait l'expérience. Alors qu'une situation paraît bloquée, une solution apparaît. Après des chutes, nous nous relevons. Après une période sombre, nous voyons pointer la lumière. Les violences finissent par susciter le dégoût. La haine laisse place à l'hypothèse du respect et peut-être même de l'amour. Toutes les guerres ont dû laisser place à la paix.
Autrement dit le sens de ce que nous appelons résurrection, c'est que tout est toujours possible dans la vie des hommes. Qu'il n'y a pas de situations définitivement bloquées.

Nous savons que nous devons un jour passer par la mort et nous avons tous perdu des êtres chers. L'angoisse de la mort et la peine de la séparation ne disparaissent pas (rappelez-vous la tristesse et l'angoisse du Christ au jardin des oliviers). La foi n'est pas une prime de consolation.

Mais si cette fête de Pâques nous annonce notre résurrection, elle est également un appel à ressusciter avec le Christ, comme le dit Saint Paul. Qu'est-ce que cela veut dire ? Jésus ne nous dit pas ce qu'est, ce que sera la résurrection, mais il nous indique un chemin pour accéder à la vraie vie.

Jésus nous invite à suivre ce chemin dès maintenant, à ressusciter dès maintenant, i.e. à quitter nos égoïsmes, nos préjugés, nos faux attachements. La preuve de la résurrection, c'est nous qui pouvons la donner. Elle réside dans une nouvelle manière de vivre et d'aimer.

La mort est surmontée quand notre vie n'est plus paralysée par les soucis, l'amertume, le scepticisme et le repli sur soi. C'est le témoignage que nous sommes appelés à donner en Église. En cette fête de Pâques, demandons au Seigneur qu'il nous envoie son Esprit qui conduit l'histoire humaine, de toucher les cœurs violents, d'éclairer les consciences endormies, et de mettre un germe de dynamisme chez ceux que rien d'humain et de spirituel n'intéresse.

Nous chantons le joyeux Alléluia. , comme le dit Saint Augustin : " Aujourd'hui, mes frères, chantons, non pour charmer notre repos, mais pour alléger notre fardeau. Comme chante le voyageur, chante, toi aussi, mais marche. Chante pour soutenir ton effort, ne cultive pas la paresse. Chante et marche. Marche i.e. progresse dans le bien. Il en est qui progresse dans le mal. Pour toi, marche pour avancer. Chante et marche sans t'égarer, sans reculer, sans piétiner. "

Nous sommes tous appelés à ressusciter, et c'est aujourd'hui ! Amen





HOMÉLIE 5 CARÊME C

Nous laissons pendant quelques dimanches la lecture de l'évangile de Luc pour celui de Jean. Nous venons d'entendre le récit dit de la femme adultère que nous connaissons bien, récit qui pourrait aussi s'appeler la mise en accusation de Jésus.

En effet, à travers ce fait divers les scribes et les pharisiens s'attaquent indirectement à Lui.

Nous sommes déjà dans le contexte de la passion, le texte commence par la mention du Mont des oliviers, dont le nom ne sera plus prononcé avant sa dernière pâque. Avant et après cet épisode, les scribes et les pharisiens sont scandalisés par l'attitude de Jésus et c'est peu après qu'ils vont décider de le tuer.

Ce jour là, donc, alors que Jésus enseigne le peuple, les scribes et les pharisiens traînent devant Jésus une femme convaincue d'adultère. Selon la loi, les hommes et femmes coupables d'adultère doivent être mis à mort. Dt 22,22).

Vous remarquerez que seule la femme est amenée à Jésus. Ce qui montre qu'ils interprètent déjà la loi à leur convenance. Leur question est donc de savoir ce que pense Jésus de la loi, plus que sur le jugement à porter pour ou contre cette femme.

La question n'est pas : " devons-nous lapider cette femme ? ", mais " que dis-tu de cette loi de Moïse ? "

Comme le dit l'évangéliste, c'est un piège. Ils ont vu Jésus plusieurs fois prendre des libertés avec la loi, au nom d'un principe supérieur, celui de la vie, et ils veulent réussir à le mettre en porte à faux. Dans cette affaire ce n'est pas seulement la femme qui est en danger de mort, mais également Jésus.

Avant de répondre, Jésus prend son temps, comme s'il voulait amener ses interlocuteurs à réfléchir. Il écrit sur le sol. Certains exégètes ont essayé de deviner ce qu'il avait écrit, en pensant au passage de Jérémie : " Ceux qui se détournent de moi seront inscrit dans la terre. ", mais je crois qu'il vaut mieux éviter de faire des hypothèses à ce sujet.

Devant l'insistance de ses interlocuteurs, Jésus désamorce astucieusement le piège en les renvoyant à leur conscience, en leur demandant de se situer eux-mêmes en face de la loi, pour voir si leur vie est toujours en conformité avec elle. " Que celui que est sans péché, lui jette la première pierre ! "

C'est un appel à la miséricorde, à dépasser la lettre de la loi. Alors peu à peu tout le monde s'en va, à commencer par les plus âgés. En fait Jésus il est bon de penser que les plus âgés partent les premiers non pas parce qu'ils ont plus de péchés sur la conscience, mais peut-être justement, parce qu'ils ont expérimenté plus souvent, après l'avoir chanté dans de nombreux psaumes ou récité dans leur prières, la miséricorde de Dieu.

Jésus et la femme restent seuls, c'est comme le dit St Augustin " le face à face de la misérable et de la miséricorde. " Jésus n'approuve pas l'action de cette femme, mais il ne l'enferme pas dans sa culpabilité et ne la réduit pas à son péché. Par son pardon, il lui ouvre un chemin et lui donne la force de repartir sur ce chemin de conversion.

Nous pouvons tirer quelques conclusions de ce récit pour nous-mêmes. Evidemment tout d'abord,
nous n'avons aucun droit à nous placer en position de juge pour les autres. Ce qu'il s'agit de juger c'est notre propre comportement.

Nous ne devons pas en rester au niveau des principes de façon abstraite et générale, mais il faut nous interroger à la lumière de la Parole de Dieu, sur notre façon de vivre. Ce n'est pas du relativisme, car comme le dit Jésus : " Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat. "

Notre vie est marquée par le péché, mais nous pouvons faire confiance en la miséricorde de Dieu, qui est toujours là pour nous relever. Jésus nous rejoint au point de prendre sur lui notre culpabilité. " Il a pris sur lui, nos péchés, il s'est fait péché pour nous… " comme le dit St Paul. Il nous invite sans cesse à repartir sur notre chemin de conversion.

Déjà le Seigneur faisait dire au prophète Isaïe (1ère lecture) "ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau. "

C'est le même refrain chez St Paul :
" Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle dans le Christ Jésus. " (2ème lecture)

Tournons-nous nous aussi résolument vers l'avenir. Jésus est toujours là pour nous relever et nous appeler à le suivre.
C'est le sens de notre participation à ce sacrifice, ce don de la vie qui est sans cesse renouvelé pour notre plus grande joie.



HOMÉLIE 2 CARÊME C - 28 février 2010


Nous trouvons le récit de la transfiguration dans les trois évangiles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc, mais tout en gardant la même signification chacun met une touche originale dans ce récit.

Pour Matthieu, il s'agit de montrer que Jésus est le nouveau Moïse.

Marc semble s'intéresser davantage à Elie comme image du Messie souffrant. Luc, lui, fait référence à l'exode. C'est semble-t-il le sujet de conversation de Jésus avec Moïse et Elie. " Ils parlaient de son exode (départ dans la traduction liturgique) qui allait s'accomplir à Jérusalem. " Ces deux personnages ont en commun d'avoir vu la " Gloire de Dieu ", et dont la mort a été l'entrée mystérieuse dans la vie divine. Elie a été enlevé sur un char de feu et personne n'a retrouvé le tombeau de Moïse. Pour Jésus cet exode va être le passage de la mort à la vie, de la passion à la résurrection vers lequel il est en marche jusqu'à Jérusalem. Il vient, en effet d'annoncer qu'il doit mourir et devant l'incompréhension de ses disciples, il donne un signe à trois d'entre eux, ceux qui étaient présents pour le résurrection de la fille de Jaïre. Dans les actes des apôtres, Pierre et Jean seront les deux apôtres en vue et Jacques sera le premier à donner sa vie. Une voix se fait entendre, comme au baptême de Jésus, mais cette fois elle ne s'adresse pas à Lui, mais aux apôtres. " Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi. Ecoutez-le ! " Pour un juif pieux, cette injonction avait un sens très précis. C'est par ces mots : " Ecoute Israël " que commençait sa prière trois fois par jour, tourné vers Jérusalem. Les apôtres n'ont sans doute pas saisi toute la portée de cette révélation dont ils ont été gratifiés. Pierre essaie tant bien que mal de se donner une contenance en proposant de dresser trois tentes, mais si la frayeur les saisit, c'est sans doute parce qu'ils pressentent ce qui les attend. " Voir Dieu, c'est mourir. " Et il faut qu'ils montent à Jérusalem avec Jésus. Ils restent muets en descendant de la montagne. Ils ne pourront témoigner de ce qu'ils ont vu que lorsqu'ils auront reçu l'Esprit, qui leur fera comprendre le sens de ce qu'ils ont vécu avec Jésus, et alors, plus personne ne pourra les faire taire.

L'autre originalité de Luc et de nous présenter Jésus en train de prier. On peut dire que l'Évangile de Luc est l'Évangile de la prière.

Il monte sur la montagne pour prier. Et c'est dans ce cœur à cœur avec son Père, que se révèle sa vraie nature. C'est en le voyant prier que les apôtres reconnaissent en Lui quelqu'un de profondément différent. La rencontre avec Dieu dans la prière est une rencontre transfigurante.

