PAROISSE SAINT LOUIS DES FRANCAIS MADRID


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Homelies du 5/7/2010 au 11/6/2011

Homélies

Homélie Samedi 11 juin 2011


Que Dieu achève en vous ce qu'il a commencé !

Paroles prononcées à chaque ordination et pour toi cher Francis, en latin, par le Cardinal Tisserand en 1961, un an avant le début du Concile Vatican II, au moment où dans la célébration l'évêque achève la partie propre de l'ordination sacerdotale.
50 ans plus tard, ces mêmes paroles sont toujours à l'œuvre en vous, cher Francis, cher Michel. Elles sont porteuses d'une longue vie donnée à la suite du Christ dans les méandres d'une histoire de l'Eglise passionnante, parfois tourmentée, quelquefois douloureuse que vous avez partagée, qui nécessite toujours de se rappeler la mission qui nous a été confiée au diaconat, celle de l'annonce de la Parole de Dieu : "Recevez l'Evangile du Christ que vous avez la mission d'annoncer. Soyez attentifs à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné". Un vrai programme toujours d'actualité pour toute vie pastorale.

Benoit XVI ne nous dit pas autre chose dans l'Exhortation Apostolique du 30 septembre 2010 Verbum Domini. Sa démarche est un véritable guide pour toute vie de prêtre dans une vérification de notre enracinement dans la Parole de Dieu pour nous, Parole de Dieu pour l'Eglise, Parole de Dieu pour le monde, particulièrement dans une mission qui est confiée aux aînés, celle de la prière pour tous ceux qui se confient à vous.
C'est cette même Parole que nous recevons ce soir. Jésus vous dit et dit à chacun de nous : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive ! "
" Celui qui met sa foi en moi, dit l'écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein ". Ces fleuves d'eau vive, c'est l'Esprit Saint qui est le souffle de notre vie ! La Pentecôte est une fête quotidienne car sans l'Esprit Saint il nous est impossible d'être chrétien et encore moins d'être prêtre ! Car, qui sommes nous, sans l'Esprit Saint ! Votre Jubilé est la manifestation que l'Esprit Saint est toujours à l'œuvre dans vos vies. Mystère d'une grâce qui nous dépasse. Une vie de prêtre est toujours un mystère : appelé à donner la vie de Dieu, à être instrument de l'Eucharistie, du pardon et de l'unité, nous savons bien nos limites et sans l'Esprit Saint, nous sommes dans une mission impossible. Il nous faut toujours demander la grâce de comprendre ce don et de croire en ce mystère de l'Amour infini de Dieu pour les hommes, dans le ministère des prêtres que le Christ donne à son Eglise.
Dans la célébration des sacrements, à l'ordination, le geste de l'imposition des mains est surprenant, signe visible du don de Dieu. C'est le seul sacrement où le geste est silencieux, comme si nos pauvres mots ne pouvaient contenir toute la richesse du sacrement. Oui, dans l'ordination, le geste prend la Parole par la force de l'Esprit et l'imposition des mains. Il fait de nous des prêtres pour la vie ! Quel mystère qui nous dépasse !

Tout comme nous dépasse l'Ecriture. Reprenons notre Evangile " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive ! En disant cela, Jésus parle de l'Esprit Saint, l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Jésus". Il dit cela au sujet de l'Esprit qu'allaient recevoir ceux qui mettraient leur foi en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, puisque Jésus n'avait pas encore été glorifié. Au cœur de chacun de nous sommeille un cri. Combien de personnes désirent, de manière souvent confuse, une humanité nouvelle, une paix du cœur et une foi renouvelée. Tant de déceptions se vivent dans le monde. Secrètement, l'humanité crie vers Dieu et rejoint le cri de Jésus. " La création tout entière crie sa souffrance ". C'est cri de l'humanité qui cherche Dieu, qui cherche un Sauveur, qui porte cette aspiration sans la connaître encore parfaitement. " Frères, dit l'Apôtre Paul, nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore ". Combien de rencontres et de confidences dans une vie de prêtres nous font rencontrer cette recherche des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Dans la délicatesse, l'écoute, le conseil, la prière, la vie du prêtre se tisse dans le don du Christ aux hommes.
Nous-mêmes, dit l'apôtre, nous crions notre souffrance. Notre souffrance de croyants rejoint la souffrance de l'humanité. Et dans la foi nous disons : " Viens Seigneur Jésus ". Prêtres à la manière des apôtres et à l'écoute du cri de l'humanité, qui est de plus en plus en " attente de Dieu. Nous aspirons de toutes nos forces au don de Dieu ". " Des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur " dit Jésus. Etre prêtres selon le cœur de Dieu, voilà ce qu'attendent les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Le Père des pauvres entend le cri de l'enfant au désert, Il lui donne son Esprit Saint. Il répond au cri par sa présence. " Je répandrai mon Esprit sur toute créature ". Le monde entier sera alors rempli de la gloire de Dieu, de son Amour infini. L'Esprit travaille d'un bout du monde à l'autre. " Vos fils et vos filles deviendront prophètes ". C'est cet Esprit de Dieu qu'il nous faut révéler à temps et à contretemps et qui est au cœur de notre ministère.

En fêtant votre Jubilé, cher Francis, cher Michel, nous voulons rendre grâce pour ces 50 années de ministère et nous demandons pour nous-mêmes la grâce d'être renouvelés en cette veille de la Pentecôte. Que nous comprenions combien nous avons besoin de l'Esprit Saint pour vivre en enfants bien aimés du Père. En fêtant votre jubilé d'or, ici à Saint Louis des Français dans ce diocèse de Madrid qui vous a si bien accueilli il y a 26 ans, nous voulons exprimer un large merci à l'Eglise qui est à Madrid et à tous ceux, vivants ou auprès du Père, qui ont fait cette communauté et l'œuvre de Saint Louis depuis bientôt 400 ans.
Mais nous exprimons aussi une prière forte pour que se lèvent de nouvelles vocations pour suivre le Christ joyeusement, librement pour le service de l'Eglise et du monde. Cher Francis, Cher Michel, nos vœux vous accompagnent, ad multos annos ! Que Dieu achève en vous ce qu'il a commencé ! Et comme nous le diront les actes des Apôtres en cette Fête de Pentecôte : " les disciples furent remplis de l'Esprit Saint et ils allaient proclamer les merveilles de Dieu " (Ac 2, 4 et 11).
Michel, Francis, Bonne Route à vous ! Amen ! Alléluia !


Pére Pierre Yves Pecqueux


6ème DIMANCHE DE PÂQUES A


« Celui qui m’aime sera aimé de mon Père.»

Pour atteindre le cœur de Dieu, le meilleur chemin est donc Jésus. Il s’est d’ailleurs défini lui-même comme le chemin. Il s’agit de se mettre en chemin avec Lui, de le suivre. Ce qu’on appelle la «Sequela Christi», ou se mettre à la suite de Jésus, est le principe fondateur, ou le principe suprême de rénovation de la vie religieuse, comme l’a redéfini le Concile Vatican II. C’est ce qu’on fait les premiers apôtres en répondant à l’appel de Jésus «Viens suis-moi!». C’est ce qu’a fait la cohorte des Chrétiens, en prenant souvent des chemins de traverse, depuis le début du christianisme. C’est ce que nous sommes appelés à faire depuis notre baptême.

Celui-ci nous a fait entrer, par l’intermédiaire du Christ, dans ce puissant courant d’amour qui l’unit à son Père. Ce courant d’amour qui est si fort, qu’il devient une personne au sein de la Trinité.
Le passage de l’évangile de Jean que je viens de lire, se situe avant la passion. Jésus explicite le message qu’il a donné à ses apôtres au cours de ses longs discours d’adieu. Il prépare ses apôtres au choc que va être pour eux sa mort sur la croix. Il annonce sa proche disparition avec des accents de grande tendresse. «Je ne vous laisserai pas orphelins.» «Je prierai mon Père pour qu’il vous envoie un autre défenseur qui sera toujours avec vous.»

Le rôle du défenseur n’est pas de nous accompagner dans un procès que pourrait nous intenter Dieu, comme le jugement final, mais de nous défendre du monde. Les premiers chrétiens auront très vite l’occasion de bénéficier de ce défenseur devant les persécutions qu’ils vont subir. «Ne vous inquiétez pas de ce que vous allez répondre à vos détracteurs, l’Esprit vous inspirera.»

Ce défenseur, c’est son Esprit qu’il nous donne. C’est cet Esprit qui peut nous permettre de suivre Jésus, i.e. de continuer à
diffuser son message en parole et en acte. Ce message c’est d’aimer. Mais aimer comment ? Ce verbe a tellement de signification qu’il est devenu banal. Jésus précise donc,«
aimez vous comme je vous aime.» Cet amour n’est donc pas qu’un vague sentiment. Ce n’est pas un élan sentimental envers une belle image qui ne serait que la projection de nos rêves. C’est un amour en acte. "Tout l’évangile a montré la vie nouvelle inaugurée par Jésus", nous dit Gérard Bessière. " il faut naître à nouveau, ouvrir les yeux, boire une eau jaillissante, manger le pain de vie, laisser Jésus nous laver les pieds et nous faire serviteurs à notre tour." C’est une nouvelle existence qui s’ouvre, avec Jésus et qui nous mène à Dieu.

On annonce ces jours-ci un documentaire, sur Mère Teresa et les Missionnaires de la charité intitulé «
Aimez et servir Dieu jusqu’où?» Question sans réponse, ou plutôt la seule réponse est celle que nous a donné Jésus, «aimez jusqu’au bout de l’amour.», jusqu’au don total. Nous savons, par expérience, que nous sommes souvent loin d’aller jusque là, du moins pour moi, je ne sais pas pour vous. Nous nous arrêtons facilement en chemin pour nous reposer ou nous laisser distraire par tellement de sollicitations. Nous prenons des chemins plus faciles.

Demandons à l’Esprit de nous éclairer sur les meilleurs chemins à prendre pour suivre Jésus, demandons-lui de nous donner la force de les suivre lorsque nous les avons reconnu, demandons-lui la grâce de pouvoir toujours «rendre compte de l’espérance qui est en nous» comme nous le rappelle Saint Paul.

Cette espérance qui ne doit jamais nous manquer, même quand la route est obscure, que nous ne voyions plus le chemin. Cette espérance prend sa source dans le matin de Pâques que nous continuons à vivre dans chaque eucharistie.



Homélie 3ème Dimanche de Carême A


Le carême est un temps baptismal, c’est au cours de ce temps qu’on prépare les adultes au baptême, et pour cela on les instruit à partir de trois grands récits de l’Évangilela Samaritaine, l’Aveugle-né et la résurrection de Lazare. Nous quittons donc pour ces trois prochains dimanche de carême la lecture de l’Évangile de St Matthieu, pour celui de St Jean.

Jésus vient de célébrer sa première Pâque à Jérusalem depuis qu’il a commencé son ministère public. Il en célébrera deux autres avant sa propre Pâque. Il revient de Jérusalem pour rejoindre la Galilée et nous dit St Jean « Il fallait » qu’il traverse la Samarie. Il y avait d’autres chemins, mais il décide de passer par la Samarie, car il veut donner un autre signe important à ses apôtres, après celui de Cana. Signe qui doit les amener peu à peu à découvrir sa véritable identité, et, partant, le vrai visage de Dieu, son Père.