Nous qui sommes aussi en chemin vers Pâques, il nous faut également suivre Jésus pour prier. Nous n'avons sans doute pas fait une expérience semblable à celle des trois apôtres, seuls les saints ont pu avoir une révélation plus particulière. Mais nous avons tous à participer à la vie de Dieu, à passer par la passion c'est-à-dire à donner aussi notre vie afin de l'offrir au Père, qui, n'en doutons pas la transformera en une vie glorieuse. Nous devons passer par l'exode pour arriver à Pâques. Nous faisons partie de ce long cortège des chrétiens ou des saints, comme on appelait les chrétiens des premiers siècles qui ont écouté Jésus, comme son Père nous l'a demandé. Nous savons bien que nous avons encore du chemin à faire pour entrer dans le mystère de Dieu et pour en vivre, mais l'essentiel est de nous mettre en route. Pour conclure, je laisse la parole à StIrénée.

" La splendeur de Dieu est vivifiante, ceux qui voient Dieu, reçoivent la vie. C'est pourquoi, lui, l'insaisissable, l'incompréhensible, l'invisible, se donne aux hommes, en se rendant visible, compréhensible et saisissable, pour vivifier ceux qui le reçoivent et ceux qui le voient. Car vivre sans la vie, c'est impossible. La gloire de Dieu c'est l'homme vivant et la vie de l'homme c'est la vue de Dieu. "



Homélie 5ème DIMANCHE - 7 février 2010


Juste quelques mots que me suggère ce passage d'Évangile de Saint Luc. Il me semble que nous pouvons retenir deux paroles de Jésus pour notre méditation : un conseil " Avance au large " et une parole d'encouragement " N'aie pas peur ! " Ces deux paroles se complètent et peuvent nous servir de guide pour notre vie spirituelle.

" Avance au large ! " Jésus nous invite encore aujourd'hui à ne pas nous refermer sur nous-mêmes, à ouvrir les portes de notre cœur, à répondre à son appel et être disponibles pour son service.

Comme Pierre nous ne devons pas nous résigner et même si nous avons essuyé beaucoup d'échecs ou avoir été en butte à beaucoup d'incompréhensions ou même si notre vie spirituelle nous paraît ne pas porter de fruit, écoutons toujours cette parole de Jésus qui nous invite à ne pas nous décourager, à toujours recommencer même si tout paraît nous indiquer qu'il n`y a plus rien à faire.

Jésus invite chacun d'entre nous à le suivre, chacun pour un service particulier, mais nous sommes tous appelés et si nous avons peur de répondre parce que nous ne savons pas jusqu'où peut nous mener cet appel, ou si nous ne nous sentons pas capables de réaliser ce qu'il attend de nous, il nous redit sans cesse : " N'aie pas peur ! ", comme il l'a dit à Moïse, aux prophètes et comme il le dit à Pierre. C'est l'indicatif de Dieu !

Jésus nous rappelle qu'il est toujours avec nous si nous, nous mettons à sa suite.

Vous les Scouts qui prenez un engagement à être toujours prêts à suivre Jésus, n'ayez pas peur de vivre cet engagement.

Jésus se manifeste dans notre faiblesse.

Ce matin il va se manifester pour Irène, qui va être baptisée. Quoi de plus fragile qu'un petit enfant. C'est pourtant à travers cette fragilité que Jésus s'est présenté à nous. Faisons-lui confiance, lui seul nous mènera vers les eaux poissonneuses vers les vraies richesses que nous donne sa grâce
.



- HOMÉLIE 3 D C - 24 janvier 2010

Comme chaque année, à la même période, les Eglises et communautés chrétiennes consacrent une semaine de prière pour l'Unité des Chrétiens. Elles répondent ainsi, comme en écho, à la grande prière de Jésus avant sa passion "qu'ils soient uns, comme nous sommes uns !".

L'histoire de l'Église nous a montré cependant combien il est difficile de rester unis. Dès le début nous voyons des divisions dans l'église de Corinthe et St Paul doit intervenir : " Vous dites, moi j'appartiens à Paul, moi à Apollos, moi à Céphas…Le Christ serait-il divisé ? "

Il y eut ensuite de nombreuses hérésies qui n'eurent qu'un impact réduit jusqu'à la grande rupture de l'Église d'Orient avec Rome en 1054, qui coupe l'église en deux l'Orthodoxie et le Catholicisme. Puis vint la fracture du catholicisme romain au XVIème siècle avec la naissance du Protestantisme qui va lui-même se fragmenter en plusieurs confessions.
Nous voyons donc que la perspective d'une Église unie semble s'éloigner avec le temps.

Un certain nombre de Chrétiens ne se satisferont pas de cette situation et dès 1740, le mouvement pentecôtiste Ecossais appelle toutes les églises à prier pour une même foi.

C'est en 1908 que le pasteur anglican américain Wattson va organiser un " Octave pour l'unité de l'Église. "

En 1910 la Conférence d'Edimbourg rassemble différentes églises pour réfléchir à la Mission de l'Église.

Dans les années suivantes le mouvement Foi et Constitution, qui est à l'origine du Conseil Œcuménique des églises va promouvoir cet octave en publiant des éléments pour sa célébration.

L'église catholique de son côté avait également invité les fidèles à prier pour l'unité. En 1894 le pape Léon XIII encouragea la prière pour l'unité. Au début, prier pour l'unité consistait surtout à prier pour que les autres chrétiens reviennent dans le giron de l'église Catholique. Ce n'est qu'en 1935, sous l'impulsion du Père Couturier, un prêtre lyonnais, que s'organise vraiment cette semaine de prière pour l'unité, mais avec un objectif plus modeste que traduit bien la formule qu'il inventa :
" Prier pour l'unité quand le Christ voudra, par les moyens qu'Il voudra ! "

C'est dans cette perspective que tous les chrétiens participent chaque année à cette
semaine de l'unité qui se déroule entre le 18 janvier, anciennement fête de la Chaire de St Pierre et le 25 janvier fête de la conversion de St Paul. Elle est préparée conjointement par le Conseil Œcuménique des églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité.

Tout ce mouvement œcuménique est indispensable à la vie de l'église. Il va avoir une grande influence sur le Concile Vatican II.-En particulier pour la Constitution sur l'Église " Lumen Gentium " (Lumière des Nations). Le texte de cette Constitution nous donne une définition de l'Église : " L'Église est dans le Christ en quelque sorte comme le sacrement, i.e. le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain. " Le mot sacrement " Exprime que le service que l'Église doit rendre ainsi au Christ n'est pas l'objet d'un choix qu'elle aurait fait elle-même, nous dit le P.Martelet, mais qu'elle est investie par la mission que le Seigneur lui donne. Sacrement, elle est consacrée par Lui au service des hommes pour le compte du Christ. "

LÉglise, c'est le Christ et l'ensemble des chrétiens ne doit pas se " prendre pour le Bon Dieu " selon l'expression populaire, nous sommes sacrement du Christ, signe et instrument. Souvent pauvres instruments et mauvais signes, mais le Christ agit à travers nous quel que soit notre degré de sainteté. Nous sommes en chemin vers l'Église, le Royaume que Jésus est venu inaugurer. Nous savons que les chrétiens pourront d'autant plus donner un signe fort qu'ils seront unis et seront des instruments d'autant plus efficaces qu'ils travailleront tous dans le même Esprit au service des hommes.

Les églises ne sont pas à elles-mêmes leurs propre fin, mais elles doivent porter le message du Christ et témoigner auprès des hommes des merveilles que Dieu accomplit. C'est le thème de cette semaine 2010.
" De tout cela, c'est vous qui êtes les témoins ! "



- BAPTÊME DU SEIGNEUR 2010

Avec le récit que nous venons d'entendre nous assistons au passage de témoin entre le peuple de la première alliance qui est représenté par Jean-Baptiste et la nouvelle alliance que va nous proposer Dieu à travers son Fils Jésus.

Jésus choisit de se mêler à tout le peuple des fidèles, en attente du Messie, qui viennent se faire baptiser par Jean. Jean est-il le Messie, comme semblent le penser ces juifs pieux ? Jean leur déclare qu'il n'est qu'un signe de celui qui doit venir. Il est là pour les préparer à recevoir celui qui les baptisera dans l'Esprit. Il y a une différence radicale entre lui et Jésus. Il va d'ailleurs disparaître très rapidement, c'est la suite du récit qui a été coupé qui nous apprend qu'il vient d'être jeté en prison par Hérode.

Luc ne raconte pas le baptême de Jésus, mais nous Le présente une fois baptisé en train de prier. Il nous Le présente dans sa double relation, par le baptême, Il fait partie du peuple, de l'humanité, et par la prière il est en relation avec Dieu, son Père. C'est alors qu'Il est en prière que le ciel s'ouvre. Le ciel s'ouvre pour la grande révélation, pour nous révéler la vraie nature de Jésus. " Les cieux s'ouvrent alors qu'Adam les avait fermés " nous dit Grégoire de Nazianze. C'est l'ouverture d'une ère nouvelle. Et l'Esprit descendit sur Jésus. C'est le paradoxe que Jésus reçoive l'Esprit alors qu'il le possède de toute éternité.

C'est un autre Père de l'Église qui nous donne la clé de lecture de ce récit. " Le Christ est engendré aujourd'hui, c'est-à-dire qu'il nous accueille comme des Fils adoptifs car toute l'humanité était contenue dans le Christ en tant qu'Il était homme. Ce n'est pas pour Lui que le Fils unique a reçu le Saint Esprit, mais parce que s'étant fait homme, il possédait la nature humaine, il a reçu l'Esprit afin de la redresser toute entière en la restaurant dans son premier état. " Ce récit reprend en condensé toute l'histoire du salut. C'est l'Esprit qui, comme une colombe, plane sur les eaux du Jourdain, comme il planait sur les eaux au début de la création. C'est la colombe de Noë qui vient annoncer la fin du déluge.

La déclaration du Seigneur, " Celui-ci est mon Fils Bien-aimé " nous rappelle le sacrifice d'Isaac, " le Fils Bien-aimé " d'Abraham. C'est le rappel enfin aux premières communautés chrétiennes de la venue de l'Esprit Saint que ces nouveaux chrétiens ont reçu.

Nous voyons là toute la richesse de ce récit avec toutes ces résonnances. Il donne sens à notre propre baptême. "
Le Christ est baptisé non pour être purifié par l'eau, mais pour sanctifier l'eau ", comme dit Maxime de Turin. Et c'est cette eau du baptême que nous avons reçu qui nous incorpore au Christ, nous fait participer à ce grand courant d'amour qui circule dans la Trinité. Désormais les relations sont rétablies entre le ciel et la terre. Grâce à Jésus qui accepte de se faire l'un d'entre nous, qui prend notre humanité à bras le corps, à bras le cœur, en partageant tout ce qui fait la vie des hommes, nous pouvons devenir nous aussi des Fils Bien-aimés de Dieu.

Dans le rituel du baptême nous est rappelé que
" nous sommes enfants de Dieu et que nous le sommes vraiment ! " Si nous mesurions un tant soit peu cette Bonne Nouvelle, nous devrions être transfigurés, mais elle nous dépasse sans doute tellement que nous n'avons pas assez d'une vie pour en comprendre tout le sens.

Il nous faut sans cesse demander au Seigneur que son Esprit nous illumine. " Nous savons que Dieu répand sur nous son Esprit en abondance par Jésus-Christ notre sauveur " disait St Paul à son disciple Tite. Soyons prêts à l'accueillir pour qu'Il fasse de nous " un Peuple ardent à faire le Bien. "



- HOMELIE EPIPHANIE 2010


Ce récit de St Matthieu que nous venons d'entendre pourrait être un très beau conte oriental si on en restait au merveilleux de l'histoire, mais nous savons bien que St Matthieu n'est ni La Fontaine ni Andersen.

Ce récit comme tous les évangiles a une portée théologique et catéchétique pour un public religieux juif du début du christianisme, valable encore pour nous aussi aujourd'hui.

Il me semble que l'on peut donner trois pistes principales à notre réflexion. La naissance de Jésus a une portée politique, il est le " Roi des Juifs "; Jésus est reconnu et adoré par des étrangers et enfin si Jésus apparaît dans un monde hostile, un plus puissant que lui veille sur sa destinée.

Jésus est recherché par les mages comme le Roi des Juifs. Matthieu va jouer sur cette opposition entre le roi Hérode et le roi des juifs. Il oppose la joie des mages à l'inquiétude d'Hérode. Cette royauté sera affirmée jusqu'à la fin de l'évangile lorsque, pendant son procès, le gouverneur demande à Jésus s'il est bien le " roi des Juifs ".

L'important sera de découvrir quelle royauté Jésus veut instaurer et ce sera tout le sens de son message.

Jésus est reconnu et adoré par des étrangers.

Les mages, qui sont sans doute des astrologues, puisque rien dans le récit ne nous indique qu'ils seraient rois, se mettent en route et vont jusqu'au bout de leurs recherches, alors que les responsables religieux d'Israël se contentent de chercher dans les livres mais ne bougent pas d'un pouce pour aller seulement vérifier le sens des écritures.

Les mages adorent Jésus, autrement dit, ce sont les païens qui le reconnaissent et le peuple juif, détenteur de la promesse qui le refuse.
Jésus apparaît dans un monde hostile mais un plus puissant que Lui veille sur sa destinée. Matthieu va nous présenter Jésus comme le nouveau Moïse. Si nous continuons la lecture après ce récit, nous avons le massacre des innocents décidé par Hérode et la fuite en Egypte. Deux épisodes qui sont des références explicites à la vie de Moïse. Comme lui, sa naissance va faire l'objet de la protection divine jusqu'à ce qu'il soit en mesure d'accomplir sa mission. D'emblée, donc, Jésus nous est présenté comme le nouveau " libérateur ".

Tout l'évangile va consister à nous faire comprendre de quelle libération il s'agit.
Nous pouvons tirer de ce récit des enseignements pour nous aujourd'hui. Nous aussi nous devons nous mettre en chemin après avoir repérer la bonne étoile. Nous mettre en chemin lorsque nous avons écouté la Parole de Dieu, en essayant d'aller jusqu'au bout de notre démarche qui nous permettra d'adorer Jésus et de le reconnaître comme notre roi, i.e. celui qui doit gouverner nos existences. Pour cela il nous faut à la fois scruter les écritures et être attentifs à la vie de ceux qui nous entourent.

Comme les mages qui repartent chez eux par un autre chemin, en évitant le piège que leur tendait Hérode, nous devons changer de vie, rectifier sans cesse notre trajectoire pour garder toujours le cap qui nous permettra d'arriver à Jésus en évitant les nombreux pièges qui sont sur notre chemin et qui risquent de nous faire dévier.

Enfin, nous devons agir pour que le message de Jésus ne reste pas enfermer dans nos chapelles, mais qu'il s'adresse vraiment à tous les hommes. Comme le dit le Frère Radcliffe, ancien général des dominicains : " Une communauté devrait former les religieux à appartenir à l'humanité entière". Ce message peut s'adresser à tous les chrétiens, à nous tous.

C'est le sens de cette fête de l'Épiphanie, cette lumière qui brille dans la nuit est destinée à éclairer tous les hommes.

"Tous sont associés au même héritage au même corps " comme dit St Paul, c'est la promesse que Dieu nous fait dans le Christ Jésus.




- HOMÉLIE SAINT FAMILLE 2009

Si nous voulions illustrer notre réflexion sur la famille chrétienne en pensant faire une histoire de la Sainte Famille de Nazareth à partir des éléments fournis par les évangiles, cette histoire serait très courte. Je sais que certains ont écrit des volumes entiers sur la Sainte famille, mais ceux-ci sont plutôt le fruit de leur imagination ou ils ont puisé dans ce qu'on appelle les " évangiles apocryphes " qui abondent en détails plus ou moins extraordinaires sur la vie de Jésus.
Le récit de Luc, pourtant le plus développé avec Matthieu sur la vie de Jésus, est assez succinct : annonce à Marie, visitation, naissance de Jésus, présentation au Temple et le dernier épisode cité dans l'évangile de ce jour où l'on voit réunis Marie, Joseph et Jésus. Ensuite, plus rien.
Ce texte nous dirait bien peu de choses, sinon la volonté d'un adolescent d'affirmer sa liberté, si on en restait à une lecture littérale. C'est effectivement ce qui se passe dans la majorité des familles.
Le texte de Luc ne veut donc pas nous rapporter une simple crise d'adolescence. Le récit de St Luc est comme une répétition de la Pâque de Jésus. En effet, il nous dit que Jésus " monte à Jérusalem ", qu'il reste caché pendant " trois jours " et lorsqu'il dit à ses parents " je dois être chez mon Père ", cette réponse sera reprise comme en écho sur la croix " Père, entre tes mains, je remets mon Esprit. "
Lorsque Jésus nous dit qu'il doit être chez son Père, cela signifie qu'il prend conscience de sa mission et surtout qu'il l'accepte dans une obéissance totale à son Père. La désobéissance à ses parents n'est rien au regard de sa remise totale entre les mains de son Père.
De plus St Luc place cet épisode dans le temple de Jérusalem. Ce n'est pas anodin, car son évangile commence au temple avec Zacharie et se termine au temple où les apôtres vont prier. Or vous connaissez les relations de Jésus au Temple. Ce temple de pierres va se transformer, dorénavant ce temple sera Jésus lui-même. " Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours. " Ce temple sera le Corps du Christ. Ce Corps du Christ que nous appelons aussi l'Église.
Nous pouvons alors retrouver du sens à cet épisode pour notre réflexion sur la Famille chrétienne. Nous pouvons considérer que la famille est la première cellule d'Église, mais pas à n'importe quelle condition. Elle doit être le lieu où se fait l'apprentissage du service, de la vie donnée ; le lieu où chacun, parents et enfants vont reconnaître la Paternité de Dieu. La paternité et la maternité humaines sont relatives à celle de Dieu, elles doivent aider les enfants à faire ce passage, de l'amour des parents à l'amour de Dieu. La famille chrétienne doit être le lieu d'apprentissage de la liberté, non pas du libertinage, mais de cette liberté, qui à l'image de celle de Jésus trouve sa source dans la reconnaissance d'une véritable filiation divine. Beaucoup de séparations et de divorces seraient sans doute évités si l'amour humain, la vie de famille était vécu sous le regard de Dieu. Comme dans la Trinité où circule cet Esprit d'amour entre le Père et le Fils.
Si la vierge Marie ne comprend pas tout-à-fait son Fils, il nous est dit qu'elle garde tous ces évènements dans son cœur. Ainsi Marie n'est pas étrangère à la croissance du corps du Christ, dans un sens déjà purement humain, mais plus encore dans un sens spirituel. Nous savons que Marie accompagnera Jésus jusqu'au pied de la croix où Il va lui confier son disciple. Demandons-lui de nous aider à garder, nous aussi dans notre cœur, même si nous ne comprenons pas tout, toutes les grâces vécues dans nos familles, pour que cette cellule d'église contribue à faire grandir le Corps du Christ.