Il s’arrête donc en chemin, car il a soif, auprès du puits de Jacob. Ce puits n’est pas innocent. Dans la Bible, c’est autour du puits que vont se décider les alliances, les mariages des grandes figures de l’A.T.Abraham, Jacob et Moïse, en autres.
Nous retrouvons bien, comme dans tous les récits évangéliques, ces entrecroisements de thèmes qui enrichissent notre réflexion et qui nous rappelle qu’
on ne peut pas isoler un passage de la Bible sans tenir compte de toutes les références auquel il nous renvoie. C’est la clé d’une bonne interprétation.

Que peut nous révéler du visage de Dieu ce récit de la Samaritaine. On pourrait, ce matin en retenir trois aspects.
Tout d’abord,
c’est Dieu qui se révèle à nous. La foi chrétienne n’arrive pas au bout d’un raisonnement, mais elle est une révélation, un don de Dieu. « Si tu savais le don de Dieu ! » . La foi est le résultat d’une rencontre personnelle avec le Christ. La foi est un don, ou plutôt c’est Dieu qui se communique lui-même. C’est lui qui nous fait participer à la vie mystérieuse de la Trinité, à sa paternité, à la fraternité avec Jésus et à l’amour qui les unit dans l’Esprit.

Un deuxième aspect : Jésus demande, non pas tant pour recevoir que pour donner, que pour se donner. « Il demande à boire, et il promet à boire, nous dit St Augustin. Il est dans le besoin, comme celui qui va recevoir, et il est dans l’abondance, comme celui qui va nous combler.»
Jésus nous demande un engagement. Une rencontre avec lui, ne peut pas nous laisser indifférent. Cette rencontre nous transforme, comme elle a transformé la vie de la Samaritaine.

Enfin Jésus nous révèle que c’est lui-même le temple véritable. « L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… l’Heure est là où les vrais adorateurs adoreront le Père en Eprit et vérité.»
Nous voyons aujourd’hui beaucoup d’hommes et de femmes qui ont soif de spiritualité et vont essayer de l’assouvir dans des pratiques religieuses ésotériques, des nouvelles religions, pensons au New-âge v.g. Le désir de l’homme le pousse sans cesse à trouver un sens et Jésus vient pour nous le donner en nous envoyant son Esprit. L’adoration n’est authentique que si elle est produite par l’Esprit qui nous dit la vérité du Christ. C’est à cette présence de l’Esprit que nous devons ouvrir notre cœur et notre intelligence.

Pour revenir au thème du mariage autour du puits, c’est bien à cela que Jésus veut nous conduire. Non pas un mariage entre un homme et une femme, mais une alliance qu’il vient sceller avec nous. Il propose cette alliance à tout homme, quel qu’il soit. Nous voyons qu’il la propose en Samarie, un pays païen, à l’incompréhension de ses apôtres. Cela pour nous rappeler que Tous sont appelés au salut.
Il nous reste à être toujours ouvert pour recevoir son Esprit et nous laisser transformer par lui.


Homélie 9ème Dimanche A


« Les commandements que je vous donne, mettez les dans votre cœur, dans votre âme. Attachez-les à votre poignet comme un signe, fixez-les comme une marque sur votre front ».

Les Juifs pieux ont appliqué à la lettre cette invitation de Moïse.
Ils portent encore sur leur front et sur le bras gauche, au niveau du cœur des phylactères, petits étuis sur lesquels sont inscrites ces paroles. Il paraît que l’on en met aussi au-dessus des portes, dans ce cas là ce sont des «mezouzas», qui sont installés également aux portes de la vieille ville de Jérusalem et à l’accueil de l’aéroport de Tel-Aviv.

Belle coutume, si elle ne reste pas un simple décor ou habitude, mais demeure véritablement le signe que la Parole de Dieu est inscrite dans le cœur.

Durant plusieurs dimanches, nous avons écouté la première prédication de Jésus, au début de son ministère. Cette série d’entretiens réunis dans la Bible sous le titre de Sermon sur la Montagne, est organisé en fait autour du Notre Père.
Ce sermon débute avec la proclamation des Béatitudes, qui nous balisent la route du vrai bonheur annoncé par Jésus. Matthieu écrit pour des Juifs convertis et il semble qu’il y ait eu dans ces milieux un climat d’effervescence, dans lequel les prophéties, les exorcismes et les miracles étaient un peu trop facilement exécutés au nom de Dieu, sans que cela corresponde à une véritable dévotion intérieure. Et Jésus a des mots très durs pour ces derniers«ne vous ai jamais connu. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal»

Autrement dit,
il ne faut pas s’attribuer à soi-même, ce que l’on peut faire de la part de Dieu.

Ce que Jésus ne cesse de répéter, c’est qu’il est venu «la Volonté de son Père» et il nous invite à faire de même. C’est ce que nous disons chaque fois que nous récitons le Notre Père, du moins c’est le souhait que nous exprimons en disant «ta volonté soit faite.» Si nous en exprimons le souhait, c’est que nous voulons que cela arrive réellement dans notre vie. Faire la volonté du Père, ou mettre en pratique les commandements, c’est la même chose. Une phrase de Péguy, qui a l’art des formules, rend bien compte de cette prière qui n’aurait pas d’implication dans notre pratique quotidienne «pour avoir la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je dis que c’est mal élevé»

Jésus prend ensuite une comparaison pour se faire comprendre.
Celui qui écoute la Parole de Dieu et la met en pratique est comparable à un homme qui bâtit sa maison sur le roc.
Il y a un rapport entre la Parole de Dieu et construire. On fait de la Parole de Dieu le roc sur lequel on peut édifier sa vie. C’est d’ailleurs un texte d’Évangile qui est proposé comme lecture pour les célébrations de mariage. Bâtir sur le roc, c’est mettre la Parole de Dieu au centre de notre vie, á la base de nos choix. Nous pouvons aller encore un peu plus loin et dire que le fait de mettre en pratique la Parole de Dieu fait de nous des femmes et des hommes solides, des rocs. L’image de la solidité de la maison nous renvoie à notre propre solidité, car c’est la force même de Dieu qui nous anime si nous mettons sa Parole au cœur de notre cœur.

On oppose souvent la pratique de la religion et la foi. On entend régulièrement «suis croyant, mais pas pratiquant» Nous ne pouvons pas sonder le cœur des autres pour jauger leur niveau de foi.
En fait le «pratiquant», c’est bien sûr celui qui assiste aux offices religieux, mais ne vaudrait-il pas mieux dire que le «pratiquant» c’est celui qui fait la volonté de Dieu.

L’assistance à la messe, la prière n’ont de sens que s’elles nous conduisent à agir « à à mettre en pratique,» l’enseignement du Christ, la Parole de Dieu.

Soyons donc des «bien élevés» selon le mot de Péguy. Que notre prière et notre participation à la Parole et au Corps du Christ nous rendent plus forts pour travailler à son œuvre.



Homélie 8ème Dimanche A


« Seigneur, que les évènements du monde se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude.»

Je ne sais pas si vous avez été attentifs à cette prière proclamée au début de la messe, mais elle me semble bien adaptée à la Parole que nous venons d’entendre.

Jésus nous demande de ne pas nous inquiéter pour notre vie, notre nourriture, nos vêtements. Mais, comment ne pas s’inquiéter devant les bouleversements du monde, particulièrement dans des pays qui nous touchent de prèsComment ne pas s’inquiéter pour l’avenir lorsque toute la famille est au chômage.

Comment ne pas s’inquiéter lorsqu’on est refoulé comme indésirable dans un pays
Autant de situation, et il y en aurait bien d’autres, où l’inquiétude et la peur du lendemain peuvent nous paralyser ou nous écraser.

Il faut bien que nous soyons prévoyants, mais même cette prévoyance ou ces assurances ne nous mettent pas à l’abri de
l’inquiétude, ne serait-ce qu’à cause de l’imprévisible.

Comment alors entendre cette Parole du ChristJe crois qu’il nous demande de mettre au cœur de notre vie la confiance. Que serait une vie si elle n’était pas traversée par la confianceComment pourrait-on s’engager dans le mariage si nous ne faisions pas confiance en la vie.

Comment pourrait-on mettre au monde des enfants si nous ne faisions pas confiance en la vieEt cette confiance, pour nous chrétiens, est nécessairement liée à notre foi au Dieu Père. Nous savons qu’Il connaît nos besoins et qu’Il y pourvoira si nous lui faisons confiance. Ce n’est pas une invitation à la paresse, tout ne tombe pas du ciel, mais Dieu nous accorde ce qui est essentiel à la vie. Qu’est-ce qui essentiel. C’est là que nous pouvons nous interroger, pour discerner quelles sont nos priorités. C’est le choix entre Dieu et l’Argent. L’Argent, ce n’est pas seulement des euros, mais tout ce qu’il représenteaffaires, pouvoir, honneurs… Si nous nous laissons prendre dans cet engrenage, nous perdrons notre liberté et nous mettrons forcément Dieu à la marge et il ne nous servira plus que comme roue de secours lorsqu’un problème surgira. «’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître» dit-on justement.

Jésus nous invite à la confiance, comme Lui-même fait confiance à son Père. Il nous invite à réviser sans cesse nos priorités pour voir ce que nous mettons véritablement au cœur de notre vie. Cette révision, nous devons la faire dans la prière, en nous mettant à l’écoute de son Esprit. Le texte de l’évangile de Matthieu de ce jour, vient juste après que Jésus a donné à ses apôtres le Notre Père, le modèle de notre prière, où nous demandons que la volonté du Seigneur sur nous se réalise et qu’advienne son règne. «Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice» nous conseille-t-il. Cherchez la justice de Dieu, c’est proprement «’ajuster»à sa volonté, à son dessein sur nous. Ce n’est pas un exercice facile, mais c’est un exercice indispensable. Nous mettre à l’écoute du Seigneur, c’est nous délester de tout ce qui nous encombre, de tout ce qui parasite cette écoute. Pour le reste, nous devons lui faire confiance, Il connaît nos vrais besoins et nous donnera le pain nécessaire à notre vie.
J’ai commencé cette homélie par la prière liturgique de la messe de ce jour, je voudrais terminer par la prière de la messe de demain. «notre Père, nous en appelons à ta Providence qui jamais ne se trompe en ses desseinstout ce qui fait du mal, écarte-le et donne-nous ce qui peut nous aider.»



Homélie 4ème Dimanche A


Nous connaissons par cœur le texte des béatitudes, mais les accents sont différents suivant que nous les lisons en St Matthieu ou en St Luc.

En effet, Matthieu ne garde que les béatitudes, là où Luc ajoute leur parallèle: les malédictions. Matthieu ne garde que l’aspect positif de la Bonne Nouvelle. Jésus ne se présente pas comme un prédicateur habituel qui s’appuie sur la peur des gens pour les convaincre d’adhérer à sa chapelle. Il nous annonce un Dieu qui ne vient pas pour condamner le monde, mais pour le sauver.

S’il nous indique un chemin pour parvenir au salut, ce n’est pas en nous imposant des fardeaux que nous ne pourrions pas supporter, mais c’est en nous invitant à retrouver le sens profond de ce que nous vivons dans notre existence quotidienne.

Les quatre premières béatitudes sont un constat si vous êtes pauvres de cœur, vous êtes sur le chemin du royaume, de même si vous êtes doux, si vous êtes affamés de justice, et si vous pleurez, vous serez consolés. Attention, on ne peut pas considérer comme
un bonheur le fait de pleurer de douleur ou de chagrin, mais il est question ici des larmes du repentir, comme celle de St Pierre, après la trahison de Jésus.