- HOMÉLIE NOËL 2009


"Un enfant nous est né!", c'est ce que proclame le prophète Isaïe quelques centaines d'années avant la naissance de Jésus. Cette annonce qui se réalise vient combler cette attente du peuple d'Israël qui va pouvoir enfin accueillir son Sauveur. Il ne s'agit pas d'un mythe, Saint Luc situe cette naissance dans le temps concret de notre histoire. Nous sommes sous le règne de l'empereur Auguste et sous la tutelle de Quirinius, gouverneur de Syrie. Cette naissance a lieu à un moment privilégié de l'histoire occidentale. C'est la " Pax Romana ", c'est-à-dire une période de paix relative à l'intérieur de l'empire romain, mais une paix subie par les peuples soumis à la puissance impériale. Il n'empêche c'est un peu comme une respiration qui intervient après de longues années de luttes intestines. Un peu comme si les nations, sans le savoir, retenaient leur souffle devant un évènement qui va bouleverser l'histoire. Cette naissance d'un petit enfant va changer, en effet, le cours de notre histoire.
Vous savez bien, vous qui l'avez vécu, combien extraordinaire est la venue d'un enfant lorsqu'il arrive dans de bonnes conditions. Je pense à ce Père de famille qui me faisait le récit de la naissance de son enfant et combien il était encore émerveillé par la venue de cet enfant. Une naissance est toujours un évènement extraordinaire, c'est la vie même qui se continue, c'est l'ouverture à tous les possibles. Chaque enfant est un maillon dans la longue chaîne humaine, c'est un peu comme la création toujours renouvelée. En ce sens tout enfant change un peu le cours de notre histoire, à une échelle plus ou moins grande. Ainsi de cette enfant de la crèche, ainsi de Jésus. Il est né, comme tous les enfants du monde. Il arrive dans la nudité d'un enfant, et même dans la pauvreté d'une étable.
Il est accueilli par l'amour de Marie et Joseph, mais seuls les bergers, qui n'étaient pas très bien considérés à l'époque assistent à sa naissance. Et pourtant cet enfant " nous " est né, c'est-à-dire qu'il est " né pour nous. " Non seulement il est né pour nous, mais, comme le dit Isaïe, il nous " est donné ". Il est livré entre nos mains, dès sa naissance. Il n'est pas seulement le fils de Marie et Joseph, il est l'Emmanuel, c'est-à-dire " Dieu avec nous ".
Si les parents ne peuvent jamais s'habituer à une nouvelle naissance, car je pense que chaque naissance est particulière, chaque naissance a une signification nouvelle, comment pourrions-nous nous habituer à la naissance de Jésus ?
Il nous faut vivre ces fêtes de Noël comme l'accueil d'une nouvelle naissance qui bouleverse notre vie. Nous ne faisons pas la répétition d'un évènement passé, nous accueillons encore aujourd'hui le Seigneur Jésus qui naît au fond de notre cœur. Faisons-lui une place, non pas comme l'hôtelier de Bethléem. Accueillons-le comme celui qui va changer notre histoire, qui va nous ouvrir à tous les possibles, qui va nous redonner la fraîcheur de l'enfance.
Ecoutons Thérèse de Lisieux, nous raconter sa nuit de Noël : " La nuit de Noël 1886 fut décisive pour ma vocation, mais pour la nommer plus clairement je dois l'appeler : la nuit de ma conversion. En cette nuit bénie dont il est écrit qu'elle éclaire les délices de Dieu même, Jésus qui se faisait enfant par amour pour moi daigna me faire sortir des langes et des imperfections de l'enfance. Il me transforma de telle sorte que je ne me reconnaissais plus moi-même. Je sentis en un mot la charité entrer dans mon cœur. "
Que l'amour de Dieu entre aujourd'hui un peu plus dans notre cœur. Que cet Esprit de Noël nous transforme et nous fasse entrer dans ce grand courant d'amour et de Paix qui seul peut redonner sens à notre histoire personnelle et celle de l'humanité.
C'est la grâce que je nous souhaite.




- Dimanche 6 décembre 2009 - Avent C. 2009


Pendant cette nouvelle année liturgique, commencée la semaine dernière, c'est l'Évangile selon Saint Luc que nous allons lire, mais la lecture continue ne commencera vraiment qu'à partir du troisième dimanche après Noël.

Entre temps les évangiles des dimanches sont choisis en fonction des fêtes.

Vous aurez remarqué, par exemple, que dimanche dernier nous avons commencé quasiment par la fin. Ceci n'est pas anodin et nous indique que les évangiles ne sont pas à proprement parler des " biographies de Jésus ", mais une histoire construite en fonction d'une intention bien précise de l'auteur, mise en perspective avec l'histoire du salut, i.e. tout le reste de la Bible et qui s'adresse à un public particulier, ce qui donne à chaque évangile une personnalité propre.

Ce matin donc, nous revenons au début du ministère public de Jésus.
Nous verrons plus tard les récits de l'enfance de Jésus.

L'évangile d'aujourd'hui commence par une introduction solennelle qui cadre le lieu et le temps du début du ministère de Jésus. Tibère, Ponce-Pilate, Philippe et Lysanias, pour les hommes politiques qui gouvernent le pays et Anne et Caïphe pour les chefs religieux. Vous remarquerez que nous retrouverons les mêmes personnages pendant la passion. Si Luc les cite, c'est pour bien montrer que Jésus se situe bien dans notre histoire, ce n'est pas un extraterrestre, il s'inscrit dans l'épaisseur du temps.

Les pères de l'église et en particulier Denys le petit, vont utiliser ce passage de Luc pour dater la naissance de Jésus, puisqu'il nous dit plus loin que Jésus commence sa vie publique à l'âge d'environ trente ans. Les historiens pensent actuellement qu'il doit y avoir une erreur de quatre ou cinq ans, ce qui est bien peu au regard de l'histoire de l'humanité. Mais il est important que Jésus soit la référence du temps, au moins en Occident.

Luc nous présente ensuite le personnage de Jean-Baptiste. Il nous le présente à la manière des grands prophètes du premier testament, en référence à Isaïe et avec les mêmes termes que l'appel de Jérémie. " La Parole de Dieu fut sur Jean ", elle prend possession de lui pour qu'il devienne son messager. Jean-Baptiste est le dernier des prophètes, il se situe encore sous la loi. Jésus va se situer en continuité avec cette " loi et les prophètes ", mais il va changer de registre, son message va accomplir cette loi et lui faire opérer un saut qualitatif, comme on dirait aujourd'hui. Nous passons du régime de la loi à l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Quelle est-elle cette Bonne Nouvelle ? C'est la résurrection de Jésus. La nouveauté de Jésus est perçue à la lumière de l'expérience chrétienne qui a son origine à la Pentecôte. C'est l'Esprit qui donne au chrétien de pouvoir comprendre cette Bonne Nouvelle.

Pour nous aussi, nous avons à vivre notre foi dans un temps bien réel et non pas virtuel. Certains hommes politiques voudraient bien confiner " les chrétiens à la sacristie " comme a pu le dire l'un ou l'autre. Nous devons au contraire être bien présents dans l'histoire des hommes, dans notre histoire, c'est là seulement que peut se vivre et s'annoncer cette Bonne Nouvelle.

A travers Jean-Baptiste, Jésus nous invite à la conversion, en reprenant les paroles d'Isaïe :
" Rendez droits ses sentiers, aplanissez ses montagnes… "
Ces mots pris à la lettre résonnent mal à mes oreilles d'habitant du massif central ! La montagne et les petits sentiers sont tellement beaux ! Ce que Jésus veut nous dire concerne évidemment notre attitude intérieure. Abaissez votre orgueil, abandonnez les coups tordus. Préparez votre cœur pour qu'il puisse accueillir Celui qui vient lui redonner l'espérance. Laissons-nous investir par la Parole de Dieu, comme Jean-Baptiste. Que cette Parole soit toujours Bonne Nouvelle pour nous et que nous sachions la transmettre. Si nous ne sommes pas le visage du Christ, nous pouvons au moins être sa Voix. Demandons-lui avec confiance sa grâce au cours de cette eucharistie.




- Dimanche 29 novembre 2009 - 1er D.Avent 2009

Nous avons terminé l'année liturgique sur des images de catastrophes dans l'évangile de Marc et voici que nous retrouvons au début de cette nouvelle année liturgique les mêmes images dans l'évangile de Luc.

" Jésus parlait à ses disciples de sa venue... " , cette venue du Seigneur s'accompagne de grands bouleversements, comme une grande gestation de l'univers qui va donner lieu à une nouvelle naissance.

Ces textes écrits dans un style apocalyptique portent la marque de la période du christianisme en pleine persécution. Ils n'ont pas pour but de nous faire peur, comme peuvent le faire tous les films catastrophes qui sortent régulièrement sur les écrans. (On a vraiment l'impression que les hommes aiment se faire peur! )
Ces écrits veulent au contraire nous ouvrir à l'espérance et nous consoler. Ils veulent aussi nous " ouvrir les yeux ".

Nous avons besoin de nous ouvrir à l'espérance lorsque nous regardons le monde. Nous n'avons pas besoin d'inventer les catastrophes, elles existent et les pages des journaux en sont remplies. Par contre nous avons besoin de mettre en perspective tous ces événements que nous vivons, nous devons les réinsérer dans une histoire, " l'histoire du salut ".

Jésus ne nous parle pas tant de la fin des temps comme un terme, mais plutôt de la fin des temps comme un but vers lequel nous devons tendre. Le Christ récapitule toute l'histoire de l'humanité. Il est " l'alpha et l'oméga " comme le rappelle St Jean. Nous sommes insérés dans cette histoire.
Jésus nous a dit que nous en étions un maillon indispensable. Même si nous sommes minuscules au regard de l'immensité de l'univers et du temps, Dieu a besoin de nous pour constituer son Corps total. Chacun de nous est important pour son dessein d'amour, et si nous manquons, son Corps sera sans doute un peu mutilé.

Voilà bien le sens de ce temps de l'Avent que nous revivons chaque année. Plus qu'une préparation à Noël, ce temps doit nous préparer à la venue du Seigneur. Noël est le rappel de cet événement capital dans l'histoire de l'humanité (il est heureux qu'en Occident il soit la marque même du temps!)
" Dieu s'est fait homme ", mais cette naissance a déjà eu lieu, elle ne se répète pas. Par contre ce que nous attendons c'est la venue définitive du Seigneur de gloire. C'est à cet événement que nous devons nous préparer.

Vous avez réfléchi ensemble ce matin sur le sens de ce temps. Ce temps nous permet d'accueillir déjà en nous et au milieu de nous la venue du Seigneur Jésus. Mais il vient toujours là où on ne l'attend, il est " imprévu ", et il nous surprend toujours, car il prend le visage de l'autre, de l'inconnu.

Nous attendons sa venue, mais il est présent aujourd'hui. C'est le paradoxe de la vie chrétienne, du déjà là et du pas encore. La vie chrétienne se déroule dans cet entre-deux. Nous pouvons être tentés de regarder en arrière, vers le passé, en pensant que tout était meilleur avant. Nous pouvons également nous inquiéter de l'avenir ou nous réfugier dans le rêve d'un avenir meilleur. Ce que nous avons à vivre, ce qui doit nous préoccuper c'est comme nous le dit Saint Paul de faire grandir toujours plus aujourd'hui l'amour mutuel.

Pour ne pas passer à côté de cette présence du Christ, pour ne pas être surpris par sa venue dès maintenant et dans l'avenir, il nous faut rester éveillés pour ne pas rater les occasions concrètes de faire grandir cet amour. Rester éveillés pour ne pas passer à côté des signes que Dieu nous envoie. Ainsi nous pourrons nous émerveiller à nouveau à Noël car nous aurons compris un peu mieux la Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous annoncer.

Le Cardinal Daneels, primat de Belgique, se définit comme " un homme de la Nativité ", et dans un entretien qu'il vient de donner à La Croix, il nous redit son émerveillement de cette nouvelle incroyable. " Je ne sais pas, dit-il, si nous nous rendons compte de ce que nous disons en proclamant: Dieu s'est fait homme. Dieu si grand, et l'homme si petit! "
Je pense que seul l'Esprit peut nous faire comprendre cette Bonne Nouvelle à condition d'être assez disponible pour l'écouter. Il ne faut donc pas seulement rester éveillés, mais il faut
" prier en tout temps "

C'est le conseil que nous donne Jésus aujourd'hui. Soyons donc nous aussi des femmes et des hommes de la Nativité en accueillant Celui qui vient.
Il vient au milieu de nous par sa présence dans le pain que nous allons partager pour que grandisse son corps.



- Dimanche 8 novembre 2009 - Toussaint - HOMÉLIE 32 D.B

Nous pourrions rester à une lecture superficielle et moralisante de ce passage d'évangile. Malheur aux hypocrites, comme les scribes contre lesquels Jésus a lutté toute sa vie et bienheureuse la pauvre veuve indigente qui donne tout ce qu'elle a pour vivre en offrande au temple. Ce n'est pas une fausse lecture, mais je crois que nous pouvons aller un peu plus loin dans l'interprétation.

Ce texte nous décrit une situation tout à fait paradoxale. Ce sont les religieux et le temple qui doivent venir en aide à la veuve, car non seulement elle est veuve, mais elle est indigente i e qu'elle manque du nécessaire pour vivre, et c'est elle qui vient faire une offrande au temple. Cette situation est un scandale au regard de la loi. Non seulement les Scribes acceptent cette situation, mais Jésus reproche même à certains d'en tirer profit. C'est la fin d'un système religieux qui tourne sur lui-même. Les scribes représentent l'élite religieuse, ce sont les docteurs de la loi, les responsables religieux. Ce système est plus préoccupé de sa survie que du service, plus soucieux de la lettre de la loi que de la sincérité d'une pratique. C'est contre cela que Jésus lutte.

Pour Lui, ce qui est important ce n'est pas l'apparence, mais la sincérité du cœur. Chaque fois qu'il le peut, il cherche le bien des hommes, il en a donné de nombreux signes et c'est ce que lui reprochent les chefs religieux. Rappelez-vous ce que disait le grand-prêtre Caïphe après le relèvement de Lazare : " Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. "
L'action de cette veuve qui donne tout est en consonance avec l'acte de Jésus qui va donner sa vie sur la Croix. Le geste de la veuve met en jugement l'hypocrisie et la suffisance des riches et des chefs religieux.
Au lieu de bénéficier de leur générosité, c'est elle qui donne tout ce qu'elle a pour vivre, qui donne sa vie pour le temple. Et ce temple va être détruit comme Jésus va l'annoncer dans le texte qui suit celui que nous avons entendu. De même l'attitude et les paroles de Jésus vont mettre en jugement les responsables religieux et Lui qui aurait du être accueilli comme le Sauveur va être rejeter comme un importun. Et à sa mort le voile du temple va se déchirer. Dans l'évangile de Marc, ce sera la dernière fois que Jésus va s'adresser aux religieux juifs avant sa passion et nous retrouverons les scribes au pied de la Croix venus se moquer de Lui : " Il en a sauvé d'autres, Il ne peut se sauver lui-même ! "

Ce jugement de Jésus adressé à ses contemporains ne doit pas nous laisser indifférents. Nous pouvons aussi nous interroger sur nos propres pratiques.
Les évêques de France étaient réunis toute la semaine pour leur rencontre annuelle à Lourdes. Ils ont réfléchi en particulier sur la visibilité de l'église aujourd'hui. Il ne faut pas regretter une église trop sûre d'elle-même, trop suffisante comme elle a pu l'être à d'autres époques de l'histoire. Il ne faut pas penser à revenir à une église triomphante, ni à une église qui se regarderait le nombril et ne penserait qu'à sa propre survie. Nous savons bien que seul un retour à une vie spirituelle authentique peut donner une image de l'église conforme au message évangélique. Nous savons bien que la parole ne suffit pas à donner une bonne image mais il faut que cette parole soit accompagnée du témoignage authentique et sincère d'une vie donnée.
Ce ne sont pas les grandes manifestations extérieures qui donnent forcément le meilleur témoignage du message du Christ, mais les actions d'humbles chrétiens qui font le bien autour d'eux sans faire de bruit.

Essayons de faire un peu comme cette veuve de l'évangile. La règle de l'évangile c'est que tant qu'on a pas tout donné on n'a rien donné. Cela ne veut pas dire qu'il faut nous dépouiller, mais penser que nous avons tout reçu. Comme le dit St Paul : " Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? "
Nous pouvons faire notre cette prière de St Ignace : " Tout ce que j'ai et possède, Seigneur, tu me l'as donné. À toi je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ta volonté. Donne-moi seulement de t'aimer avec ta grâce. Ainsi je suis riche et ne demande rien de plus. "
C'est ce que nous pouvons demander au Seigneur dans cette eucharistie. Qu'il nous comble de sa grâce pour que nous puissions partager et donner notre vie comme cette veuve de l'évangile, à la suite de Jésus.



- Dimanche 1 novembre 2009 - Toussaint

Comme chaque année nous célébrons la Toussaint, i.e notre fête de famille.

Nous célébrons tous ces hommes et ses femmes qui, depuis le début de l'humanité ont vécu de l'amour de Dieu et participent maintenant pleinement à sa vie. C'est ce que nous proclamons chaque dimanche dans le symbole de la foi :
" Je crois à la communion de saints." Nous affirmons ainsi qu'il y a une solidarité entre tous les croyants, entre tous les hommes de bonne volonté. " Cette multitude d'élus que nul ne peut dénombrer " , comme nous le rappelait la lecture de l'Apocalypse forme cette grande famille, ce grand corps que nous pouvons appeler également " Corps du Christ ". J'aime bien ce montage photographique où l'on voit le visage de Jésus, constitué à partir de multitudes de visages d'hommes et de femmes. (Sur le livret de confirmation) C'est une belle image de cette communion des Saints qui a été rendue possible par la venue de Jésus.

En effet, lorsque nous parlons de Sainteté, nous parlons de séparation. Le mot Saint en hébreu veut dire " séparé ". Est saint, ce qu'on ne touche pas, ce qu'on ne peut approcher qu'à certaines conditions. En ce sens Dieu seul est Saint. Il est pour nous inaccessible, il est tellement au-delà que nous ne pouvons pas avoir de contact avec Lui. Rappelons-nous Moïse, qui a peur de s'approcher du buisson ardent.
" Les hommes ne peuvent voir Dieu sans mourir. "

Peu à peu Dieu va révéler aux hommes sa vraie nature. Certes il est bien le Tout-Autre, mais il est surtout " Amour, Amour infini " mais qui dit amour dit " partage " sinon l'amour se renie lui-même.

Dieu veut donc nous faire partager sa vie et cela non pas en se penchant de façon condescendante sur nous, mais en venant partager notre propre existence. C'est le sens de la venue de Jésus.

Nous pouvons désormais participer à la vie même de Dieu, à la sainteté de Dieu. Il n'y a plus de séparation. Dieu qui a pris notre humanité en Jésus fait entrer l'humanité dans la sphère du divin, ou, plus précisément, nous fait participer à sa sainteté. Nous sommes invités à devenir des saints. C'est d'ailleurs ainsi qu'étaient nommés les premiers chrétiens. Jésus nous donne " la feuille de route " pour parvenir à la sainteté.
C'est le sens du Sermon sur la montagne dans l'évangile de Matthieu, dont est extrait le texte de ce matin : " Les béatitudes ".

C'est la " Bonne Nouvelle ". Bienheureux les pauvres, les doux, ceux qui pleurent, les affamés de justice, ils seront " Saints ". Jésus ne vient pas sacraliser le malheur, la pauvreté, les larmes… mais Il vient nous rappeler qu'Il est à nos côtés lorsque nous avons besoin de Lui. Les 4 premières béatitudes désignent un état, les autres une action : faire œuvre de miséricorde, de droiture, de paix, de justice.
Il s'agit bien de tout faire pour que notre vie soit en conformité avec la volonté de Dieu sur nous. Attention cependant, il y a une volonté de perfection morale qui peut être pernicieuse, en ce sens qu'elle peut nous entraîner à être suffisant, comme le pharisien de l'évangile. " C'est moi le meilleur ! " En définitive, la première béatitude
" Bienheureux les pauvres ! " me semble être la base de toutes les autres : est pauvre, celui qui dans son esprit i.e au plus profond et au plus concret de son existence se tient devant Dieu comme celui qui attend tout de Lui et devant les autres comme celui qui est à leur service.
N'est-ce pas l'attitude même de Jésus ?