Ce sont des attitudes fondamentales pour être en harmonie avec le message de Jésus, une confiance envers celui qui vient nous enrichir de sa propre vie et combler le manque qui est en nous et que seul son amour peut remplir.

Les trois autres béatitudes orientent notre comportement et sont énoncées sur le mode actif.
Heureux celui qui pardonne, qui refuse la duplicité, qui fait la paix. Il met en œuvre le message de Jésus.

Enfin les deux dernières n’en font, en réalité, qu’une seule.

Elle montre que ceux qui ceux qui vivent selon l’évangile sont à contre courant de ce que la société nous propose et doivent s’attendre à être persécutés. Lorsque Matthieu écrit, il a l’expérience des persécutions des chrétiens au premier siècle.
Nous savons que la persécution de ceux qui vivent les béatitudes est toujours d’actualité.

En préparant cette homélie, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux moines de Tibhirine, dont la vie nous est racontée dans le film qui vient de sortir ici «hommes et des Dieux» Ces hommes ont vécu en «la paix.» Ils ont refusé jusqu’au bout d’entrer dans le cercle de violence qui faisait alors le quotidien de l’Algérie. Ils ont voulu donner le témoignage qu’il était possible de vivre cette paix. Ils ont partagé la vie des pauvres autour d’eux. Ils ont fait le choix, après bien des doutes et des peurs, de rester comme des veilleurs au milieu de ce peuple qu’ils avaient choisi. «tendant, non pas l’autre joue, (comme on a l’habitude de caricaturer cette parole de Jésus), mais une joue autre» comme le dit le Père Corbin, i.e. une manière autre, une manière différente de réagir qui brise le cercle de la violence.

Nous apportons une autre manière d’envisager les rapports humains. Ces moines ont accepté d’avance les conséquences de leur refus de la violence. Et d’avance ils ont pardonné à ceux qui allaient les assassiner, comme l’a écrit le Père Christian de Chergé, leur prieur, dans son testament.

Avant de communier, nous allons échanger la Paix du Christ, non pas simplement nous donner un signe de Paix, comme nous le faisons pour nous saluer quotidiennement, mais nous transmettre la Paix que le Christ nous donne. Cette Paix est l’anticipation du royaume. Elle nous introduit au repas eucharistique, qui est également cette préfiguration du «des Noces de l’Agneau», comme dit l’Apocalypse.

En nous présentant le pain et le vin le prêtre énonce une autre béatitude «les invités au repas du Seigneur»
Oui, heureux, sommes-nous, si nous misons tout sur le Seigneur Jésus



Homélie Baptême du Seigneur 2011

Dans l’évangile de Matthieu, que nous allons lire au cours de cette année, nous passons directement du retour d’Egypte au baptême de Jésus, par Jean-Baptiste. Aucune indication sur l’enfance et l’éducation de Jésus à Nazareth, sans doute parce que ce qui intéresse Matthieu, c’est le message que Jésus veut nous délivrer. Une foi encore, nous voyons bien que les évangiles ne sont pas des biographies de Jésus, mais des reconstitutions de la vie de Jésus (non exhaustives) pour nous délivrer le cœur de son message et nous redire le sens de sa venue parmi nous. Nous nous retrouvons donc sur les rives du Jourdain où Jésus se mêle à la foule de ceux qui se font baptiser.

La scène commence par un genre de quiproquo, entre Jésus et Jean Baptiste. Ce dernier ne comprend pas le geste de Jésus. Il donne un baptême de conversion, comment l’envoyé de Dieu aurait-il besoin de le recevoir. Ce n’est pas Jésus qui doit se soumettre, mais Jean-Baptiste qui doit se mettre à son service. D’une certaine manière Jean Baptiste joue le rôle du tentateur, il ne comprend pas que Jésus veuille se solidariser avec les pécheurs, autrement dit assumer pleinement sa condition humaine. Jésus lui signale alors que c’est lui qui décide de ce qu’il est convenable de faire. Comme dans tout l’évangile, c’est Jésus qui conduit les évènements dans sa liberté souveraine. Cette liberté c’est l’acceptation de la volonté de Dieu«’est ainsi que nous devons accomplir toute justice.» Le sens du mot justice pour Matthieu, c’est une fidélité radicale à la volonté de Dieu. C’est cette soumission à son Père qui va être authentiqué par la voix qui vient du ciel.

A peine sorti de l’eau, après avoir reçu le baptême, «cieux s’ouvrent.» C’est-à-dire, qu’une espérance est à nouveau donnée, un salut est possible. Ce que les juifs attendaient avec tant d’espoir va se réaliser. Rappelez-vous ces paroles suppliantes d’Isaïe «si tu déchirais les cieux et si tu descendais» Cette longue attente est comblée. Le contact est à nouveau possible entre le ciel et la terre. L’Esprit qui descend comme une colombe nous rappelle celle qui planait sur les eaux au commencement du monde. C’est le signe que va s’instaurer une création nouvelle.

La voix qui se fait entendre est le sceau de Dieu qui vient reconnaître en Jésus, son Fils bien-aimé. Cette parole de Dieu ne signifie pas l’adoption par Dieu d’un homme du nom de Jésus, comme certains voudraient le réduire, mais l’affirmation de sa véritable divinité. Cela signifie, comme le dit très bien le Père Sesboué que «s’intéresse aux hommes et les aime au point de leur avoir envoyé son propre Fils bien-aimé, pour les sauver de leurs péchés et leur communiquer une participation à sa propre vie. Ce Fils a répandu à son tour le Saint-Esprit qui habite dans les croyants comme les arrhes de leur salut. Ce Père, ce Fils et cet Esprit vivent entre eux dans un échange éternel d’amour, car il n‘y a pas d’amour sans altérité. C’est cet amour qui déborde jusqu’à nous dans ce don irrévocable que le Père nous fait de son Fils et de son Esprit.»
C’est dans cet amour que nous avons été baptisés.

Jésus ne va pas baptiser pendant sa vie publique. Le baptême trouvera son sens plénier en référence à sa mort et à sa résurrection.

C’est dans cette mort que nous avons été baptisés.
Cela signifie que nous aussi nous devons «toute justice», c’est-à-dire, accepter la volonté de Dieu, non pas comme des esclaves, mais comme des hommes libres, parce que nous croyons que c’est en Dieu que nous trouvons la vraie liberté. C’est en Dieu que nous trouverons la vraie libération, que pourrons ressusciter. C’est pour cette résurrection que nous avons été baptisés.
Cela veut dire que nous participons dès maintenant à cette vie trinitaire, cet échange éternel d’amour divin. Nous en recevons les arrhes dans cette eucharistie que je vous invite à continuer à célébrer ensemble ce matin.



Homélie Épiphanie 2011

Aujourd’hui l’évangile nous fait remonter un peu en arrière. Dimanche dernier St Matthieu nous racontait la fuite en Egypte et nous revenons à la crèche avec l’adoration des mages.

Ce récit illustre la fête de l’Épiphanie, ou la manifestation, la révélation de Dieu aux hommes. Manifestation qui est bien dans la manière que Dieu utilise pour se faire connaître. Le récit de Matthieu est une succession d’opposition. Au Roi Hérode, imbu de sa puissance, qui n’hésitera pas à faire massacrer les enfants par peur d’avoir un concurrent possible il oppose la fragilité de ce Roi des Juifs, représenté par un nouveau-né anonyme. A l’inquiétude d’Hérode s’oppose la grande joie des mages à la vue de l’étoile retrouvée. A la grande ville de Jérusalem, s’oppose la bourgade presque inconnue de Bethléem. Tout cela va à l’encontre de l’image que les juifs se faisaient du Messie promis et attendu. Pourtant Matthieu vient nous confirmer que c’est bien cet enfant qui va nous révéler le vrai visage de Dieu. Il le fait en rappelant que si les juifs avaient su lire les Écritures, ils auraient sans doute plus facilement su reconnaître le Messie. C’est une lecture attentive des Écritures qui met les Mages sur le chemin de la maison où se trouve Jésus.

Les seules personnes qui ont accueilli Jésus, sont les bergers, les gens les plus simples et les mages qui sont des étrangers.
Nous avons déjà, dans ce court passage, comme un résumé de toute la vie de Jésus. La manifestation de Dieu ne se fera pas autrement que dans une vie humble et toute donnée, qui suscitera l’opposition des puissants et qui se terminera par la mort de son envoyé Jésus. Jésus est le Verbe de Dieu, comme le rappelait St Jean dans l’évangile de Noël, il est sa Parole. C’est cette Parole qu’il nous a laissée pour que nous aussi, nous puissions connaître Dieu, son Père.

Cette Parole s’adresse à tous les hommes, c’est le sens de cette fête de l’Épiphanie.

Cette Parole est universelle, non pas comme une langue pour laquelle il faudrait apprendre la grammaire et le vocabulaire, mais comme une communication immédiate donnée à ceux qui ont un cœur simple ou qui acceptent de se mettre en route pour la trouver.

Cette Parole de Dieu, qui est la Bonne Nouvelle, est destinée à tous.

Cette parole, ce sont des mots recueillis dans les écritures, mais c’est surtout une PersonneJésus-Christ. Et si nous vénérons le livre de la Bible, comme je vous invite à le faire à la fin de la lecture de l’évangile, ce n’est pas un texte que nous vénérons, mais ce qu’il représentele message de Jésus. Le Concile Vatican II nous a rappelé l’importance de cette Parole de Dieu et le pape Benoît XVI vient de rendre public l’exhortation apostolique«Parole du Seigneur», comme conclusion du Synodes des évêques en 2008, réunis pour réfléchir sur «Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église.»

Cette Parole s’adresse à tous les hommes, car elle est une langue universelle. L’Église a transmis cette Parole à travers les âges, avec plus ou moins de bonheur, pas toujours sans doute dans les meilleures conditions.

L’évangélisation a pu être réalisée dans des conditions qui ne respectaient toujours pas la liberté des hommes. Il faut toutefois reconnaître qu’elle a été un facteur important de l’émancipation des hommes et de la reconnaissance de la valeur de chacun. C’est le rôle des chrétiens, c’est notre rôle à chacun, de transmettre cette Parole de Dieu, cette Bonne Nouvelle. Elle n’est pas réservée à notre usage personnel et ne peut rester vivante que si elle est transmise. Mais elle ne peut être proposée qu’à des hommes libres. L’évangélisation pour nous ne doit pas être du prosélytisme. Pour cela il faut d’abord intérioriser cette Parole, la ruminer comme disaient les Pères de l’église et nos célébrations eucharistiques sont le lieu privilégié pour cela.

Demandons au Seigneur qu’il nous donne la simplicité des bergers pour accueillir sa Parole et la curiosité des mages pour nous mettre en route pour la découvrir.



Homélie Sainte Famille 2010

Si on voulait illustrer une vie de famille exemplaire, il me semble que les éléments que nous donne l’évangile de St Matthieu de ce dimanche seraient bien maigres. Une famille avec un fils unique, fuyant leur patrie pour cause d’insécurité et émigrant dans un pays étranger, si ce n’est pas une situation unique de nos jours, n’est heureusement pas le cas de la majorité des familles. Que veut donc nous dire le texte de Matthieu ?