Demandons à tous ceux qui partagent pleinement cette vie de Dieu, de prier avec nous et pour nous ce matin, en nous unissant à l'eucharistie qui anticipe et est le signe de notre vie unie au Christ pour nous faire vivre de la vie même de Dieu.



- Dimanche 4 octobre 2009 - Pozuelo



"¡Lo que Dios ha unido que no lo separe el hombre!" Esta palabra clara de Jesús nos recuerda que la unión del matrimonio es tan fuerte que sólo la muerte puede poner en tela de juicio una unión sacramental.
Esta afirmación hiere de muerte la concepción liberal del matrimonio, que considera a éste como un contrato con fecha de vencimiento. El sentido común refleja esta intuición donde la unión conyugal auténtica es indestructible. Tenemos sólo que preguntar a los novios para darnos cuenta, salvo casos de no buena fe o de inconsciencia, que su deseo más ferviente es que esta unión sea para toda la vida. No podemos hacer oídos sordos a la palabra de Cristo que acabamos de escuchar, esta afirmación que se reitera cinco veces en el Nuevo Testamento y que es una de las palabras más originales de Jesús y que sin duda es una de las más auténticas.
"¡Lo que Dios ha unido que no lo separe el hombre!"
El matrimonio es la imagen más representativa de la relación del amor de Dios con su pueblo, con nosotros. Comprenderemos por tanto mejor, que si esta imagen es velada o disimulada, no podemos ostentar esta relación privilegiada con Dios y por tanto si lo hacemos cuestionamos el equilibrio de la creación. Lo que nos dice Jesús representa el ideal Cristiano y no se trata de juzgar a nadie. Quizás haya entre nosotros o entre vuestros allegados matrimonios que hayan fracasado.
No estamos aquí para juzgar a las personas que están comprometidas de buena fe. Pero es bueno recordar la importancia del compromiso y el testimonio que debemos trasladar a los jóvenes que nos ven vivir). Lo importante, para vosotros como Padres, para nosotros como educadores, profesores y sacerdotes, es ayudar a vuestros hijos a crecer según el corazón de Dios. Existe en francés la bella expresión de "élever ses enfants", en el sentido de educarles. Élever significa para mí ayudarles a no quedarse en la superficie de las cosas sino siempre elevar su mirada más alto, darles el sentido de la transcendencia.
Resulta importante ejercer vuestra autoridad con vuestros hijos, no por el placer de mandar, sino porque tener autoridad, es ofrecer al otro la posibilidad de ser autor de su propia vida. Tiene autoridad aquel que es capaz de ofrecerme la existencia. Es en la familia donde vuestros hijos deben de realizar el aprendizaje de la verdadera libertad. No mediante el libertinaje, sino mediante la libertad de una mujer o de un hombre verdaderamente libre. Hay que ofrecer a vuestros hijos una columna vertebral espiritual, para que puedan resistir la formidable presión de los medios de comunicación social que pesan y presionan sobre ellos. Debéis también enseñarles a ser autónomos y a edades muy tempranas.
El otro día presencié, aquí mismo, una escena conmovedora y dolorosa donde una niña pequeña, que no quería separarse de su madre para la escuela, lloraba. Esta sería una bella parábola de la educación y una situación que muchos de vosotros habéis experimentado. La madre no podía ceder a la pena de su hija y le hizo comprender que era por su bien y que debía dejarla. Este es el aprendizaje de la autonomía.
Al mismo tiempo, es importante enseñarles a adquirir compromisos y a mantenerlos, pese a que a veces cueste. De este modo, mediante estas pequeñas cosas, obtendrán la experiencia de la fidelidad. Enseñarles el sentido de la gratuidad y del servicio en un mundo donde todo se paga.
Despertarles al verdadero amor, mientras que nuestras calles, nuestros periódicos, nuestros programas de televisión están plagados (llenos) de imágenes que sugieren más el consumismo que el don de la persona en una relación de amor autentico. Creo que tenemos un programa bastante cargado. Pero el colegio está aquí para ayudaros. Una buena educación debe de ser el fruto de la colaboración estrecha entre padres y educadores, Dirección, profesores y sacerdotes. La Familia es la primera célula de la Iglesia. Me llena de gozo que muchos de vosotros oréis con vuestros hijos. Esto también forma parte de la educación cristiana. Sois los primeros evangelizadores de vuestros hijos. Es vuestra palabra, y sobre todo vuestro ejemplo, el que marcará profundamente toda su existencia.
Pidamos juntos al señor, ser permeables a la Gracia que nos da para ser fieles a nuestra vocación de padres y de educadores.




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Dimanche 27 septembre 2009 - 26ème DIMANCHE B

Une fois encore, nous constatons le décalage qu'il y a entre le message de Jésus et la compréhension qu'en ont les disciples.
L'épisode lu la semaine dernière mettait en scène les disciples qui se disputaient pour savoir qui était le plus grand et Jésus leur rappelait que dans le cœur de Dieu, celui qui est le premier, c'est celui qui est le serviteur. Aujourd'hui Jésus doit lutter contre une autre opposition des disciples. Celle-ci est exprimée par l'apôtre Jean, avec la fougue habituelle de celui que Jésus surnomma le " fils du tonnerre ". " Pourquoi n'empêches-tu pas quelqu'un de chasser les démons, i.e. de faire du bien, alors qu'il ne fait pas partie de notre groupe ? "
Comme pour Josué avec Moïse, Jean est jaloux de sa relation privilégié avec Jésus, qui lui donne le pouvoir de faire des miracles.
Il ne supporte pas que d'autres personnes, non assermentées, viennent faire de la concurrence. Jésus ne veut pas entrer dans son jeu. Le message qu'il délivre s'adresse à tous, sans exclusive.
L'essentiel est de faire la volonté de Dieu, même si on n'a pas le diplôme. " Celui qui n'est pas contre nous, est pour nous. " La réponse de Jésus est claire. Tout le monde peut agir en son nom, s'il s'agit de faire le bien. L'objectif de Jésus n'est pas de réunir un petit groupe de croyants, qui se tiendraient bien au chaud entre eux. Il n'est pas de faire une secte dont tous les autres seraient exclus. Son objectif est de réunir toutes les femmes et tous les hommes en vue du règne de Dieu. Cette tentation d'exclure les autres est toujours actuelle. Elle est une réaction naturelle, les autres sont souvent gênants car ils peuvent nous remettre en question. Il y a dans l'Église de nombreuses chapelles. Ce n'est pas nouveau, déjà dans les premiers siècles chrétiens, des croyants se réclamaient de Pierre, de Paul ou d'Apollos. Tout au long de l'histoire, se sont développés différentes écoles de spiritualité. Des ordres religieux, avec des charismes différents, se sont organisés. Franciscains, Dominicains, Jésuites etc… Les ordres et instituts religieux se sont multipliés au cours des siècles. (Vous connaissez sans doute cette boutade : même Dieu ne connait pas le nombre et le nom de tous les instituts religieux !) Encore aujourd'hui de nombreux courants de spiritualité voient le jour. Ce foisonnement, nous devons le vivre comme une richesse et non comme une concurrence qui nous ferait du tort. L'essentiel est de contribuer à faire le bien. Les critères de nos actions personnelles et celles des différents groupes de chrétiens, ne sont pas avant tout dans la profession de foi, surtout si celle-ci n'est pas vécue en vérité. Comme Jésus nous l'a rappelé : " Ce ne sont pas ceux qui disent " Seigneur, Seigneur ! " qui entreront dans le royaume, mais ceux qui font la volonté de mon Père. " Les critères de notre action nous sont donnés dans la parabole du jugement dernier : " J'avais faim et vous m'avez donné à manger… " Comme dit St Irénée " La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant. " Non seulement nous devons apprendre des autres chrétiens, mais nous devons apprendre de ceux qui ne font pas partie de l'église, car l'Esprit souffle ou Il veut. Et il n'est pas rare que des athées nous donnent des leçons d'hospitalité, d'altruisme, de bienfaisance ou de fraternité. Ne soyons pas jaloux de leurs bonnes actions, mais rendons grâce à Dieu de tout ce qui peut contribuer au bien de tous.
Le discours de Jésus, après avoir donné des conseils de prudence à ses disciples, se termine par un appel pressant à la bonne entente entre eux.
"Soyez en paix les uns avec les autres!" C'est la condition pour que les disciples du Christ, les chrétiens soient crédibles. Si nous donnons le spectacle de la désunion, il est peu probable que nous soyons entendus.
Demandons au Seigneur cette paix, sa Paix. C'est celle-ci que nous allons échanger dans quelques instants. Nous savons bien que notre désir de paix est fragile, appuyons-nous sur cette Paix du Christ, qui nous est donnée.


- Dimanche 20 septembre 2009

Paroles du recteur pour son installation.