Tout d’abord, nous pensons à l’aventure d’une autre famille, celle d’Israël des fils d’Israël qui s’établirent en Egypte et y seront réduits en esclavage. De ce peuple va naître un enfant, qui va échapper, comme Jésus, au massacre des enfants ordonné par le pharaonMoïse. C’est Moïse qui va libérer le peuple d’Israël. Matthieu va faire le rapprochement avec Jésus, qui vient, comme le nouveau Moïse, pour libérer les hommes.

Matthieu, qui écrit pour des juifs convertis qui connaissaient parfaitement les écritures, le premier testament, afin de leur montrer que Jésus est bien, contres toutes apparences, le Messie annoncé par toute la tradition biblique. Il veut leur montrer que Jésus vient accomplir les Écritures, i.e. réaliser la promesse que le Dieu de l’alliance a faite avec le peuple d’Israël. Le deuxième signe de cette volonté de Matthieu, se trouve dans la citation du prophète Osée «’Egypte, j’ai appelé mon Fils». Une façon pour lui de nous présenter Jésus comme le nouvel Israël, qui revient d’Egypte pour rétablir l’alliance avec la Seigneur.

Un troisième signe nous est donné dans la dernière citation du récit d’aujourd’hui«sera appelé Nazaréen.»
Ce nom de Nazareth apparaît pour la première fois dans la Bible, car il ne s’était encore rien passé d’exceptionnel dans ce pays. Une fois de plus Dieu surprend les hommes en choisissant ce qui apparaît insignifiant pour réaliser son dessein. C’est une habitude chez lui, de toujours choisir le plus faible pour confondre les forts.
Lorsque Matthieu écrit son évangile, ce sont les chrétiens qui sont appelés Nazaréens, ce qui n’a rien de flatteur dans la bouche de ceux qui les nomment ainsi.

C’est pour les réconforter que Matthieu leur écrit, comme pour leur dire «Jésus a été traité avec mépris, ne soyez pas étonnés d’être traités de la même façon.»

Si cet évangile illustre le dimanche de la Sainte Famille, nous voyons bien que Matthieu ne veut pas nous décrire la vie d’une famille juive au début de l’ère chrétienne, mais par contre il nous donne de précieuses indications sur notre manière de vivre notre réalité familiale, par tous les temps.

Nous pourrions tirer trois enseignements de ce texte. Tout d’abord, se laisser guider par la Parole de Dieu, comme Joseph, comme Moïse, qui nous conduit à «émigrer», non pas peut-être physiquement (encore que ce soit une réalité pour la plupart d’entre vous), émigrer, i.e. sortir de nos certitudes pour suivre le Christ.
Ensuite la Famille doit être également un lieu de libération, non pas d’enfermement, ce qui est toujours le risque si nous vivons dans un cocon. Il faut qu’elle soit le lieu d’apprentissage de la liberté.

Enfin n’ayons pas peur d’être traiter de «éen» parce que nous ne vivrions pas comme tout le monde. Il faut être capable de revendiquer notre existence chrétienne, même si ce n’est pas toujours facile. Pensons aux chrétiens persécutés dans de nombreux pays aujourd’hui et disons-nous que nous avons encore de la chance.

La famille est le première «d’église», souhaitons que la Grande église vous donne les moyens de vivre votre fidélité à l’Évangile. Ces moyens ce sont en premier lieu les sacrements et particulièrement l’Eucharistie. C’est ce que nous allons maintenant continuer à célébrer pour prendre les forces de vivre à l suite du Christ.


Homélie NOËL 2010


Le récit de la naissance de Jésus en Saint Luc commence comme l’annonce d’une naissance royale, de manière solennelle. Pour bien signifier deux réalités. Nous allons assister au plus grand évènement de l’histoire du monde depuis la création et Jésus est bien enraciné dans notre histoire, il est bien fils de Dieu incarné dans le corps d’un homme.

La solennité du récit tourne court, car la naissance ne va pas avoir lieu dans un palais, mais dans une étable et c’est une mangeoire qui va servir de berceau. Ce sont les gens simples, les bergers qui vont reconnaître et adorer les premiers ce nouveau-né inconnu.

Des 4 évangiles, seuls Matthieu et Luc nous donnent un récit de la naissance de Jésus. Marc n’en parle pas et Jésus apparaît avec le baptême de Jean Baptiste. St Jean (que nous lisons ce matin) ne nous dit rien de la naissance mais replace Jésus au centre de la création, comme le Verbe de Dieu, sa Parole créatrice.
Chacun à sa manière essaie de rendre compte de ce mystère de Noël que nous n’en finirons jamais de comprendrele mystère de notre rédemption.

Depuis plus de 2000 ans continue à résonner la voix des anges nous annonçant «grande joie pour tout le peuple» Cette Joie continue encore aujourd’hui dans un monde profane qui, presque malgré lui, ou plutôt avec la nostalgie de celui qui a perdu ses repères ou avec l’espoir enfoui qui renaît à cette occasion se laisse prendre à cette ambiance de Noël. C’est un temps où toutes les familles aiment se retrouver, où tous espèrent prendre quelques miettes de cette joie qui est dans l’air. Beaucoup ne pourrons sans doute pas participer à cette fête, pour cause de maladie, de solitude, de conflits ou de situation de misère. Mais je pense que tous aspirent à trouver dans ce temps un moment de répit, de joie, dans ce qu’on appelle la trêve de Noël, on pourrait dire la «êve de Dieu».

Personne n’est exclu de cette joie. Si tous ne le savent pas, c’est à nous de la révéler. Bienheureux sommes-nous si nous réalisons un peu mieux ce mystère de Noël. Si nous comprenons un peu mieux chaque année l’amour que Dieu nous porte en nous envoyant son propre Fils. Si nous sommes capables de nous mettre à l’écoute de celui qui est la Parole par excellence, non pas une parole en l’air, mais la Parole qui fait Corps avec Jésus, qui est capable de nous recréer, comme elle l’a fait au début du monde. La Parole qui est en conformité aves les actes posés.

Nous ne sommes peut-être plus très nombreux à entendre cette Parole et à essayer d’en vivre. Peu importe, nous ne sommes pas là pour faire nombre, les sondages ne sont pas là pour faire Foi. L’important c’est que puisse être communiqué la joie de Noël par ceux qui la porte toute frémissante dans leur cœur et peuvent en témoigner par leur vie. Notre Joie peut rejoindre la «de Dieu» dont nous parle l’évangile. Cette Joie de celui qui retrouve la brebis perdu. Cette Joie de Dieu lorsqu’un pécheur revient à lui, comme dans la parabole du Fils Prodigue.

«faut peu de chose pour la Joie quand on la porte en soi», écrivait Sulivan, un auteur contemporain. Il faut seulement que nous acceptions de la recevoir du Seigneur. C’est le message de Noël. «la Joie que je vous donne, participez à ma Joie,» pourrait dire la Seigneur.

C’est dans sa présence quotidienne, plus seulement dans la mémoire de sa présence à la crèche, que nous devons retrouver cette Joie de la rencontre avec le seigneur, qui culmine dans l’eucharistie que nous allons célébrer.



Homélie 3 Avent A

Quelques mois se sont écoulées entre les deux épisodes qui nous sont relatés dans l'évangile de dimanche dernier et celui d'aujourd'hui.

Jean-Baptiste ne réunit plus les foules qui viennent se faire baptiser, les modes changent et les foules sont versatiles. Il est maintenant en prison pour avoir mis en cause la moralité du roi Hérode.

Il a entendu parler de Jésus et il semble s'impatienter en ne voyant pas venir les signes qui étaient supposés annoncer la venue du Messie. Non seulement il s'impatiente, mais il doute de la Messianité de Jésus, car il avait imaginé, comme la plupart des juifs de son temps que la venue du Messie se ferait de manière fracassante. Jésus va bien lui donné une réponse. Il rappelle tous les miracles qu'il accomplit, comme signes de sa mission. Les aveugles, voient, les sourds entendent, etc… Il en manque un cependant, et pour Jean-Baptiste c'est à ce moment là primordial : remettre en liberté les opprimés. Ce n'est pas seulement une revendication personnelle, mais ce signe rejoindrait l'attente d'un messie triomphant, " qui renverse les puissants de leur trône ", comme nous le récitons dans le magnificat.

La réponse de Jésus est sans doute décevante. D'autant que ce qui paraît résumer son action c'est la dernière phrase " La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. " C'est le couronnement des signes messianiques. Tout l'activité de Jésus est comme l'annonce d'une année de grâce aux pauvres. Jésus décrit bien pour Jean Baptiste les signes donnés dans les Écritures, mais il le fait en ne revendiquant pas sa puissance. Voilà ce qui peut susciter le doute.

Jésus sait que sa réponse au Baptiste n'est pas satisfaisante. Sa personne, la faible condition humaine qu'il entend assumer jusqu'au bout sont et seront toujours un piège, une raison " d'en attendre un autre. " Jean Baptiste est condamné, il est sur le chemin de la mort, comme Jésus, mais il ne se doute pas que c'est cette mort même qui va être le signe le plus fort de sa Messianité. Refuser cette mort aurait été pour Jésus aller à contresens de son message.

Cette question de Jean-Baptiste, je pense qu'il nous arrive à nous aussi de la poser.
A quels signes reconnaissons-nous l'action de Dieu dans notre monde ? Si nous relisons l'histoire de l'Église, nous pouvons rencontrer beaucoup de signes de cette action.

L'Église, même si beaucoup refuse de le reconnaître et que cela n'a pas toujours été sans ambigüités, a eu un rôle essentiel dans le développement de notre civilisation. Pensons aux écoles, aux hôpitaux, à l'affirmation de la dignité de chaque homme… Rappeler cela n'est pas faire du triomphalisme, mais reconnaître que le message de Jésus n'a pas été seulement une parole creuse, mais la Parole fondatrice qui annonce le royaume en donnant des signes.

Le Bon Pape Jean XXIII, nous rappelait qu'il fallait lire les signes des temps. A quoi sommes-nous attentifs aujourd'hui ? Aux grandes manifestations qui donnent une impression de puissance ? À ce que des chrétiens vivent souvent dans l'ombre les exigences de l'Évangile ?

Le succès étonnant du film " Des hommes et des dieux " est sans doute un signe que beaucoup de nos contemporains ont soif d'une vérité simple et vécue jusqu'au bout, la soif d'une spiritualité qui nous sorte de ce climat de " l'avoir toujours plus. " Le danger c'est d'en rester à l'émotion ou à la " nostalgie spirituelle " comme le disait Mgr Simon dans un article de la Croix.

Nous savons qu'il reste tellement à faire pour que l'Évangile façonne notre monde. St Jacques nous invite à la patience, celle du cultivateur qui doit attendre avant que ce grain semé en terre soit prêt à être récolté.

Le temps de l'Avent nous invite à l'Espérance. Il nous invite à reconnaître dans un nouveau-né, le signe de notre salut.

Tout à l'heure les jeunes de 6ème vont nous lire leur prière. Ils exprimeront leur désir de vivre l'Évangile. Prions avec eux et pour eux et pensons à les soutenir dans leur volonté de reconnaître les signes que Jésus leur donne.



Homélie 2ème dimanche Avent C

La vision paradisiaque du texte d'Isaïe où l'on voit le loup habiter avec l'agneau, le léopard se coucher avec le chevreau…ne serait-elle qu'un mirage ?

Si ce sont des signes de la venue du Christ, il nous est bien difficile de les distinguer au milieu de toutes les difficultés personnelles : maladies, échecs ou malentendus, et les malheurs du monde : conflits, guerres ou catastrophes.

Depuis quelques jours le journal La Croix fait un inventaire de tout ce qui va bien en France. Ce n'est pas sûr que ces articles lui fassent augmenter ses ventes, tellement nous préférons nous complaire le plus souvent dans les reportages sur ce qui va mal. Il n'est que de voir le nombre de films de violences ou de récit de catastrophes qui paraissent avec grand succès.

C'est dans ce contexte d'une vie réelle et non pas rêvée que le prophète Jean-Baptiste vient nous interpeller.

L'époque n'est pas euphorique dans le pays occupé par les Romains depuis une centaine d'année et gouverné par le roi Hérode que tous détestent. Jean-Baptiste est un vrai prophète. Il en a tous les attributs: son vêtement, sa nourriture et son langage clair.

L'évangéliste Matthieu le situe dans le désert, mais ce lieu désigne surtout un désert spirituel plus qu'un lieu sans végétation. C'est un rappel du désert de l'exode, lieu où Dieu a conclu son alliance avec le peuple d'Israël. (Cf le récit de la fuite en Egypte chez Matthieu).

C'est bien d'alliance que Jean-Baptiste veut nous parler. C'est le lever de rideau avant l'entrée en scène de Jésus, qui vient pour nous rappeler cette alliance et nous en proposer une nouvelle qui va être scellée dans son sang.

L'appel à se convertir n'est pas seulement un appel à changer sa conduite morale. Il faut se retourner complètement vers Dieu, s'engager à nouveau dans l'Alliance qu'Il nous propose.

Lorsqu'on fait alliance, par exemple dans le mariage, ce n'est pas seulement un petit réajustement de sa vie précédente, c'est un bouleversement complet, une vie nouvelle.
Voilà ce que Jean-Baptiste nous propose si nous voulons accueillir Jésus. Les Pharisiens et les Saducéens qui viennent demander le baptême ne semblent pas être sur la même longueur d'onde. Ils viennent rencontrer le dernier prophète à la mode comme on peut venir écouter le prédicateur de renom. Cela fait bien et n'engage pas beaucoup. Les belles paroles ne changent pas forcément les cœurs. Jean-Baptiste qui les connaît bien les accueille plus que fraîchement : " Engeance de vipères ! " Cette expression est plus une mise en garde qu'une insulte. La vipère renvoie au serpent de la genèse. Vous êtes du côté du tentateur, semble-t-il leur dire et il est temps de choisir votre camp. Être fils d'Abraham ne donne pas des droits ou des privilèges.
L'essentiel est de porter du fruit, i.e. non pas seulement faire de bonnes œuvres, mais donner une nouvelle orientation à sa vie, sinon le baptême n'aura pas de sens. D'ailleurs le baptême de Jean, n'est qu'un baptême d'eau. Il ne lave que superficiellement. Il est le signe d'un autre baptême, celui que Jésus va venir instituer. Ce baptême dans l'Esprit qui nous purifiera de l'intérieur, comme un feu.

Le message de Jean-Baptiste s'adresse à nous aujourd'hui. Nous avons déjà été baptisés dans l'Esprit. Ce baptême ne nous donne aucun droit ou privilège, mais il nous invite à accueillir Jésus. Comme le Baptiste, nous ne sommes pas dignes de faire ce geste d'esclave "retirer ses sandales", mais en même temps nous sommes appelés à beaucoup plus, puisque Jésus veut faire de nous ses amis.

Il nous propose encore cette alliance.
Chaque année, nous revivons ce mystère de Noël, qui nous rappelle que Jésus est venu nous proposer cette amitié. Il est urgent de répondre et de nous engager, encore et toujours à sa suite. Le jugement de Dieu s'approche. Ce n'est pas un appel à la peur, mais une invitation à l'Espérance.

Nous avons à faire alliance avec Dieu, mais cette alliance n'est pas seulement individuelle. C'est ensemble que nous devons la vivre. C'est l'Église qui s'engage. "Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu", nous dit St Paul.

Cet accueil passe par l'eucharistie que nous faisons et mangeons ensemble. Signe de cette alliance définitive avec Dieu. Vivons le avec tout notre cœur !




Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent
Saint-Louis des Français à Madrid - 28-11-2010


" C'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'Homme viendra. ", dit Jésus.
Notre Seigneur, s'intéresserait-il à nos agendas ?
Comment est le vôtre, frères et sœurs ? La question n'est pas de savoir s'il est électronique ou sur papier, petit ou grand format. La question est plutôt de savoir s'il y a du temps pour Dieu dans le cours de notre existence.
Il est des phrases qui aujourd'hui reviennent dans la bouche de beaucoup de gens : " Comment vas-tu ? - Bien, mais je suis débordé, surchargé, saturé… "
Parmi mes connaissances, certains disent ne pas oser me solliciter convaincus qu'ayant beaucoup de travail je n'ai pas beaucoup de temps à leur consacrer. Avez-vous déjà fait cette expérience ? C'est un signe qui me fait réagir, frères et sœurs. L'idée que mes amis aient peur de me prendre du temps lorsqu'ils veulent me rencontrer me remplit de tristesse. Et cette tristesse me conduit à une question amère : comment Dieu trouvera-t-il sa joie à habiter en moi s'il est vrai que je ne prête pas assez attention à ceux qui veulent être de fidèles compagnons de route ?

A l'époque de Noé, dit Jésus, les nécessités de la vie ont pris tant de place qu'elles sont devenues futiles. Boire, manger, se marier : les besoins de l'existence sont là et la vie sociale est importante, mais vient le moment où l'homme se jette dans son quotidien à corps perdu jusqu'à ne plus se voir que lui-même. Il n'a plus que lui-même pour seul horizon.
" Les gens ne se sont doutés de rien ", dit Jésus. Ce qui pouvait n'être qu'un constat du temps de Noé sera bien un reproche en notre temps. Car ce n'est pas notre cas, pourra sans doute dire Jésus. Je vous ai prévenus ; je vous ai invités à veiller. Avons-nous relayé son exhortation ? Dieu est venu et nous continuons si souvent à nous regarder nous-mêmes, à oublier sa présence.
Bien sûr, nous disons qu'il est présent en toute chose, mais à tellement penser qu'il est présent, nous avons tôt fait de l'évacuer de la vie du monde. Parler beaucoup de Dieu est une chose importante. Mais vivre vraiment de Dieu, avec Dieu et en Dieu en est une autre.

Quelle est sa place dans mon agenda ? Quelle est sa place dans ma vie ? Quelle est sa place dans mes choix ? Quelle place j'accepte qu'il occupe dans la société où je vis ?
Exemple tout récent du souci que Dieu puisse prendre toute sa place en notre monde… Vous le savez, frères et sœurs, le Saint Père a célébré hier soir une " veillée pour la vie naissante " et a invité tous les catholiques à prier aussi pour la vie. C'est ainsi qu'il a choisi d'ouvrir ce temps de l'Avent qui est pour nous l'attente de la naissance du Sauveur, venu comme un enfant. Les évêques de France ont relayé l'intention souhaitant que les catholiques portent un regard positif sur la vie. Donner une place à Dieu dans notre monde et dans notre société, c'est reconnaître qu'il est du côté de la vie. C'est reconnaître que nous, son peuple, nous sommes le " peuple de la vie ". Je me souviens d'une jeune fille qui s'est un jour présentée à la porterie du couvent où je vivais à ce moment-là. Elle était musulmane. Elle venait d'avorter et elle était complètement effondrée et apeurée. Pourquoi était-elle venue trouver un prêtre catholique ? Au cœur de sa misère, sa démarche est devenue pour moi un témoignage inattendu que le Dieu de Jésus Christ est Seigneur de la vie et Seigneur de miséricorde.
Rappeler la place de Dieu dans la société, c'est aussi ce qu'ont fait les évêques d'Haïti pour contribuer à lutter contre le choléra. Ils viennent d'écrire à tous les chrétiens haïtiens : " Nous vous invitons tous à conjuguer nos bonnes volontés et nos efforts, pour modifier nos habitudes de vie et accepter les contraintes de la prévention ". Et d'ajouter : " Nous décidons que le temps du 21 novembre au 8 décembre 2010 soit dédié à la prière à travers tout le pays, […] pour implorer la protection divine contre le choléra et tous les autres fléaux qui s'abattent sur le pays. "
Les Journées Mondiales de la Jeunesse qui se tiendront en cette ville en 2011 seront aussi un signe de la place du Seigneur en ce monde et dans le cœur de tous ceux qui réaffirmeront leur enracinement dans le Christ.

L'humilité et l'honnêteté nous pressent de reconnaître que lorsque Jésus nous demande de veiller, quand il nous demande d'être des chrétiens toujours aux aguets, nos mots disent " oui ", mais notre vie dit souvent non. Souvenez-vous qu'au moment des prises de position de l'Eglise contre la manière préoccupante dont l'Etat français a renvoyé des familles en Roumanie, pas moins de 53% des catholiques français ont dit que l'Eglise n'avait pas à intervenir dans ce type de question.
L'apôtre Paul peut relayer l'appel à veiller que nous lance Jésus. Il peut nous rappeler que l'heure est venue de sortir de notre sommeil. Mais à moins que nous n'en prenions la décision nous-mêmes, personne ne nous sortira de la léthargie et du scepticisme qui peuvent communément nous caractériser. Personne ne laissera à notre place des temps pour Dieu et pour les autres dans nos agendas.

Le Seigneur viendra, dit Jésus. Et l'approche de Noël nous fait célébrer ses trois venues.
Sa première venue dans notre monde il y a 2000 ans, lui qui a partagé notre histoire humaine.
Sa dernière venue à la fin des temps, au jour que nous ne connaissons pas, quand nous présenterons à Dieu le bilan de nos désirs et de nos actes, la réalité de nos enthousiasmes.
Et nous célébrons aussi sa venue en nous, en notre cœur, une venue qui se produit par sa grâce, dans la prière, dans l'accueil de sa Parole, dans les sacrements.
Ces trois venues ont une même raison : renouveler et approfondir notre amitié avec Dieu. Cette amitié nous sort de l'indifférence. Elle nous sort de l'activité des ténèbres. Elle nous sort de notre sommeil. L'amitié nous aide à donner du temps. L'amitié nous rend attentifs à défendre la vérité, pour l'amour de l'autre. L'amitié nous décentre de nous-mêmes, par amour pour l'autre
L'amitié nous fait oublier nos agendas pour penser à Dieu ou du moins nous garde fidèles à Dieu même au milieu des réalités et des soucis de ce monde, qui ne manqueront pas de toute façon de remplir nos agendas.

Frères et sœurs, quand Jésus nous parle officiellement de va venue, de son avènement ; quand il nous dit aujourd'hui : " Tenez-vous donc prêts "… c'est pour que nous ne nous mentions pas à vous-même, ni au monde, ni à lui. C'est pour que, fermant nos agendas, sous l'inscription " de décembre 2010 à décembre 2011 ", nous inscrivions : Jamais sans Dieu. Et que ces mots produisent leur fruit en notre cœur, dans notre vie et dans la vie du monde.

Frère Philippe Jaillot, dominicain



Homélie 33 D C

Les écrits de Saint Luc ont été rédigés dans une période troublée.
A-t-il existé d'ailleurs des périodes tout à fait tranquilles depuis le début de l'humanité ?