Cette célébration est pour moi la confirmation d'un travail accompli avec vous et resserre un peu plus les liens avec cette communauté de St Louis.
Je veux tout d'abord remercier l'Archevêque de Clermont Mgr Hippolyte Simon. Il a accepté mon détachement à Madrid, malgré la rareté du clergé de son diocèse, c'est un signe fort du souci qu'il porte à l'Eglise universelle. Je remercie également le Père Pierre-Yves Pecqueux et le service de l'aumônerie des Français à l'étranger qui ont bien voulu me proposer comme recteur. Je remercie le Cardinal Rouco qui a confirmé cette nomination comme recteur de la paroisse personnelle de St Louis des Français.
Je remercie Don Pablo Suarez Dominguez, notre archiprêtre qui représente l'Eglise qui est à Madrid.
Agradezco al Cardenal Rouco por haber confirmado mi nombramiento como rector de la parroquia personal de Saint Louis des Français y agradezco a don Pablo Suarez Dominguez, nuestro arcipreste que representa la Iglesia que está en Madrid.
J'ai conscience de la triple tâche qui m'incombe :
Je devrai annoncer. Je ferai mon possible pour vous porter l'Evangile, par la parole, et vous savez que je n'ai pas naturellement le don de la parole et par ma vie, j'aurai donc beaucoup d'efforts à faire. Je souhaite que, comme le disait Grégoire le Grand, " les fidèles voient dans l'autorité de leur pasteur une raison de craindre et dans leur humilité un exemple à suivre. "
Je devrai célébrer. En premier lieu l'eucharistie avec la plus grande participation de tous, et accueillir ceux d'entre vous qui demandent le baptême, le pardon, le sacrement des malades ou qui désirent se préparer au mariage.
Je devrai rassembler. Mon souci sera de continuer à réaliser avec vous une communauté française et francophone toujours plus vivante, accueillante et ouverte sur l'extérieur.
Pour tout cela, je sais que la grâce du Seigneur ne me manquera pas, mais priez pour que je sache l'accueillir.
Pour terminer je reprendrai le conseil que donnait Philippe Auguste à ceux qui devaient choisir les prêtres en son absence alors qu'il partait pour la 3ème croisade : " Choisissez un prêtre qui plaise à Dieu et qui soit utile au royaume. " Ce conseil était intéressé, car il avait en vue la paix en son royaume terrestre. (Soit dit en passant et pour l'anecdote, c'est Philippe Auguste qui a arraché la terre d'Auvergne aux Plantagenêts pour la rattacher au domaine royal) (Il y a des rapprochements historiques amusants !) Mais ce conseil est tout à fait à propos aujourd'hui car il rend compte des deux fonctions que doit exercer le recteur de St Louis, à la fois le soin de la paroisse et le souci de faire vivre dans la plus grande cohérence le petit royaume qu'est l'œuvre de St Louis (OSL) avec la Résidence pour les personnes âgées et le Collège St Louis à Pozuelo.
Ojalà ! " Que je sois un recteur qui plaise à Dieu et qui soit utile à son royaume "

Jean-Jacques Veychard



- Dimanche 06 septembre 2009


Homélie 23ème Dimanche de l'année B

Les deux évangiles d'aujourd'hui et de dimanche dernier souffle le chaud et le froid. L'épisode de dimanche dernier nous relatait une controverse entre Jésus et des représentants de la légitimité religieuse du peuple juif et aujourd'hui c'est en territoire païen que Jésus reçoit les manifestations d'admiration du peuple : " Tout ce qu'il fait est admirable. "
Revenons sur ce miracle assez atypique. On présente à Jésus un sourd-muet pour qu'il lui impose les mains. Jésus accueille ce sourd-muet mais dans un geste inédit l'emmène à l'écart de la foule. Ensuite il ne va pas lui imposer les mains mais utiliser le rituel des guérisseurs de son époque il touche les oreilles de l'infirme et met de sa salive sur sa langue, puisque la salive avait des propriétés curatives. Ce miracle nous paraît très laborieux au regard de la plupart des autres miracles que Jésus accomplit, comme pour nous signifier que entendre et parler sont des infirmités plus difficiles à guérir. Dans le même mouvement Jésus soupire et lève les yeux au ciel, car ce qu'il va accomplir ne peut venir que de Dieu. Son soupir est un appel à la propre puissance de Dieu, qui seul peut d'une certaine manière recréer ce qui a été abîmé. C'est bien à une recréation que nous assistons, comme nous voyons Dieu créer l'homme dans le second récit de la genèse prendre de la terre et modeler un être dans lequel il va insuffler son Esprit. Jésus prononce une parole en araméen : " Effata ! " pour accompagner son geste. Comme pour mieux souligner cette recréation tant il est vrai que l'homme commence à entendre et parler dans sa langue maternelle. " Ouvre-toi ", tu n'es plus enfermé dans la solitude de ta surdité, tu peux maintenant proclamer les merveilles que Dieu fait pour toi. Et l'homme guéri ne s'en prive pas malgré l'interdiction de Jésus. Il ne peut pas se taire tellement il a le cœur plein de reconnaissance.
C'est le miracle permanent que l'Esprit de Jésus continue à faire pour nous tous.
" Ouvre-toi ! " à la profondeur des êtres par delà les apparences.
Nous qui sommes réunis ce matin, nous ne sommes pas une juxtaposition d'individus, mais nous devons nous regarder et nous écouter comme des personnes réunies dans la communion d'une même foi et d'une même charité.
" Ouvre-toi ! " à la vérité en fuyant les illusions d'une vie factice et étant attentifs aux signes qui parlent d'un au-delà du monde visible. Ne nous laissons pas étourdir par le vacarme du monde, mais prenons le temps de nous laisser conduire à l'écart par Jésus pour être recréer nous aussi.
" Ouvre-toi ! " à toute parole qui proclamée, ou secrète revêt l'accent du langage de Dieu. Fuyons les bavardages inutiles, qui risquent d'être des langages de sourds et rendons-nous perméables à toute parole intérieure ou au silence qui nous prépare à la parole vraie et à la réponse juste et sobre.
" Ouvre-toi ! " aux beautés de la création qui nous parlent de Dieu.
Nous rentrons de vacances, et j'espère que nous avons tous pu admirer des paysages merveilleux et profiter de cette nature pour nous refaire une santé physique et spirituelle. Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette terre, qui nous est confiée, demeure un signe de l'amour de Dieu et soit au service de tous.

" Ouvre-toi ! " pour que tu saches reconnaître dans ce petit morceau de pain que nous allons partager, le Christ présent qui vient à notre rencontre et qui veut nous faire partager sa vie.



- Dimanche 30 août 2009

HOMÉLIE 22ème dimanche de l'année B

Nous retrouvons ce dimanche la lecture de l'Évangile de Marc qui va nous accompagner pratiquement jusqu'à la fin de l'année liturgique. Nous retrouvons Jésus en butte aux chicaneries de pharisiens et de scribes qui veulent une fois de plus le mettre en difficulté. Ils reprochent à des disciples de prendre leur repas sans se laver les mains. Nous pouvons comprendre qu'il est assez normal de se laver les mains, par mesure d´hygiène, surtout en ces temps de pandémie où on nous conseille de ne plus serrer la main pour se saluer ! La réaction de Jésus peut paraître disproportionnée qui les traite d'hypocrites, mais Il sait bien que leur indignation a surtout pour but de la mettre en difficulté. Jésus ne condamne pas tous les pharisiens et nous savons qu'Il a compté parmi eux de véritables amis, comme Lazare, Marthe et Marie par exemple, mais Il traite avec beaucoup de dureté ceux qui veulent donner des leçons et imposer aux autres leurs propres pratiques qui leur viennent de leurs traditions en les faisant passer pour la volonté de Dieu. Il n'y a rien à redire lorsque les pharisiens pratiquent pour eux-mêmes et avec rigueur des rites, d'autant que c'était aussi un moyen de préserver leur identité dans un pays occupé. Mais ils vont trop loin lorsqu'ils veulent imposer leurs propres règles et exclure tous ceux qui ne les observent pas. Ils vont trop loin lorsqu'ils refusent tout contact avec les païens, en prétendant que ce contact les rendrait impurs et donc inaptes à vivre dignement et surtout les éloignerait de Dieu en leur interdisant de lui rendre un culte. Ce fut un des grands problèmes rencontrées par les premières communautés chrétiennes qui n'étaient pas issues du judaïsme et ce sera un des grands combats de St Paul de faire admettre comme chrétiens des hommes et des femmes qui ne n'ont pas des coutumes juives. Ce que Jésus reproche à ces pharisiens c'est de confondre le commandement de Dieu avec leurs coutumes. Au commandement de Dieu donné par Moïse, Jésus oppose la parole des pharisiens. Par leur système de valeurs les pharisiens annulent le don reçu de Dieu au profit de l'idéologie et de leurs préceptes purement humains.
Ce risque n'est pas exclu pour nous-mêmes et je pense que c'est une pente naturelle de l'esprit humain de prendre nos pratiques chrétiennes pour des fins alors qu'elles ne sont que des moyens pour nous rapprocher de Dieu. Un signe de Croix, une prière, un bénédicité, v.g. peuvent être vécues comme des rites vides ou au contraire correspondre à une mise en présence du Seigneur. La fonction des rites est de nous rappeler cette présence du Seigneur à travers tous nos gestes de la vie quotidienne. Comme nous ne sommes pas de purs esprits, il est important que nous ayons des rites, des gestes du corps qui expriment ce que nous avons dans le cœur. Mais il s'agit bien que le cœur soit accordé à ces rites ou ces pratiques. C'est ce que Jésus veut nous dire à travers ses réactions contre les pharisiens.
Il ne faudrait pas qu'au nom de nos propres pratiques religieuses nous condamnions ceux qui ne vivent pas comme nous. Il importa avant tout de nous interroger sur notre propre fidélité, sur notre droiture d'intention.
Un moine russe nous donne un sage conseil à travers un exercice que nous pouvons tous faire : " Nous voyons que les gens font usage de miroirs dans leurs appartements. Chrétien, que l'Évangile et la vie immaculée du Christ te soient ce que le miroir est aux gens du monde. Ils regardent le miroir et corrigent les défauts de leur corps, les défauts de leur visage. Faisons de même … Plaçons devant les yeux de notre esprit ce miroir si pur et regardons-le : notre vie est-elle conforme à la vie du Christ ? Elle doit l'être à tout prix. "
L'Esprit du Christ que nous recevons dans sa Parole et dans son Pain
nous aidera à purifier nos intentions et à éclairer nos propres pratiques si nous sommes assez dociles à cet Esprit et si nous nous efforçons de bien nous rapprocher du cœur de Dieu.




- Dimanche 23 août 2009

HOMÉLIE 21ème Dimanche de l'année B

Depuis 5 dimanches maintenant nous avons interrompu la lecture de l'Évangile de Marc pour le chapitre 6 de St Jean, consacré à l'eucharistie. L'épisode commence avec la multiplication des pains,
geste de bonté accompli par Jésus qui a pitié de la foule qui l'a suivie pour écouter sa Parole. Geste de bonté, mais surtout Signe que Jésus veut donner, comme il l'a fait depuis le début de son ministère avec le miracle de Cana, Signe qui veut amener ses auditeurs à aller au-delà des apparences pour qu'ils comprennent le sens de son véritable message. Jésus n'est pas un faiseur de miracles, comme il peut en exister dans le pays. Il est venu pour nous faire découvrir le vrai visage de Dieu, bien différent de ce que les hommes ont imaginé depuis le début de la civilisation. Ce Dieu, son Père, que Jésus nous révèle est un Dieu qui se veut proche de nous, dont l'autre nom est " l'Amour ", attention, non pas n'importe quel amour, car ce mot a pris des sens très différents jusqu'à la trivialité, l'Amour de Dieu est synonyme de Don. Voilà ce que Jésus non seulement nous révèle par sa Parole, mais nous le confirme par le Don de sa vie pour nous. Il ne garde rien pour Lui, Jésus est don jusqu'à l'extrême, et cela va le conduire à la Croix, tellement le don va à l'encontre de l'habitude des hommes.
Les foules qui avaient été séduites par son discours et surtout sans doute pour avoir manger à satiété, ont suivi Jésus et plusieurs même l'ont suivi pour devenir ses disciples. C'est alors que Jésus va leur tenir des propos tellement nouveaux pour leur faire comprendre le signe qu'il vient de faire qu'ils refusent son message. Il est vrai que ses paroles peuvent paraître choquantes " Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'Homme, si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ! " Si nous en restons à la littéralité de ses paroles, nous pouvons en effet refuser ce message, nous ne sommes pas des cannibales, mais nous pouvons comprendre ces paroles de Jésus. Ce qu'Il nous propose c'est de se donner en nourriture, non pas cette nourriture périssable comme celle qu'ont mangée les auditeurs présents à la multiplication des pains, mais une nourriture impérissable, sa propre Parole et la participation à sa vie même qu'Il va nous laisser dans le sacrement de l'Eucharistie. Ce que Jésus propose à ses disciples, c'est un choix décisif, comme le choix que Josué propose à Israël (comme nous l'avons entendu dans la première lecture) pour ou contre sa Parole, en définitive pour ou contre Lui.
Les disciples refusent de croire que Jésus peut nous conduire à la vraie vie. Ils restent sur leur faim, si l'on peut dire, sur leur faim matérielle, en refusant de s´élever à une réflexion plus haute et surtout en refusant le message d'Amour de Jésus, car ils doivent comprendre que cela les mènerait trop loin.
Jésus est et reste encore aujourd'hui un signe de contradiction et de scandale. Pour les uns il n'est qu'un homme comme tout le monde, le fils de Joseph. Pour d'autres il est reconnu comme le Fils de Dieu.
Et Jésus ne veut pas s'imposer, il pose même la question à ses Apôtres : " Voulez-vous partir vous aussi ? " Son message s'adresse à des hommes libres. L'Amour ne s'impose pas, sinon il se renie lui-même.
C'est Pierre qui va répondre au nom des Apôtres " A qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les Paroles de la vie éternelle. "
C'est un attachement indéfectible à la personne du Christ que Pierre vient de proclamer. St Augustin fait un commentaire de ce texte. " Tu as les paroles de la vie éternelle. " Tu possèdes en effet la vie éternelle que tu communiques avec ton corps et avec ton sang. " Et nous avons cru et nous avons connu. " Non pas : nous avons connu et nous avons cru, mais : Nous avons cru et nous avons connu. Nous avons cru en effet afin de connaître, car si nous voulions connaître d'abord et croire ensuite, nous ne pourrions ni connaître, ni croire. "
C'est l'Esprit qui fait vivre, c'est cet Esprit qui nous donne de Croire, si nous sommes assez accueillants à la Parole de Jésus. L'Eucharistie ne peut se comprendre en dehors de la Foi. Il ne s'agit pas avant tout d'expliquer comment le pain se transforme en corps du Christ, cela reste un mystère, par contre croyons en la Parole de Jésus, laissons son Esprit venir en nous.
Le Christ ressuscité se rend réellement présent à nous par l'action mystérieuse de l'Esprit Saint, soit en écoutant sa Parole, soit en partageant son Pain.
C'est ce que nous faisons chaque dimanche (ou chaque fois que nous participons à la Messe) nous recevons le Christ dans sa Parole et les lectures que nous écoutons et dans son Pain que nous partageons dans la communion. Redisons donc notre Foi, en Celui qui nous donne la vie, en faisant nôtres les paroles de Pierre : " A qui irions Seigneur ? "

Père Jean-Jacques Veychard


- Dimanche 5 juillet 2009.

Jésus, selon la coutume juive, assiste à la liturgie de la synagogue le samedi, avec ses disciples. Après les lectures bibliques, Jésus debout, sans doute, comme habituellement dans ces assemblées, commente les textes qui viennent d'être lus. Ses commentaires sont d'une telle sagesse, d'une telle profondeur, d'une telle nouveauté, par rapport aux explications qui peut-être étaient souvent moins spirituelles, qu'ils suscitent l'admiration chez les fidèles de la synagogue. « D'où cela lui vient-il? Quelle est cette sagesse qui lui a été donné, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains? » Cette première réaction d'étonnement est un réflexe qui sonne juste : l'enseignement de Jésus devait trancher sur celui que les fidèles recevaient habituellement. Cela se vérifie à longueur de récits évangéliques. Ce n'est pas la première fois que Jésus fait l'admiration des fidèles dans les synagogues.

Mais cette première réaction est vite suivie d'une interrogation malveillante. « N'est-il pas le fils du charpentier, le fils de Marie? » Très vite ils cherchent à Le discréditer. Ils se demandent alors en quoi Jésus est différent des autres, de quel droit Il parle avec autorité, ce qui peut justifier cet enseignement nouveau, de la part de Celui qui n'est pas un maître reconnu, qui n'est qu'un simple citoyen comme les autres, fils de charpentier, fils d'une femme ordinaire. La prétention de Jésus produit le scandale. Les auditeurs refoulent l'appel à reconnaître en Lui, un autre que l'image qu'ils en ont. Jésus s'étonne de l'incrédulité et de l'absence de foi de ses compatriotes. Ceux qui auraient du être les appuis naturels de Jésus, deviennent au contraire des obstacles sur sa route. Il Lui est alors impossible de manifester l'action de Dieu : « Il ne pouvait accomplir aucun miracle. » En effet, hors d'un contexte de foi, un miracle serait privé de toute signification. A partir de ce jour, Jésus ne prêchera plus dans les synagogues. Une fois de plus, les juifs ne comprennent pas que Dieu se découvre dans la simplicité, dans l'humilité, dans la faiblesse.

C'est ce que toute la Bible ne cesse de nous dire. Les hommes sont toujours tentés par le triomphalisme, il faut que tout brille. Et pourtant Dieu ne cesse de contrecarrer leurs projets. C'est David, le plus petit de ses frères, qui est choisi pour être le roi. C'est Marie, une jeune fille simple, qui est choisie pour être la mère de Jésus. C'est St Pierre, un humble pécheur de Galilée, qui est choisi pour être à la tête de l'Église ; c'est St Paul, ce persécuteur des chrétiens, qui va être choisi pour porter au monde la Bonne Nouvelle. C'est celui-ci qui reconnaît qu'il doit tout au Seigneur. Et à la prière qu'il fait pour que le Seigneur écarte de lui les faiblesses dont il souffre, Jésus répond : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans ta faiblesse. »

C'est le paradoxe de l'Évangile. Est fort celui qui met toute sa foi, sa confiance dans le Seigneur. Celui qui est suffisant ne laisse plus de place à la grâce de Dieu.

Un des amis de Jean XXIII reçut de lui cette confidence au sujet du Concile. « Tu sais, lui dit-il, ce n'est pas si vrai que ça, que l'Esprit Saint assiste le pape. » « Comment dites-vous, Saint Père », s'est étonné cet ami. « Ce n'est pas l'esprit Saint qui assiste le pape, répondit le pape. C'est moi qui suis simplement son assistant. Parce que c'est Lui qui fait tout. Le Concile est une de ses idées. »

Cette anecdote rend bien compte de la simplicité de Jean XXIII. Il faudrait relire ce livre du Père Varillon qui s'appelle « L'humilité de Dieu.», c'est une très belle méditation sur le Dieu des chrétiens. Dieu accepte l'échec, parce qu'Il veut s'adresser à des hommes libres. Il ne veut pas nous contraindre, Il invite et, comme un pauvre, Il attend une réponse. Dieu, aujourd'hui comme hier, fait le choix de ceux qui Lui ressemblent, les humbles et les faibles.

Ne rêvons pas du retour d'une Église triomphaliste! Il n'y a rien de plus pauvre, de plus humble que ce petit morceau de pain que nous allons partage. C'est pourtant le signe que Jésus a choisi pour se manifester jusqu'à son retour. C'est dans ce petit morceau de pain que le Seigneur nous donne sa force, c'est ainsi qu'Il nous donne à partager son Amour.

Ensemble, demandons au Seigneur qu'Il purifie notre regard, pour que nous sachions Le reconnaître, au delà des apparences, dans ce pain que nous allons recevoir, mais aussi dans les hommes et les femmes que nous côtoyons.



Père Jean-Jacques Veychard



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