A chaque période des faux prophètes ont utilisé la peur pour tromper les hommes.
Beaucoup de prédicateurs chrétiens, eux-mêmes, n'ont-ils pas trop utilisé la peur de l'enfer pour garder dans le giron de l'église des hommes et des femmes sans défense ?

Aujourd'hui encore nous pouvons entendre ce même type de discours. Plusieurs fois à la Puerta del Sol, le dimanche soir, j'ai eu l'occasion de rencontrer des évangélistes qui haranguaient la foule en jouant sur ce sentiment de peur.

Nous pourrions, nous aussi, devant un monde où tant de catastrophes se produisent, nous laisser aller à la peur. Ce n'est pas l'attitude de Jésus.
" Ne vous effrayez-pas ! " " Ne vous laissez pas égarer ! "

Jésus nous invite avant tout à l'Espérance. L'Espérance n'est pas un neuroleptique, un tranquillisant pour nous aider à passer des moments d'angoisse qui peuvent nous traverser à certaines périodes de notre vie ou en certaines circonstances difficiles.

L'espérance est une force qui nous permet de lutter contre ce sentiment de peur et de travailler à rendre le monde plus juste et plus beau. Péguy imagine Dieu s'émerveillant de cette vertu : " La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. La foi, ça ne m'étonne pas, ça n'est pas étonnant. J'éclate tellement dans ma création.

Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne. Ça c'est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe et qu'ils croient que demain ça ira mieux, qu'ils voient comment ça se passe aujourd'hui et qu'ils croient que ça ira mieux demain matin. Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce. Et j'en suis étonné moi-même. "

L'Espérance est une grâce que nous devons demander chaque matin au Seigneur.

Ce passage d'évangile fait partie, en St Luc, du dernier discours de Jésus au peuple avant de mourir. Il reconnaît que notre vie n'est pas un long fleuve tranquille, que nous devons vivre dans un monde souvent difficile et plein de violences dues à l'homme ou à la nature.
Il promet même à ses disciples des persécutions. St Luc est d'ailleurs bien placé pour en parler, puisqu'au moment où il écrit les chrétiens sont persécutés par les juifs, et ensuite par les romains. Nous savons que cela n'a pas disparu et qu'aujourd'hui encore des chrétiens risquent leur vie, parce qu'ils sont chrétiens. Nous avons appris ses jours derniers les attentats en Irak, dans la cathédrale et cette semaine encore dans leurs maisons.

Dans d'autres pays, les chrétiens sont pris comme cible. Nous pouvons dire que c'est dans la logique de l'évangile, comme la mort de Jésus a été dans la logique de son message. Jésus ne nous invite pas à fuir, mais à nous appuyer sur Lui pour être capables de résister à ce sentiment de peur, bien compréhensible lorsque nous sommes pris dans ces épreuves. " Ce dont nous avons besoin c'est de votre prière et de votre soutien fraternel et moral. Votre amitié nous encourage à rester sur notre terre, à persévérer et à espérer " nous disent les Évêques d'Irak dans leur message.

Leur témoignage peut soutenir notre propre espérance et nous invite, nous aussi, à persévérer, car
" C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. "

Demandons ensemble au Seigneur
, une fois de plus, ce matin, qu'il nous envoie sa force et sa grâce pour témoigner de sa bonne nouvelle.



Homélie 32 D C 7 novembre 2010

Comme vous le voyez, on ne choisit l'évangile des messes du dimanche, sinon je n'aurais pas eu la cruauté de proposer à nos jeunes couples de fiancés, ici présent, le casse-tête que les Sadducéens présente à Jésus, de savoir de qui serait l'épouse, à la résurrection, une femme ayant perdu 7 maris.

Pour l'heure il me semble, en effet, que vous avez déjà suffisamment de quoi réfléchir à votre futur couple monogame sans envisager un avenir aussi perturbé.

Voilà donc un problème bien mal posé ! Pour tendre un piège à Jésus, les Sadducéens, qui ne croyaient pas à la résurrection, lui présente ce cas d'école, qui tourne au ridicule, d'autant plus que sept a le sens symbolique de totalité…

Comme la plupart du temps, Jésus ne veut pas entrer dans une discussion oiseuse et qui n'a pas d'issue. A une question embrouillée Jésus donne une réponse simple. Il change de plan et nous rappelle que le monde à venir ne ressemble pas au monde présent.

Le monde de la résurrection n'est pas le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Il faut nous rappeler, qu'au temps de Jésus, la croyance à la résurrection individuelle est encore neuve. Elle a été formulée au temps des persécutions d'Antiochus Épiphane un siècle et demi avant la naissance de Jésus. C'est l'espérance de la résurrection qui soutient les martyrs dans les épreuves qu'ils endurent : on peut leur arracher la vie corporelle ; le Dieu qui crée est aussi celui qui ressuscite. A partir de cette époque, la croyance en la résurrection est présente dans le Judaïsme, en particulier pour les Pharisiens. Les Sadducéens, sans doute par contagion de la philosophie grecque, et par souci d'une tradition mal comprise, ne l'admettent pas. D'où leur intervention ce jour-là.

Jésus nous rappelle que son Père, n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. C'est la révélation qui a été donnée à Moïse. Ainsi tous les hommes sont appelés à vivre pour Lui.

Aujourd'hui encore la croyance en la résurrection n'est pas unanime. Une enquête récente montre que 50% des Français ne croient à aucune forme de survie après la mort.

Longtemps on a surtout parlé de la résurrection des âmes, dissociant le corps qui serait mortel de l'âme qui serait immortelle. Ce n'est pas le mode de penser du judaïsme. Lorsque nous affirmons dans le symbole des apôtres " Je crois à la résurrection de la chair ", nous ne disons pas que notre corps actuel va se réanimer après la mort. Nous savons bien qu'il redevient poussière ou cendres. Le terme " chair " n'a pas le même sens en hébreu que dans notre langue. Un juif n'oppose pas la chair à l'esprit. La chair pour lui, c'est l'homme tout entier, avec ses relations. On pourrait mieux traduire par personne ou personnalité. A la mort notre corps mortel sera transfiguré et rendu spirituel. A l'image du Christ nous sommes appelés à revêtir un corps glorieux comme St Paul nous le rappelle aux Philippiens " Nous attendons, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire. " (Ph3,21) Il s'agit pour nous de comprendre la résurrection à la lumière de celle du Christ auquel le Père veut nous conformer par la puissance de l'Esprit-Saint.

Comme pour la création nous cherchons souvent le comment de la résurrection. Nous n'avons pas de réponse au comment. Par contre nous devons en chercher le sens. Et le sens c'est de vivre aujourd'hui avec le Christ, de mettre au cœur de notre vie cet amour du Christ. C'est cela qui ressuscitera : tout ce qui contribue à retrouver cet image de Dieu en nous.

Ce comment, nous dit la Catéchisme dépasse notre imagination et notre entendement. Notre participation à l'Eucharistie nous donne un avant-goût de la transfiguration de notre corps.
C'est ce que nous dit St Irénée. " De même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l'invocation de Dieu, n'est plus du pain ordinaire, mais Eucharistie, constituée de deux choses, l'une terrestre et l'autre céleste, de même nos corps qui participent à l'Eucharistie ne sont plus corruptibles puisqu'ils ont l'espérance de la résurrection. "




Homélie Toussaint 2010

La fête de la Toussaint me fait penser à ces images réalisées avec de multiples photographies de visages. 144000 visages qui formeraient le Corps du Christ, 144000 étant bien sur un nombre symbolique qui signifie une multitude ou la quasi-totalité de l'humanité. C'est ce qu'on appelle la Communion des Saints.

Le Corps du Christ est en effet constitué par toutes ces femmes et ces hommes qui depuis le début de l'humanité ont vécu la pauvreté du cœur, la douceur, qui ont œuvré pour la justice et la paix. Parmi ceux-ci il y a beaucoup de baptisés, beaucoup de Chrétiens qui ont vécu par fidélité au Christ.

L'Église a distingué un petit nombre d'entre eux, quelques milliers, dont beaucoup au cours du 20ème siècle et particulièrement sous le pontificat de Jean-Paul II.

La fête de Toussaint veut nous rappeler qu'il y a également de nombreux saints anonymes et qu'il convient de rendre grâce pour eux. Ils ont contribué à transmettre le message du Christ, non seulement avec des mots, ce qui est le plus facile, mais par leur vie, vécue en conformité avec le Christ.

La sainteté, a proprement parlé, est l'exclusivité de Dieu, et si nous parlons de saints, c'est pour dire qu'ils participent de la sainteté de Dieu, qu'ils en sont en quelque sorte le reflet. Nous disons qu'ils contemplent maintenant Dieu face à face et ils peuvent ainsi nous renvoyer un peu de son éclat. On pourrait dire d'ailleurs que les différents saints nous renvoient un aspect différent de cette gloire de Dieu. Qu'y a-t-il de commun entre St Benoît, Saint Dominique, Saint François et même entre les deux saintes Thérèse d'Avila et de Lisieux?
Un regard profane ne verrait sans doute pas tellement de ressemblance. La seule ressemblance vient de leur fidélité à Dieu. Chacun a eu une vocation propre et a été fidèles à cette vocation. Ensemble avec tous les autres saints connus ou inconnus ils nous donnent ainsi cette image du Corps du Christ qui se constitue peu à peu et qui devrait arriver à son plein épanouissement à la fin des temps. Chacun de nous est appelé à devenir un saint. A vrai dire je ne sais pas si nous en avons spontanément envie. Nous sommes tellement plus tranquilles avec notre petit train-train quotidien. Mais avons-nous vraiment le choix ? Ou plutôt, si nous avons fait le choix du Christ, nous ne pouvons pas nous dérober, sous peine de trahison.

L'évangile de ce jour nous donne le programme ou la feuille de route, comme on dit maintenant. Ce programme devrait nous plaire, puisqu'il nous conduit au bonheur. Heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux les artisans de paix…
Cela peut paraître comme le " bonheur à l'envers " et pourtant, si nous réfléchissons un peu, n'est-ce pas ce que nous avons éprouvé déjà après avoir donné de nous-mêmes, après avoir pardonné, après avoir fait la paix ?

" Ce que des gens ont fait avec la grâce de Dieu, nous dit St Augustin, pourquoi, moi, je ne le ferai pas ? " Nous ne ferons peut-être pas des exploits, nous ferons sans doute partie de ses saints anonymes que nous célébrons aujourd'hui, mais l'essentiel est de nous mettre en chemin, ou de reprendre la route si nous nous en étions un peu écartés.

" Les Saints nous attendent " nous rappelle St Bernard. Alors allons à leur rencontre pour participer à cette grande fête promise par le Seigneur.
Toussaint, fête des gens du peuple de Dieu.
Nous allons continuer cette eucharistie, comme prémices de ce grand festin auquel tous les hommes de bonne volonté sont conviés.





Homélie 31ème D C

Nous connaissons par cœur cette histoire de Zachée qui est abondamment utilisée en catéchèse. C'est une belle histoire et elle illustre bien la manière dont Jésus vient à notre rencontre. Il n'est sans doute pas inutile de revenir dessus.

Il semble que Zachée soit curieux de voir le personnage dont il a entendu parler. Simple curiosité de badaud pour quelqu'un dont on parle et qui a un petit succès, comme les fans des vedettes ou déjà signe d'une recherche spirituelle ? L'évangile ne le dit pas. Ce qu'il nous dit, par contre, c'est qu'il monte sur un arbre. On pourrait dire qu'il s'élève, qu'il prend de la hauteur, qu'il ne reste pas à la surface des choses et cela pourrait être le signe de cette recherche.

Quoi qu'il en soit, c'est Jésus qui fait les premiers pas dans cette rencontre et celle-ci va bouleverser la vie de Zachée. Lui qui est un pécheur public, va reconnaître en Jésus son Seigneur. Jésus fait sa demeure en Zachée, il veut demeurer chez lui, i.e. le remplir de sa présence de Dieu et c'est bien cette reconnaissance de la présence de Dieu en lui qui va susciter sa conversion.
Il va alors décider de changer de vie, de donner une partie de sa fortune aux pauvres et de rendre quatre fois ce qu'il a pris, ce qui est plus que ne l'exige la loi juive et correspond à la peine du droit romain pour vol. Jésus reconnaît alors que Zachée est sur la voie du salut, il est un fils d'Abraham, autrement dit un fils de la promesse. Le salut est offert à tous ceux qui reconnaissent cette présence de Dieu en eux. Qui reconnaissent que c'est Dieu qui est l'origine et la source de leur vie.

Jésus refuse de figer les gens dans un statut dont ils ne pourraient pas sortir. Le salut est pour tous et en particulier pour les pécheurs, puisque ce sont eux qui en ont besoin.

Il serait intéressant que nous essayons pour nous-mêmes, de voir comment s'est passé cette ou ces rencontres avec Jésus. Nous avons, pour la plupart d'entre nous, reçu la foi de nos parents, mais il me semble que si nous sommes ici ce matin, ce n'est pas seulement pour honorer la mémoire de ceux qui nous ont transmis leur foi. Je pense que nous avons tous, à un degré plus ou moins fort, expérimenté cette présence de Dieu en nous. Je pense qu'un jour nous avons, nous aussi fait cette rencontre avec le Seigneur et que cela a changé notre vie. Il est important de faire mémoire de ces moments importants. Nous savons bien qu'il est difficile de vivre toujours intensément notre foi dans la monotonie des jours ordinaires. Nous savons bien que notre conversion est toujours à reprendre. Revenons donc à Zachée !

Nous savons aussi que nous devons témoigner de ces rencontres. Il semble que beaucoup de nos contemporains soient à la recherche d'une spiritualité. Comme Zachée, beaucoup sont sur le bord du chemin et nous regardent vivre. Allons-nous passer notre chemin ou lever les yeux pour les inviter à une rencontre. Ce n'est pas nous qui allons donner Jésus, ce n'est pas nous qui allons leur apporter le salut, comme le promettent un certain nombre de gourous. Par contre nous pouvons les aider à reconnaître cette présence de Dieu en eux, par notre témoignage et notre manière de vivre. Il est possible de leur annoncer cette Bonne Nouvelle qui nous anime :
" Dieu vous aime, il vous a donné avec Jésus, une preuve absolue de son amour et il vous montre le chemin de la vraie Joie, le chemin du salut. "

Notre participation à l'eucharistie dominicale est le signe de cette reconnaissance de la présence de Dieu au cœur de nos vies et au cœur du monde. Cette eucharistie nous rappelle le don que Dieu nous a fait de Jésus et le don que Jésus a fait de sa vie pour nous. C'est en faisant mémoire de ce don que nous pouvons rendre grâce au Seigneur qui se rend présent, dans le sacrement que nous célébrons ensemble ce matin.





Homélie 30 D C 24 Octobre 2010

Nous avons souvent un sentiment d'insécurité ou de crainte en face de ce que nous ne connaissons pas ou une situation que nous ne contrôlons pas.

La motivation de beaucoup de nos décisions ou de nos actions est souvent cette recherche de sécurité. Nous travaillons pour assurer notre nourriture quotidienne mais aussi pour prévoir également le plus long terme.

Nous posons des serrures dans nos maisons pour nous protéger et nous mettre en sécurité. De même les nations ont érigées des frontières et ont des services de police pour les protéger. Nous essayons de nous protéger dans tous les secteurs de notre vie par toutes sortes d'assurances qui nous sont proposés.

Sans nous en rendre compte cette même motivation fonctionne également dans notre relation à Dieu. Nous cherchons à mettre Dieu de notre côté et nous pouvons avoir la tentation d'acheter la bienveillance divine ou de nous assurer, par nos efforts, son soutien.

Nous savons qu'il n'est pas possible de tromper Dieu, mais nous allons accomplir scrupuleusement ses commandements, pour être surs d'être en règle et mériter le salut.
Il y a des gens qui vivent ainsi leur relation à Dieu. Ils prient le rosaire, vont à la messe, suivent les commandements, aiment leur prochain. Mais ils vivent cela comme une sorte de donnant-donnant, ils veulent d'une certaine façon acheter leur salut. Ils ont ainsi l'assurance de " gagner leur ciel " comme on disait, d'avoir Dieu à leur coté.

C'est la figure que nous présente l'évangile de ce jour. Attention, il s'agit d'une parabole et Jésus ne veut sans doute pas généraliser l'attitude de tous les pharisiens en mettant en scène l'un d'eux. Cet homme accomplit parfaitement la loi. Il va même au-delà de ce que la loi exige. Il se tient alors devant Dieu la tête haute car il n'a rien à se reprocher. Il pense avoir payé le prix pour faire partie des justes et obtenir le salut. Il a payé sa place au paradis, il l'a mérité. Le salut est pour lui un droit.

En vérité, il a confondu les moyens. Il ne s'est pas rendu compte que
le meilleur de la vie ne s'achète pas, mais qu'il nous est donné comme un cadeau. Dieu nous a donné la vie, la liberté et la conscience. Et il nous donne son amour et la capacité d'aimer à notre tour. Et le salut, c'est justement cet amour et il ne peut pas s'acheter.

Le publicain, (rappelez-vous qu'il entre dans la catégorie des pécheurs publics comme collecteur d'impôts), lui qui a pourtant l'habitude de tout acheter, a conscience qu'il ne mérite rien. Il n'a aucun titre à faire valoir devant Dieu, aucun privilège qui lui assurerait ses bonnes grâces. Il n'ose même pas lever la tête tellement il se sent petit et pauvre. Il n'a rien à faire valoir, seulement son espérance et sa confiance. C'est donc lui qui peut expérimenter la gratuité su salut. Il est prêt à recevoir la bénédiction divine qui va lui ouvrir le chemin du salut et du pardon.

Ce passage d'évangile continue la réflexion de Jésus sur la prière commencée avec la parabole du juge de dimanche dernier. La prière n'et pas un exercice d'autojustification, ni un placement pour l'au-delà. Elle est une rencontre, dans une confiance totale, avec Celui de qui nous tenons tout, de qui nous attendons tout.

La suite de cet épisode nous montre Jésus accueillant les enfants et les donnant en exemple à ses disciples. C'est souvent cet évangile que les parents choisissent pour les célébrations de baptême. Il ne faut pas l'interpréter comme un acte de gentillesse, mais comme le rappel que le Royaume est grâce. Il faut l'accueillir avec la simplicité et la gratitude émerveillée d'un enfant. Cette attitude est la condition indispensable au salut. C'est l'attitude même de Jésus envers son Père. Entrons ensemble ce matin, dans cette célébration, avec ce même esprit pour une rencontre confiante avec le Seigneur.



Homélie 27 D C 3 octobre 2010


Après une série de controverses avec les pharisiens, Jésus prend à part ses disciples pour leur donner ses consignes. C'est le début du chapitre 17 de St Luc, juste avant le texte que je viens de proclamer.

Il les a mis en garde sur le témoignage qu'ils doivent donner : " Malheureux celui qui est occasion de chute ! " et ensuite sur la nécessité du pardon : " Tu dois toujours pardonner à ton frère qui se repend. "

C'est sans doute à cause des difficultés d'annoncer le pardon et de fonder une communauté où se pratique ce pardon que les apôtres font cette demande à Jésus : " Augmente en nous la foi ! "

Cette mission à laquelle Jésus les a appelés doit leur sembler une mission impossible. Cela va tellement à contrecourant de ce qui se pratique habituellement. Jésus ne répond pas directement à leur demande, mais leur rappelle qu'il ne s'agit pas d'évaluer la plus ou moins grande quantité de foi, mais de croire en lui et en sa Parole.

Pour se faire comprendre il prend la comparaison : si vous aviez seulement la foi de la dimension d'une toute petite graine de moutarde, ce serait suffisant pour transplanter un sycomore, arbre dont on disait qu'il était indéracinable. La foi ne se mesure pas en plus ou moins grande quantité, mais en force de conviction.

C'est la confiance en la puissance de la Parole de Dieu qui doit animer les apôtres. Si vous agissez au nom de Jésus, vous savez que rien n'est impossible à Dieu, son Père. On pourrait dire que rien n'est impossible pour un chrétien. La foi réalise l'impossible, car elle est force de Dieu en nous. La mission n'est possible que par la force de la Parole, la prière du Seigneur et la docilité à l'Esprit. C'est ce que les apôtres vont réaliser après la résurrection. On peut dire qu'ils ont alors déplacé des montagnes. Comment ce petit groupe de " partisans de Jésus " a pu se transformer en une Église qui s'étendra sur tous les continents, si ce n'est par cette foi qui les a animés après la Pentecôte.

La deuxième partie du texte de ce jour, nous rappelle que nous sommes des " serviteurs quelconques " ou " inutiles " selon d'autres traductions. Cela ne doit pas nous faire baisser les bras. Mère Térésa nous a rappelé qu'il n'y avait pas de " petites " actions aux yeux de Dieu, pour Lui toute bonne action a une valeur infinie. Nous sommes des serviteurs quelconques, mais Dieu veut avoir besoin de nous.

Il nous fait les dépositaires de l'Évangile, comme nous le rappelle St Paul, non pas dépositaire d'un trésor qu'il faudrait garder jalousement, mais dépositaire au sens du commerçant qui doit vendre toute sa marchandise, sans rien garder, car il doit réaliser le meilleur gain. Ainsi de nous chrétiens, nous devons partager cette Parole, ne pas la garder pour nous.
Ces temps-ci plusieurs d'entre vous ont été sollicités pour aider les enfants à entrer dans le mystère de la foi, à travers le catéchisme.

Celles ou ceux qui débutent ont toujours le sentiment de ne rien pouvoir communiquer aux enfants. " Je ne suis pas capable. " C'est l'attitude constante des prophètes dans la Bible : " Que vais-je dire, je ne sais pas parler ! "
En un sens c'est vrai, qui est capable de parler de Dieu en vérité ?
Je crois que c'est une bonne attitude, à condition de faire un pas de plus et de croire que nous pouvons nous appuyer sur le Seigneur. Il suffit d'un peu de foi pour que le Seigneur accomplisse des miracles.

Pour le dire autrement avec St Ignace :
" Prie, car tout dépend de Dieu, mais agis comme si tout dépendait de toi. "



Homélie 25 D C 19 septembre 2010


L'évangile de ce jour explicite la demande de Jésus à ses disciples de " tout quitter pour le suivre. "
En effet, il ne s'agit pas seulement de se détacher des liens familiaux ou amicaux, mais plus encore de
ne pas se laisser asservir par les biens matériels et surtout l'argent.

Une constante dans l'histoire du salut, i.e. l'histoire de l'humanité depuis le début jusqu'à nos jours, vu à la lumière de la révélation est d'affirmer la destination universelle des biens.

La terre est confiée à tous et non à quelques privilégiés. Dieu est le seul maître du sol et l'Israelite n'en est que le métayer. Les Pères de l'Église réaffirmeront cette conviction. Nous pouvons écouter les paroles très claires d'un St Basile, évêque de Césarée de Cappadoce. " Si chacun n'utilisait que le nécessaire pour vivre et laisser le superflu à celui qui se trouve dans l'indigence, il n'y aurait ni riches, ni pauvres. Tu deviens un exploiteur si tu t'appropries les biens que tu as reçus pour les administrer. Le pain que tu réserves appartient à celui qui a faim ; à celui qui est nu reviennent les vêtements que tu conserves dans tes armoires ; au déchaussé les chaussures qui s'abîment dans ta maison ; au nécessiteux l'argent que tu caches dans tes coffres. Ainsi tu commets tant d'injustices à ne pas secourir les hommes qui sont dans le besoin. "

Ces réflexions seront reprises par de nombreux auteurs chrétiens et deviendront les principes qui fondent ce qu'on appelle la " doctrine sociale de l'Église " ou l'enseignement social depuis Léon XIII et son encyclique " Rerum novarum " qui fera date et sera suivi par de nombreux textes pontificaux jusqu'à la dernière encyclique de Benoit XVI " Caritas in veritate. " Elle nous rappelle en particulier que le droit de propriété n'est pas un absolu. " La propriété privée quelles que soient les formes concrètes des régimes et des formes juridiques relatives à celle-ci, n'est par essence qu'un instrument pour le respect de la destination universelle des biens et, par conséquent, en dernier ressort, non pas une fin mais un moyen. "
Nous voyons bien que l'argent ou les biens sont faits pour être partagés et pour créer de la fraternité. Ils sont faits pour servir. Ou on les mets au service de tous ou c'est nous qui sommes asservis par eux. La richesse n'est pas mauvaise en soi, du moins s'il elle a été acquise honnêtement, dans la Bible elle est même signe de bénédiction divine, encore faut-il qu'elle ne nous enferme pas sur nous même et notre petit univers.

Dans cet évangile, Jésus, ne nous invite pas à la malhonnêteté, mais à l'habileté. Il voudrait que nous soyons aussi inventifs, que nous déployions autant d'ingéniosité pour faire régner la justice et le droit, que cet intendant pour se faire des amis par des moyens illicites. En effet, si les hommes consacraient autant de temps et d'énergie pour trouver des solutions aux problèmes de paix, de justice et de partage, qu'ils en dépensent pour gagner de l'argent, la face du monde en serait changée.

Choisir Dieu et non l'Argent, c'est acceptez de se mettre dans la logique du royaume annoncé et inauguré par Jésus. Nous voyons bien qu'il ne donne pas raison sur le fond à l'intendant menteur, car il nous dit que l'important c'est la confiance. Celui qui est digne de confiance pour une petite chose, l'est pour une grande. C'est le sens de cette parabole. Si vous n'avez pas été digne de confiance pour ce qui vous est étranger, i.e. l'argent, comme cet intendant, vous ne pouvez pas être digne de confiance pour ce qui est à vous, i.e. le royaume. La grande affaire, c'est le royaume que Jésus instaure. Voilà ce qui est important. C'est pour cela que nous devons dépenser nos forces.

Alors demandons au Seigneur, ce matin, qu'Il nous trouve toujours digne de sa confiance.




Homélie 24 D C


Décidement la fidélité n’est pas une vertu facile à vivre au jour le jour.

La 1ère lecture nous rappelle que, à peine Moïse a-t-il tourné le dos, les Israélites se mettent à fabriquer un veau d’or pour l’adorer.
Lorsqu’on parle des idoles, on pense volontiers aux objets traditionnels qu’on adorait dans les religions primitives, comme ce veau d’or fabriqué par les hébreux dans le désert comme ersatz de la divinité. Il est plus facile d’adorer quelque chose qu’on voit, qu’on peut toucher, alors que Dieu est invisible et semble loin de nous.

Nous n’adorons sans doute plus ce genre d’objets, mais nous nous fabriquons d’autres idoles, i.e. des préoccupations qui envahissent notre esprit et notre cœur. Tout ce que nous mettons à la place de Dieu. Le Dieu de Jésus est un Dieu de liberté, qui nous invite à la vie et à la fraternité. Les idoles, au contraire, nous rendent esclaves et pervertissent les relations avec les autres.

S’il est facile d’identifier les idoles de bois ou de pierre, il est plus difficile de reconnaître dans notre vie les idoles que nous nous fabriquons, si nous ne prenons pas le temps du discernement, indispensable à une vie spirituelle authentique.

L’histoire de toutes les civilisations, comme notre propre histoire est une suite de libertés conquises et de rechutes dans l’esclavage de la facilité. Il suffit de relire l’histoire du peuple hébreu dans la Bible, avec cette succession de fidélités et d’infidélités qui conduisent à la liberté ou à l’esclavage. Nous pouvons également relire notre histoire avec ce même filtre.
Le Dieu de Jésus est un libérateur, il nous offre la possibilité d’une vraie liberté en nous libérant de nos propres esclavages.
L’évangile de ce jour nous le rappelle avec ces trois paraboles racontéesdeux brèves, la brebis perdue et la monnaie perdue et celle qui nous est familière l’histoire du fils prodigue ou du Père miséricordieux. Mais il ne faut pas oublier le début du récit. Il nous donne une clé d’interprétation. Jésus ne fait que répondre a l’accusation des pharisiens et des scribes qui l’accusent «faire bon accueil aux pécheurs et d’aller manger avec eux». C’est bien vrai, mis comment pourrait-il faire autrement
Sa mission est effectivement d’accueillir les pécheurs, de leur redonner confiance, de tout faire pour qu’ils se sentent aimés de Dieu, qu’ils reconnaissent la miséricorde infinie de Dieu, que la réconciliation parvienne au plus profond de leurs blessures. Ce sont eux la brebis perdue, la monnaie perdue, le fils perdu. Ce sont eux qui ont le plus besoin de la proximité et de la tendresse de Dieu.
Il n’y a pas de péché qui résiste à l’amour de Dieu. Il n’y a pas de vie, même la plus corrompue, qui ne puisse être soignée, réconciliée, reconstruite par l’amour, la compassion et la miséricorde de Dieu. Si nous avions un doute, St Paul nous rappelle son propre parcours«qui autrefois ne savait que blasphémer, persécuter, insulter, le Christ m’a pardonné.» Non seulement Il l’a pardonné, mais Il en a fait son instrument de choix pour répandre la Bonne Nouvelle. St Paul nous invite à faire confiance à Jésus, car nous rappelle qu’il est venu «le monde pour sauver les pécheurs.»

Avons-nous, nous-mêmes, expérimenté cette miséricorde de Dieu
Ce n’est pas une question banale, car c’est seulement dans la mesure où nous l’avons expérimentée que nous pourrons la communiquer aux autres. Aujourd’hui nous sommes les bras et les mains de Dieu pour accueillir nos frères et sœurs. Aujourd’hui nous sommes la bouche de Dieu pour proclamer au monde que Dieu n’est pas un Dieu de mort mais de vie, une Dieu d’oppression mais un Dieu de liberté, un Dieu qui condamne mais un Dieu qui sauve. C’est notre engagement de baptisé.
C’est, pour le dire autrement, notre façon de rendre grâce à Dieu qui nous aime, en reprenant les mots de St Paul«suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus-Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance.»


- Homélie 23 DC - 5 septembre 2010


Après avoir fait une halte dans la maison d'un pharisien où il avait été invité, Jésus, reprend la route vers Jérusalem, suivi de grandes foules de disciples. Il va alors leur présenter les conditions pour être un véritable disciple et les inviter à bien réfléchir avant de s'engager avec lui. Les conditions pour être disciple du Seigneur, Jésus lui-même les a remplies. Il a quitté son Père et sa Mère ; rappelons-nous sa première escapade lors de la fête de la Pâque à Jérusalem alors adolescent pour " être avec son Père " répond-il à ses parents.
(Lc 2,49) Ensuite nous le voyons prendre ses distances plusieurs fois avec sa famille : " Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. " (Lc 18, 19-21) Il a porté sa croix, non pas de façon symbolique mais en subissant le supplice le plus infâmant au nom de la fidélité au message qu'il est venu nous porter de la part de son Père. C'est ce même chemin que doit suivre le disciple. Celui-ci ne peut faire l'économie de ces conditions. Jésus n'impose pas une morale, mais celle-ci est induite par notre engagement à le suivre. C'est la révélation que nous porte Jésus. Il ne suffit pas de marcher avec moi, mais auparavant il faut avoir rompu avec son passé. La mort à sa famille et à soi-même représente la face négative pour devenir disciple, comme le vendredi-saint est nécessaire à Pâques. Cette révélation, si nous en prenons vraiment conscience, doit bouleverser notre vie, comme elle a bouleversé la vie de nombreux témoins. Elle doit nous faire relativiser tous nos attachements humains, ou plutôt nous les faire vivre en lien avec cet amour de Dieu qui doit être exclusif. Exclusif, non pas au sens où tous ces attachements n'auraient pas d'importance et seraient donc à proscrire, mais exclusif dans le sens de ce qu'il y a de meilleur, (sens anglais je crois).

Il ne s'agit donc pas de renier nos attachements, mais de ne pas compter sur les sécurités de la terre et de mettre notre confiance en Dieu, le Père de Jésus : " Ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. " Comme le Seigneur l'a rappelé à St Paul. (Co 12,9)
C'est ce qu'ont bien compris et vécu des hommes et des femmes qui ont suivi Jésus. C'est St Paul qui nous déclare: " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. " (Ga 2,20)
St Augustin : " Notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi. " (Confessions 1,19) et beaucoup d'autres témoins, de François d'Assise jusqu'à Térésa de Calcutta.
Jésus nous raconte deux paraboles pour nous inviter à ne pas nous engager à la légère et bien comprendre le sens de notre engagement à sa suite. Il nous invite à " marcher " à sa suite, avec sagesse et discernement. La foi se vit, en effet sur terre et non pas dans le ciel.
Le discernement, nous pouvons l'obtenir en nous mettant à l'écoute de la parole de Dieu, et en acceptant les conseils des gens avisés qui ont eux-mêmes une vie spirituelle profonde. La sagesse nous pouvons l'acquérir en vivant au jour le jour à l'exemple du Christ.
Suivre Jésus peut nous paraître d'une exigence impossible et pourtant il nous rappelle qu'il est " doux et humble de cœur et que son joug est facile et son fardeau léger. " (Mt 11,30) Jésus a combattu ceux qui voulaient faire porter des charges trop lourdes à leurs disciples. La suite de Jésus n'implique pas un poids ou une charge supplémentaire, au contraire, elle est un soutien pour porter les difficultés de la vie. Nous pouvons nous appuyer sur Lui, et cette confiance, comme celle que nous pouvons avoir en nos meilleurs amis, est pour nous le gage d'une vie heureuse, non pas d'un petit bonheur éphémère, mais de ce bonheur parfait que le Seigneur nous donne.
Pour suivre Jésus, il nous faut également prendre des forces, ces forces que nous pouvons puiser dans ce repas eucharistique où nous faisons mémoire de cet amour du Christ qui se donne à nous pour que nous puissions nous donner aux autres.

Jean-Jacques Veychard






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